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Les confessions

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Un nouveau genre littéraire

Lorsque Augustin d’Hippone – appelé « Saint Augustin » par les catholiques – a écrit ses célèbres « Confessions » l’on dit qu’il a créé un nouveau genre littéraire, celui des « Confessions » qui n’existait pas, tel quel, avant lui. Certes, des ouvrages de type autobiographique existaient déjà, mais écrire un livre pour se confesser au sens de confesser publiquement ses fautes et ses péchés, de mémoire d’homme cela était véritablement nouveau!

Et c’est bien ce que, de façon tout à fait délibérée, Augustin a voulu le faire! Parlant à Dieu il le dit lui-même très clairement: «Qu’y aurait-il en moi qui Te serait caché, même si je refusais de Te le confesser?»Augustin d’Hippone« Confessions », X, 2. – Autrement dit, personne ne peut rien cacher à Dieu, mais Augustin, lui, il le dit clairement! Et non seulement il n’essaye pas, mais, au contraire, en se confessant, il vient au-devant, sans essayer de dissimuler quoi que ce soit, d’emblée il se montre à son Juge tel qu’il est!

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Augustin reconnaît qu'il ne peut rien cacher à Dieu

Augustin reconnaît qu’il ne peut rien cacher à Dieu

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Et, plus loin, il ajoute: «Je veux faire la Vérité dans mon cœur, devant Toi par la confession, mais aussi dans mon livre, devant de nombreux témoins.» Augustin d’Hippone« Confessions », X,3. -. Et c’est donc dans cet état d’esprit de faire la Vérité dans son cœur qu’il entreprend la rédaction de ses « Confessions », qui sont destinées à de nombreux lecteurs, lesquels seront autant de témoins de la vérité de son être intérieur. Reconnaître et se changer, tout est là!

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Augustin écrit ses Confessions

Augustin écrit ses Confessions

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D’autres confessions dans la littérature

D’autres auteurs, notamment à l’époque romantique – même si d’un autre genre -, ont aussi écrit des « confessions ». Par exemple, Jean-Jacques Rousseau avec ses « Confessions » ou bien Alfred de Musset avec ses « Confessions d’un enfant du siècle » certes en partie autobiographiques mais aussi romancées. Naturellement, ces confessions de style romantique, toutes sincères qu’elles puissent être, n’ont – sur le plan spirituel – pas la même valeur que celle d’Augustin d’Hippone!

Concernant les « Confessions » de Jean-Jacques Rousseau voici ce qu’il en est dit sur la page Wikipedia dédiée:

« Le titre a sans doute été choisi en référence aux Confessions de saint Augustin, publiées au IVe siècle. Rousseau accomplit ainsi un acte sans valeur religieuse à proprement parler, mais doté d’une forte connotation symbolique: celle de l’aveu des péchés: la confession. Associant sincérité, humilité et plaidoyer pour lui-même, Rousseau cherche à brosser un portrait positif de lui-même et se présente essentiellement comme une victime. L’œuvre fonde néanmoins le genre moderne de l’autobiographie et constitue un texte marquant de la littérature française. ».

La relation entre ces confessions de prime abord de genre apparemment très différent est donc, pour finir, ainsi quand même confirmée.

Quant à Alfred de Musset, pour la rédaction de ses « Confessions d’un enfant du siècle », paradoxalement, bien qu’il les trouve « impudiques », il s’est lui-même inspiré des « Confessions » de Jean-Jacques Rousseau. Et la boucle est bouclée! Au moins indirectement Alfred de Musset s’est donc aussi inspiré des « Confessions » d’Augustin d’Hippone.

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Augustin écrit ses Confessions

Augustin écrit ses Confessions

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Confession et pénitence

Nous avons déjà consacré une page à la pénitence. Et notamment au sacrement de pénitence instauré par l’église symbolisé par le confessionnal. Nous avons déjà vu qu’il y a là une gigantesque illusion dans le fait de s’imaginer qu’un prêtre ait le réel pouvoir de pardonner les péchés. Les péchés envers Dieu ne peuvent être pardonnés que par Dieu Lui-même et les péchés envers les êtres humains ne peuvent être – via les immuables et rigoureuses Meules de la Justice Divine – pardonnés aux offenseurs que par les offensés.

Des conditions très précises sont requises pour le pardon. Et parmi ces conditions il y a déjà la pleine reconnaissance de la faute. Reconnaître et se changer, il n’y a pas d’autre alternative. C’est précisément là le rôle de la confession: Celui qui confesse sa faute la reconnaît. Du coup il crée en lui la première et la plus fondamentale condition du pardon. A ce sujet existe le proverbe disant: « Faute avouée est à moitié pardonnée ». La confession est donc déjà synonyme d’aveu.

Sur la page « Science de la Conscience » ,  à un autre propos, nous avons déjà eu l’occasion de partager un extrait du livre « Lao-Tsé » (également reproduit ci-dessous) où un supérieur de monastère commet la faute de pratiquer le voyage astral dans le but d’espionner ses frères. Lao-Tsé l’a  en face de lui et il sait que le pardon ne peut venir pour lui que s’il avoue – et donc confesse – lui-même intégralement sa faute, ce qui seul lui permet d’éprouver une honte salutaire comme condition de son pardon.

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Augustin écrit ses Confessions

Augustin écrit ses Confessions

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Extrait du livre Lao-Tsé

Voici maintenant cet extrait de la Vie de Lao-Tsé montrant notamment un cas d’abus du voyage astral et surtout – en ce qui concerne le propos de cette page – montrant à quel point l’aveu, la  confession, donc la reconnaissance de la faute ou du péché devant des tiers peut être difficile mais indispensable:

« Puis Lao-Tsé s’approcha de la couche de Miang-Tsé, qui l’attendait avec impatience. Il le salua amicalement et dit:

« Frère, il me fallait d’abord faire régner l’ordre autour de Toi, avant de pouvoir aider Ton âme à rompre ses liens terrestres. ».

Et Miang-Tsé, qui n’avait plus dit un mot depuis des semaines au point que tous les Frères le croyaient muet, ouvrit la bouche et parla nettement et distinctement:

« Tu dis vrai, Toi qui es sage, Tu dois délier mon âme. Les liens où elle s’est empêtrée sont lourds. Je ne peux pas entrer aux Jardins éternels sans Ton aide. ».

Dès avant son départ de Kiang-ning, Lao-Tsé avait reconnu ce qui oppressait le Lama Supérieur, mais il voulait l’apprendre de sa bouche pour ne pas priver Miang-Tsé du bienfait d’épancher son cœur.

Et Miang-Tsé confessa avoir été fier de ses Fonctions, qu’il avait souvent exercées sans demander le Conseil ou l’Ordre de Dieu. Conscient de sa supériorité sur les autres, il avait souvent arbitrairement accablé ses Frères et affligé leurs âmes.

Lao-Tsé écouta en silence. Il avait pitié de ce Frère, qui avait été victime de la vanité humaine. Et il n’avait pas été autorisé à l’avertir. Dieu Lui-même l’avait exhorté à l’aide de plusieurs événements qu’en aveugle il n’avait même pas remarqués.

Ainsi dut-il, en ce moment, revivre ses actes jusqu’à sa fin amère, il dut voir combien d’entraves il s’était lui-même imposées, il dut reconnaître son incapacité à en délier une seule. Pourtant, l’âme de Lao-Tsé savait être autorisée à apporter consolation et aide, dès que le dernier reste aurait été dit et confessé. C’est pourquoi il encouragea le mourant à continuer:

« Sais-Tu pourquoi Tu es rappelé si tôt de Tes fonctions et travaux, Miang-Tsé? ».

« Mes actes erronés ne plaisaient pas à Dieu, voilà pourquoi Il me rappelle. »

« Mais quelle fut la cause immédiate de Ta maladie? La connais-Tu, Frère? »

Il fut pénible au Lama Supérieur de faire ce dernier aveu. S’il s’était douté que Lao-Tsé le connaissait également, il en aurait plus facilement parlé. Mais c’est justement ce qu’il devait ignorer! Devoir s’humilier aussi profondément, en dépit de sa vanité, faisait partie de son rachat.

« Je veux me confesser, ô! Lama de tous les  Lamas », gémit-il. « Mais cette confession me coûtera la vie. »

De nouveau le silence, un accablant, oppressant silence. Lao-Tsé ne dit pas un mot, mais il ôta sa chaîne avec l’insigne de  Lama de son cou et la posa sur la poitrine de celui qui respirait péniblement.

– « Frère », s’écria celui-ci, ravi, « Tu fais cela pour moi! Dès lors, il n’y a rien qui ne me soit pénible. »

Et il avoua, d’un trait, avoir voulu voir jusqu’où allait son pouvoir de Lama Supérieur. Toutes sortes de tentatives avaient réussi. Il pouvait guérir des malades par imposition des mains; mais, plus tard, lorsqu’ils étaient tombés encore plus gravement malades, au lieu de rechercher la faute en lui, il avait attribué cette maladie à leur penchant au péché. Il avait aussi pu déchiffrer des Manuscrits qui n’avaient, jusqu’alors, été  accessibles à personne.

Tout cela l’avait entraîné à faire des expériences de plus en plus téméraires. Un jour, des étrangers, des Sachants du pays du Couchant, étaient venus le voir. Il les avait accueillis en secret au Monastère sans demander l’autorisation à Dieu. Il croyait en apprenant du nouveau, pouvoir en faire profiter le Monastère et tout le Tibet.

Ces hommes lui avaient montré bien des choses, mais ils l’avaient surtout initié dans l’art de faire partir consciemment l’âme du corps. Alors il était entré dans les cellules des frères, avait espionné ce qu’ils faisaient et pensaient, et il était devenu de plus en plus arrogant.

Il y a quelques mois, les étrangers étaient rentrés chez eux avec de riches cadeaux. Et, sans leur aide, il avait entrepris des expériences de plus en plus osées. Une nuit, il voulut envoyer son âme dans les Jardins éternels pour rechercher Lié-Tsé et lui montrer qu’il en savait plus que l’ancien Lama en chef. Et Lié-Tsé lui était effectivement apparu. Mais il s’était présenté non en admirateur mais en juge sévère et {lui} avait dit:

« Insensé, qui utilise les Forces offertes par Dieu en jeux frivoles pour satisfaire Ta vanité, sache qu’en Prière Tu aurais pu monter bien plus haut que Tu n’es actuellement arrivé par Ta légèreté. Tu Te trouves à la limite extrême de la seconde Création. Tu n’atteindras jamais la première, si Tu ne changes pas radicalement de vie. Le Hautement-Sublime Te rappellera et Te fera purifier, puis Tu pourras essayer l’Ascension encore une fois, mais Tu ne rencontreras plus les mêmes facilités. »

Il se tut, épuisé, de chaudes larmes coulaient sur son visage, amaigri par la maladie.

Lao-Tsé était profondément ému. Malgré la connaissance qu’il avait de l’ensemble dans ses grandes lignes, il fut tout de même bouleversé de l’apprendre de la bouche même du Frère égaré.

« Miang-Tsé, Ton chemin T’est montré. Ce que Lié-Tsé T’en a dit est la Volonté de Dieu. A nouveau, Tu pourras entreprendre Ton Ascension vers les Jardins éternels et Ton actuelle expérience sera gravée dans Ton cœur au fer rouge et T’avertira de Ton faux pas. Va en Paix dans l’Au-delà, où T’attend la Purification; de là, Tu pourras recommencer une nouvelle pérégrination. »

« Je ne peux pas partir », pleurait Miang-Tsé, « car j’ai trop profondément offensé Dieu. Réfléchis donc, Lao-Tsé, la Force divine nous est octroyée, à nous autres Lamas, dans une plus grande mesure qu’aux autres hommes. Et cette Grâce, j’en ai abusé et je l’ai méprisée. »

Des larmes cuisantes interrompirent ses paroles. Lao-Tsé se pencha alors sur le Frère fautif, il saisit sa main brûlante et dit doucement:

« Que devais-Tu dire, jadis, au pécheur qui se repentait de tout son cœur? Miang-Tsé, que disaient les Paroles sacrées ordonnées par Dieu Lui-même? »

Le Lama de tous les Lamas se releva et tendit la main droite sur le mourant:

« Frère, Tu as péché, Frère, Tu Te repens. Aussi profond que Ton repentir est la Grâce de Dieu, dans Sa Grandeur. En Son Nom, je coupe Tes liens. Que le noyau de Ton être s’élève en Pureté et rachète tout ce dont Tu T’es rendu coupable. Puis recommence Ta pérégrination dans la Force du Hautement-Sublime, Qui ne ferme à nul pécheur repentant la porte vers l’Amendement. Va en Paix! ».

« Seigneur Dieu, Toi le Hautement-Sublime, je Te remercie », prononcèrent difficilement les lèvres de Miang-Tsé, puis son âme s’en alla.

C’était le deuxième trépas auquel Lao-Tsé assistait dans ce Monastère. Que le départ des deux Frères était différent! Qu’en serait-il, un jour, de sa mort à lui?

Il resta encore longtemps en Prière à côté du lit mortuaire, puis il appela les Frères qui n’avaient pas besoin de connaître les manquements de leur Supérieur.

Lui-même se retira dans les appartements qu’on lui avait préparés, pour reconnaître, dans la Prière, la Volonté de Dieu. Qui devait succéder à Miang-Tsé? »   (Extrait de « Lao-Tsé »).

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Paroles de Lao-Tsé

Lao-Tsé sur son buffle, suivi d’un disciple – École chinoise

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La coulpe

En Chine Lao-Tsé avait donc mis en place – tout comme, après lui, Miang-Fong le fera aussi au Tibet – un ordre monastique. Dans le cadre de la vie monastique des pratiques étaient mises en place par les fondateurs pour aider les moines à progresser vers le Haut. Parmi ces pratiques définies par la Règle se trouvait la coulpe.

Dans les monastères, au cours du chapitre des coulpes, le moine devait, une à deux fois par semaine, avouer sa faute (sa « coulpe ») devant ses frères moines. Au départ, le fait de devoir avouer la faute était destiné à générer une honte salutaire et le repentir. Mais il était souvent considéré que même si un moine n’avouait pas son péché, alors la délation pouvait suppléer à l’aveu public spontané, de sorte que soit quand même publiquement connue chaque faute commise par un membre de la communauté. Lorsque le moine avait reconnu sa faute, la sanction fixée par la Règle monastique pouvait tomber et, selon la gravité de la faute, aller jusqu’à l’excommunication

Dans le rituel, avant de s’accuser, le moine coupable se prosterne puis sur l’ordre du prieur il se relève et énumère ses coulpes, c’est-à-dire les fautes extérieures de désobéissance à la règle qu’il a commises depuis la dernière « coulpe ». Il se prosterne de nouveau puis se relève. La limite de la pratique c’est lorsque les considérations essentiellement intellectuelles prennent le pas sur le réel travail de la conscience. Par exemple, le fait que les transgressions à la Règle du monastère soient considérées en premier lieu – voire exclusivement – avant les réelles transgressions aux Commandements de Dieu.

 

Les moines battent leur coulpe

Dans la salle du Chapitre d’un monastère des moines battent leur coulpe

 

Dans la pratique, en effet, les coulpes (les péchés) dont les moines s’accusent, sont souvent les mêmes: arriver en retard à l’office ou au réfectoire, se tromper dans la psalmodie ou la récitation des antiennes et des leçons, être négligent dans l’exécution de leurs tâches ou au cours des différentes occupations matérielles, donc des choses formelles relativement mineures. Des fautes sont confessées qui, Devant Dieu, ne sont pas forcément réellement des péchés. C’est donc un grand danger de retomber dans le travers des anciens Juifs (formalisme religieux dépourvu de réelle Vivacité spirituelle) dénoncé par Jésus avec Sa célèbre Parole « Le Sabbat est fait pour l’homme et non l’homme pour le Sabbat. » (Marc II, 27).

En regard des Commandements Divins, le principe de la Coulpe peut être valable, à condition qu’elle ne serve pas seulement à se mettre en ordre avec les règlements relativement extérieurs et formels d’une Communauté monastique donnée mais qu’elle serve, avant tout, à se mettre en ordre avec la Volonté Divine. Autrement guette fortement le danger de pharisaïsme et donc d’hypocrisie. Il ne sert à rien de respecter des principes purement formels si, avant tout, la conversion du cœur — impliquant le – né du remords – sincère regret à l’égard des fautes commises — n’est pas présente dans la démarche du pénitent.

 

Augustin d'Hippone rédige ses Confessions

Augustin d’Hippone rédige ses Confessions

 

Les confessions d’Augustin

Dans ses « Confessions » Augustin d’Hippone avoue toutes les fautes commises par lui, dont il se souvient et jusque dans son enfance, pour laquelle il évoque son rejet de l’école et son goût pour le jeu. Puis il narre, par exemple, un vol de poires, commis avec des camarades chapardeurs, dans le jardin du voisin. Ce qui l’horrifie lui-même particulièrement, c’est qu’il reconnaît qu’il n’a pas volé ces poires par gourmandise à l’égard des poires, non, il a volé les poires rien que pour le « plaisir » de la transgression, celui de commettre un vol, c’est-à-dire un acte interdit par la Morale et les Commandements Divins. Il en conclut que l’être humain est « naturellement enclin au péché ».

 

Augustin - Épisodes de sa vie - Benozzo di Lese di Sandro Gozzoli

Augustin – Épisodes de sa vie – Benozzo di Lese di Sandro Gozzoli

 

Cette conclusion n’est, pour autant, pas juste, pas plus que celle – inverse – de Jean-Jacques Rousseau, la célèbre maxime: « L’homme naît bon, c’est la société qui le déprave ». Les deux ne se justifient qu’en considération d’un espace-temps très limité, celui d’une seule vie terrestre. La prise de conscience du fait que la vie ne commence pas plus à la naissance qu’elle ne s’arrête à la mort du corps remet tout de suite les choses dans la juste perspective: Une âme humaine arrive sur la Terre avec des caractéristiques déjà acquises au cours de vies antérieures et pouvant être défectueuses, donc des défauts qui doivent être corrigés, et c’est précisément ce que cette âme vient faire en cette vie!

 

Augustin d'Hippone - Fra Angelico - The Conversion of St Augustine

Augustin d’Hippone – Fra Angelico – La conversion d’Augustin

 

Plus loin, dans ses « Confessions », Augustin décrit ses « amours impures » (« vagabondage sexuel »), puis sa découverte de la philosophie manichéenne. Puis l’on apprend qu’il se lie avec une concubine à Carthage, dont il a un fils, Adéodat, qu’il n’attendait pas spécialement et n’accepte qu’à contre-cœur. Ce fils sera, toutefois, baptisé avec lui, mais mourra, très jeune, seulement quelques années plus tard.

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Augustin - Baptême d'Augustin

Augustin – Baptême d’Augustin en présence de sa mère et de son fils Adéodat.

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Avec lucidité et contrition Augustin décrit ensuite ses neuf années d’errances comme autant d’inclinations (penchants) aux vices jusqu’à l’âge de 28 ans.

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Augustin écrit ses Confessions

Augustin écrit ses Confessions

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La confession, aujourd’hui

Avec la forte baisse de l’influence, dans la société, de la religion en général et de l’église catholique en particulier, la pratique de la confession a, elle aussi, fortement baissé. Dans la mesure où cela correspond aussi à une baisse de la fausse croyance en un pardon arbitraire des péchés (un prêtre ne peut pas pardonner une faute dont il n’est pas lui-même victime), cela n’est – de ce point de vue – pas à regretter. Ce qui, par contre, est, sans doute, regrettable, pour beaucoup d’êtres humains, c’est qu’une précieuse occasion de confesser – et donc d’avouer et de reconnaître ses péchés, en tant que seul chemin vers la Rédemption – soit donc ainsi aussi perdue.

Lorsqu’un croyant obéit à son église, cela ne le relie qu’à son église et absolument pas de façon automatique, à Dieu! Aucune église ne peut décharger un être humain de la plus minuscule peccadille, aucun prêtre d’aucune confession religieuse ne lui pardonner ses péchés! Seule la reconnaissance de la faute, la volonté de réparer, l’expiation personnelle et le rachat – effectif ou symbolique – peuvent lui permettre de parvenir à la Rédemption.

Naturellement, cela n’empêche aucunement personne de pratiquer individuellement son examen de conscience. Mais, par nature, l’examen de conscience est une pratique essentiellement individuelle et personnelle. La confession, quant à elle, a une dimension indéniablement collective. La question, c’est: « La pratique initiée par Augustin d’Hippone de confesser publiquement ses fautes présente-t-elle d’importants bénéfices sur le plan spirituel? ». Faut-il l’encourager? Est-ce que cela est voulu d’En Haut pour favoriser l’Ascension spirituelle des êtres humains?

La question de la sincérité est fondamentale. La sincérité c’est être vrai avec soi-même et vrai avec autrui. C’est se montrer comme l’on est et dire les choses comme elles sont, sans vouloir cultiver une apparence. Le manque de sincérité est un fléau dans les relations humaines. Même s’il ne ment pas activement, l’insincère ment par omission, il pratique la dissimulation, il n’honore pas la Vérité. Même si « toute vérité n’est pas bonne à dire », elle n’est pas bonne, non plus, à cacher. L’être humain doit se montrer digne de dire et d’entendre la vérité. « La Vérité vous affranchira. »

Des êtres humains sérieux dans leur désir de progresser vers la Lumière ont le courage d’ouvertement  confesser leurs impulsions les plus intimes et ne craignent pas d’être sincères envers eux-mêmes et envers les autres. A un moment donné chaque être humain doit, en effet, confesser de quel genre il est, chacun, individuellement, par ses paroles exprimant ses pensées correspondant à son vouloir, lequel devient ainsi distinctement perceptible. C’est par sa manière d’être devant le regard d’autres êtres humains que chaque être humain doit lui-même confesser comment il se tient face à la Lumière, soit comme étant authentique, soit comme étant inauthentique.

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Augustin - Autel St Augustin - Jan van Scorel

Augustin – Autel St Augustin – Augustin sur son lit de mort – Jan van Scorel

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Les limites à la pratique de la confession publique

Toutefois, « tout le monde » ne peut pas écrire un livre de confessions publiques comme Augustin et en faire un best-seller. La limite de cette pratique c’est la pudeur. Dans l’église l’exercice du « sacrement de la pénitence » est totalement privé. Par contre, déballer toute sa vie personnelle privée sur la place publique est quelque chose de délicat. Cela peut certes être motivé par l’Humilité, mais – à l’inverse – cela peut aussi être motivé par la vanité et le désir de se faire valoir, d’une manière ou d’une autre, y compris par ses mauvais côtés, dont on peut arriver à faire une fierté totalement injustifiée!

A ce sujet, il faut être conscient que la conscience-de-soi-même et toute la capacité de penser par soi-même peuvent exister grâce à l’existence de la pudeur associée au principe de la vie privée. Ceux qui disent « Je n’ai rien à cacher » soit ne savent pas ce qu’ils disent soit montrent que leur vie intérieure est totalement inexistante (et s’ils n’ont « rien à cacher », c’est, tout simplement, parce qu’en réalité ils n’ont « rien à montrer »!). L’image est celle d’êtres humains qui vivraient dans un immeuble où toutes les cloisons seraient en verre ou même qui – carrément! – n’aurait pas de cloisons internes.

Ce faisant, privé de toute possibilité d’intimité, la liberté d’avoir une vie réellement personnelle serait totalement inexistante. C’est un peu comme dans le roman adapté en film « 1984 » de George Orwell où les habitants ont – associé à des microphones et à une ou plusieurs caméras de surveillance – un écran géant constamment allumé dans leur salon et où l’« œil de Moscou » est en train de les observer et de leur dicter leur conduite. Dans de telles conditions plus aucun développement personnel ne pourrait s’ensuivre.

Le soutien de la conscience de soi c’est, en effet, la pudeur. Là où – suite à des intrusions répétées dans la sphère privée – celle-ci a fini par disparaître, la conscience de soi-même, elle aussi, s’effondre complètement. Une autre image est celle d’un viol au cours duquel les vêtements de la victime sont arrachés. Lorsque, ensuite, de nouveaux vêtements lui sont tendus, c’est à peine si elle ressent encore la nécessité de se rhabiller. Après un viol, que reste-t-il à protéger?

Lorsque la pudeur a disparu, une personne humaine a aussi perdu son indépendance, et aucune nouvelle, solide Construction n’est plus possible. Il est remarquable que la notion de « pudeur » s’exprime en allemand par le mot « Schamempfindung ». « Empfindung » est traduisible, en français, par « Intuition », de sorte que « Schamempfindung » sera traduit par « intuition de pudeur ». Mais « Scham » tout seul veut dire « honte » (Dans le film « Les Dix Commandements », dans la bouche du personnage de Lilia (la fiancée de Josué) l’on trouve la même notion dans la phrase: «Épargne-moi la honte» signifiant en ce cas: «Préserve ma pudeur.»). Alors, qu’y a-t-il de commun entre la honte d’être nu(e) et la honte d’avoir commis une mauvaise action?

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Augustin - Autel St Augustin - Jan van Scorel 1

Augustin – Autel St Augustin – Augustin et l’enfant – Jan van Scorel

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La justification de la confession publique volontaire

Tout est dans dans la motivation. Une célèbre Parole de Jésus notamment rapportée par l’Évangéliste Luc dit ceci: « Quiconque s’élève sera abaissé, et quiconque s’abaisse sera élevé.«  (Luc XIV, 11). Celui qui s’abaisse sincèrement en avouant et confessant publiquement ses fautes, non pour s’en faire une vaine gloire mais pour définitivement s’en détacher, faisant ainsi preuve d’une réelle Humilité, s’élève réellement spirituellement. Il se rapproche ainsi de sa Patrie spirituelle, le Paradis et de l’Amour de Dieu, et c’est bien la seule chose qui compte!

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Augustin reconnaît qu'il ne peut rien cacher à Dieu

Augustin reconnaît qu’il ne peut rien cacher à Dieu

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