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Le Premier Noël

 

Le premier  Conte de Noël

Dans cette petite Communauté chrétienne d’une vingtaine de personnes correspondant à trois familles, vivant dans l’Ouest de la France, à chaque Noël, lors de la veillée de Noël, la tradition était que l’un des membres de la communauté raconte un conte jusque-là supposément inconnu des autres membres de la communauté. Cela pouvait être quelque chose existant dans la littérature ou l’histoire, tel quel ou adapté. Cela pouvait aussi être quelque chose de totalement inventé par le conteur ou le raconteur. Le conteur ou la conteuse devait alterner, chaque année.

Cette année-là – cela devait être vers 2025 –, c’était le tour de Cédric de raconter un conte pour Noël. Toute la communauté, dix de chaque sexe, de cinq à quatre-vingt-quinze ans, était rassemblée devant la grande crèche, à l’ombre du sapin illuminé.

Cédric commença:

«Il y avait une merveilleuse jeune fille qui vivait à Nazareth en Galilée. Elle était belle, candide et pure et avait  été préparée pour être la mère terrestre du Sauveur. À qui ressemblait-elle? Elle ne ressemblait à personne, mais Olivia Hussey dans le film «Jésus de Nazareth» de Franco Zeffirelli lui ressemblait un peu. Parce que les Évangiles canoniques n’en parlent pas, tout le monde ne le sait pas, mais grâce au Protévangile de Jacques, nous savons que ses parents se nommaient Joachim et Anne. C’étaient les grand-parents de Jésus.

Concernant Anne, l’on raconte qu’elle aurait été … oui … une Princesse bretonne! Dans le Finistère, depuis le Vème siècle, en effet, elle est vénérée, en tant que Princesse cornouaillaise de sang royal, à Sainte-Anne-la-Palud.

Selon ce qui fut rapporté par Anatole Le Braz, cette Princesse bretonne aurait été originaire de Plonévez-Porzay. La pauvre Anne est mariée à un seigneur cruel et jaloux, qui lui interdit d’avoir des enfants. Lorsqu’elle tombe enceinte, il la chasse du château de Moëllien. Son errance avec la petite Marie la conduit à la plage de Tréfuntec, où l’attend … oui … un Ange, près d’une barque! Selon la Volonté de Dieu, l’Ange l’amène oui … jusqu’en … Galilée! Bien des années plus tard, Marie épouse Joseph et devient la mère du Christ. Anne revient en Bretagne pour y finir sa vie dans la prière et distribue ses biens aux pauvres.

Voici un résumé de l’histoire: «Mariée à un seigneur méchant et jaloux qui détestait les enfants et ne voulait pas en avoir, Anne fut maltraitée et chassée, une nuit par son époux, au moment où celui-ci s’aperçut de sa maternité prochaine. La pauvre femme abandonna le château de Moëllien en Plonévez-Porzay et se dirigea vers la mer, où elle aperçut une lueur. C’était une barque que gouvernait un Ange.

Elle y monta, navigua longtemps, bien longtemps, et débarqua … oui … en Judée, où elle mit au monde … oui … la Vierge Marie! Elle revint en Armorique de la même façon, y fut accueillie avec des transports de Joie, car on lui croyait le pouvoir d’apaiser les éléments et de guérir les maladies.».

Il y a, toutefois, une variante à l’histoire: Dans les Côtes-d’Armor, les habitants de Merléac affirment qu’elle est née chez eux, au village de Vau-Gaillard, et qu’elle avait une sœur qui s’appelait Pitié. Cela ne s’invente pas.

Croyez-vous cette histoire ou bien sa variante? Bien qu’elle flatte la Terre bretonne, chère à nos cœurs, nous avouons que nous avons du mal à lui accorder crédit. Alors, nous allons maintenant essayer de raconter une histoire plus réaliste

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Annonciation

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Concernant Joachim et Anne, les parents de Marie et grands-parents de Jésus, dans le Protévangile de Jacques initialement intitulé «Nativité de Marie», les histoires des douze Tribus d’Israël racontent qu’un homme fort riche, nommé Joachim, apporta au Seigneur une double Offrande en se disant: «Le supplément sera pour tout le peuple et la part que je dois pour la remise de mes fautes ira au Seigneur, afin qu’Il me soit propice.».

Vint le grand Jour du Seigneur, et les fils d’Israël apportaient leurs présents. Or un dénommé Ruben se dressa devant lui et lui dit: «Tu n’as pas le droit de déposer le premier Tes offrandes, puisque Tu n’as pas eu de postérité en Israël.».

Joachim en fut grandement offusqué et chagriné, et il s’en alla consulter les registres des douze Tribus du Peuple, en se disant: «Je verrai bien dans leurs Archives si je suis le seul à n’avoir pas engendré en Israël!». Il rechercha dans les Archives et découvrit que tous les Justes avaient bien suscité une postérité en Israël. Et il se souvint du Patriarche Abraham; sur ses vieux jours, le Seigneur Dieu lui avait enfin donné un fils … Isaac!

Alors, accablé de tristesse, Joachim ne reparut pas devant sa femme, et il se rendit dans le désert; il y planta sa tente et, quarante jours et quarante nuits, il resta à jeûner, en se disant: «Je ne descendrai plus manger ni boire, avant que le Seigneur mon Dieu m’ait visité. La Prière sera ma nourriture et ma boisson.».

De son côté, l’épouse de Joachim, Anne, qui – ne voyant plus son mari – se croyait veuve –, avait maintenant deux raisons de se lamenter et de se frapper la poitrine, elle disait: «Je pleure sur mon veuvage et sur ma stérilité!».

Vint le grand Jour du Seigneur. Judith, sa servante, lui dit: «Jusqu’à quand vas-Tu Te désespérer? C’est aujourd’hui le grand Jour du Seigneur. Tu n’as pas le droit de Te livrer aux lamentations. Prends donc ce bandeau que m’a donné la maîtresse de l’atelier. Je ne puis m’en orner, car je ne suis qu’une servante, et il porte un insigne royal.».

Anne lui répondit: «Arrière, Toi! Je n’en ferai rien, car je me sens accablée d’humiliations. Et peut-être que ce présent Te vient-il d’un voleur et que Tu cherches à me faire la complice de Ta faute?».

Et Judith la servante d’Anne lui répondit: «Quel mal faut-il encore Te souhaiter, puisque Tu restes sourde à ma voix? Le Seigneur Dieu a clos Ton sein et ne Te donne point de Fruit en Israël!».

Alors, enfin, Anne, malgré son désespoir, ôta ses habits de deuil, se lava la tête et revêtit sa robe de noces. Et vers la neuvième heure, elle descendit se promener dans son jardin. Elle vit un laurier et s’assit à son ombre. Après un moment de repos, elle invoqua le Seigneur: «Dieu de mes pères, dit-elle, bénis-moi, exauce ma Prière, de même que Tu as béni Sarah, notre mère, et que Tu lui as donné un fils, Isaac.».

Levant les yeux vers le Ciel, elle aperçut un nid de passereaux dans le laurier. Aussitôt elle se remit à gémir: «Hélas, dit-elle, qui m’a engendrée et de quel sein suis-je sortie? Je suis née, maudite devant les fils d’Israël. L’on m’a insultée, raillée et chassée du Temple du Seigneur, mon Dieu.

Las, à qui se compare mon sort? Pas même aux oiseaux du ciel, car les oiseaux du ciel sont féconds devant Ta face, Seigneur. Las, à qui se compare mon sort ? Pas même aux animaux stupides, car les animaux stupides sont eux aussi féconds devant Toi, Seigneur. Las, à quoi se compare mon sort ? Non plus aux bêtes sauvages de la Terre, car les bêtes sauvages de la Terre sont fécondes devant Ta Face, Seigneur.

Las, à quoi se compare mon sort? A ces eaux non plus, car ces eaux sont tantôt calmes tantôt bondissantes, et leurs poissons Te bénissent, Seigneur. Las, à qui se compare mon sort? Pas même à cette Terre, car la Terre produit des fruits en leur saison et Te rend Gloire, Seigneur.».

Et voici qu’un Ange du Seigneur lui apparut, en lui disant: «Anne, Anne, le Seigneur Dieu a entendu Ta Prière. Tu concevras, Tu enfanteras et l’on parlera de Ta postérité sur la Terre entière.». Anne répondit: «Aussi vrai que vit le Seigneur Dieu, je ferai Don de mon enfant, garçon ou fille, au Seigneur mon Dieu et il ou elle Le servira tous les jours de sa vie.».

C’est ainsi que, par avance – avant même de la connaître –, Anne consacra son enfant au Seigneur.

Et voici que deux messagers survinrent, qui lui dirent: «Joachim, Ton mari, arrive avec ses troupeaux. Un Ange du Seigneur est descendu auprès de lui, disant: «Joachim, Joachim, le Seigneur Dieu a exaucé Ta Prière. Descends d’ici. Voici que Anne Ta femme a conçue en son sein.».

Aussitôt Joachim est descendu, il a convoqué ses bergers, leur disant de préparer des agneaux et des veaux pour le Seigneur Dieu, les prêtres et le Conseil des Anciens, ainsi que des chevreaux pour tout le peuple.

Joachim arriva avec ses troupeaux. Anne l’attendait, aux portes de la ville. Dès qu’elle le vit paraître au loin avec ses bêtes, remplie d’allégresse, elle courut au-devant de lui, se jeta à son cou et s’écria: «Maintenant je sais que le Seigneur Dieu m’a comblée de Bénédictions! Voici: la veuve n’est plus veuve et la stérile a conçu!».

L’on doit donc en conclure qu’Anne était enceinte des œuvres de son mari depuis déjà des semaines si ce n’est des mois, mais que, jusque-là, elle ne le savait pas encore. Et, naturellement, lui non plus! Et Joachim, ce premier jour, resta chez lui à se reposer.

Le lendemain, il apporta ses offrandes: «Si le Seigneur Dieu m’a été favorable, pensa-t-il, la lame d’or du prêtre me le révélera.». Il présenta ses offrandes, et scruta la tiare du prêtre quand celui-ci monta à l’Autel du Seigneur; et il sut qu’il n’y avait pas de faute en lui. «Maintenant», dit-il, «je sais que le Seigneur Dieu m’a fait Grâce et m’a remis tous mes péchés.». Et il descendit du Temple du Seigneur, justifié, et il rentra chez lui.

Six mois environ s’écoulèrent; le septième mois, Anne enfanta. «Qu’ai-je mis au monde?» demanda-t-elle à la sage-femme. Et celle-ci lui répondit: «Une fille.». Et Anne dit: « Mon âme a été exaltée en ce jour!». Et elle coucha l’enfant. Quand les jours furent accomplis, Anne se purifia selon les rites prescrits, donna le sein à l’enfant et l’appela du doux nom de Marie.

De jour en jour, l’enfant se fortifiait. Lorsqu’elle eut six mois, sa mère la mit par terre, pour voir si elle tenait debout. Or l’enfant fit sept pas, puis revint se blottir auprès de sa mère. Pensant que le moment était pour cela venu, Anne la souleva de terre en disant: «Aussi vrai que vit le Seigneur mon Dieu, Tu ne marcheras pas sur cette Terre, que je ne T’ai menée au Temple du Seigneur.».

Et elle aménagea un Sanctuaire dans sa chambre et – dans le souci de préserver sa pureté – elle ne laissait jamais sa fille toucher à rien de profane ou d’impur. Et, afin que Marie ait de bonnes fréquentations, elle invita les filles des Hébreux qui étaient sans tache, et celles-ci la divertissaient.

Quand la petite Marie eut un an, son père Joachim donna un grand festin, où il convia les grands prêtres, les prêtres, les scribes, les Anciens et tout le Peuple d’Israël. Il présenta l’enfant aux prêtres qui la bénirent: «Dieu de nos pères» dirent-ils, «bénis cette enfant, et donne-lui un nom illustre à jamais, dans toutes les générations.». Et tout le peuple s’écria: «Qu’il en soit ainsi! Amen!». Et ils la présentèrent aux grands-prêtres, et ceux-ci la bénirent à leur, en disant: «Dieu des Hauteurs, abaisse Ton regard sur cette petite fille et bénis-la d’une Bénédiction suprême, qui surpasse toute bénédiction.».

Et sa mère l’emporta dans le Sanctuaire de sa chambre et elle lui donna le sein. Très fière de sa maternité depuis si longtemps attendue, Anne éleva un chant au Seigneur Dieu: «Je chanterai un Cantique sacré au Seigneur mon Dieu, parce qu’Il m’a visitée et m’a enlevé l’outrage de mes ennemis. Et le Seigneur, mon Dieu, m’a donné un fruit de Sa Justice, unique et considérable devant Sa Face. Qui annoncera aux fils de Ruben qu’Anne donne le sein? Écoutez, écoutez, ô vous les douze Tribus d’Israël: Anne donne le sein!».

Les mois se succédaient: L’enfant atteignit deux ans. Joachim dit: «Menons-la au Temple du Seigneur, pour accomplir la Promesse que nous avons faite. Sinon le Maître s’irriterait contre nous et rejetterait notre offrande.».

Toutefois, après concertation avec Anne, ils furent d’avis d’attendre un an de plus. Alors qu’elle avait trois ans, le Grand Prêtre accueillit l’enfant et l’ayant embrassée, il la bénit et dit: «Le Seigneur Dieu a exalté Ton nom parmi toutes les générations. En Toi, au dernier des jours, le Seigneur manifestera la Rédemption aux fils d’Israël.». C’était donc une importante prophétie pour l’avenir…

Et il la fit asseoir sur le troisième degré de l’Autel. Et le Seigneur Dieu répandit Sa Grâce sur elle. Et avec grâce elle se mit à danser dans le Temple et toute la Maison d’Israël l’aima.

Ses parents descendirent, émerveillés, louant et glorifiant le Dieu Souverain qui ne les avait pas dédaignés. Et Marie demeurait dans le Temple du Seigneur, telle une Colombe, et l’on raconte même qu’elle recevait sa nourriture de la main d’un Ange, mais cela reste à vérifier… Peut-être cela voulait-il simplement dire qu’elle ne mangeait plus rien de solide?

Quand elle eut douze ans, les prêtres se consultèrent et dirent: «Voici que Marie a douze ans, dans le Temple du Seigneur. Que ferons-nous d’elle, pour éviter qu’elle ne rende impur le Sanctuaire du Seigneur notre Dieu?».

Leur préoccupation était qu’à douze ans Marie sortait de l’enfance pour entrer dans l’adolescence et qu’elle allait donc être bientôt réglée. La Loi de Moïse interdisait – afin d’en préserver la Pureté – que du sang («Le sang c’est l’âme!») puisse être répandu dans le Temple. Il devenait urgent de faire quelque chose.

Alors – ne sachant eux-mêmes que faire –, ils dirent au Grand Prêtre: «Toi qui gardes l’Autel du Seigneur, entre et prie au sujet de cette enfant. Ce que le Seigneur Te dira, nous le ferons.».

Et le Grand Prêtre revêtit l’habit aux douze clochettes, puis pénétra dans le Saint des Saints et se mit en Prière.

La signification de l’habit aux douze clochettes était que le Grand Prêtre agissait comme un Emissaire et un Médiateur entre le Peuple d’Israël et Dieu. Le bruit fait par les clochettes assurait que cette Médiation était faite ouvertement et en accord avec la Volonté Divine. La Bible dit que le Grand Prêtre «la portera en faisant son Service, pour que le son des clochettes soit entendu quand il entrera dans le Saint Lieu devant l’Éternel, et aussi quand il en sortira, afin qu’il ne meure pas».

Et voici qu’un Ange du Seigneur apparut, en disant: «Zacharie, Zacharie, sors et convoque les veufs du peuple. Qu’ils apportent chacun une baguette. Et celui à qui le Seigneur montrera un Signe en fera sa femme.».

Oui, Zacharie, le Grand Prêtre d’alors s’appelait … Zacharie, et il n’était autre que le père de … Jean le Baptiste!

À la suite de l’Ordre transmis par l’Ange, des hérauts s’égaillèrent dans tout le pays de Judée et la Trompette du Seigneur retentit, et voici qu’ils accouraient tous. Alors occupé dans son atelier, Joseph déposa sa hache de charpentier et lui aussi alla se joindre à la troupe des veufs.

L’on peut remarquer ici que – selon notre conte directement inspiré du récit de la « Nativité de Marie » – aussi appelé « Protévangile de Jacques » –, curieusement, Joseph aurait habité non en Galilée mais en Judée! Cela n’est naturellement pas compatible avec les Évangiles dits « canoniques » (se trouvant dans le Nouveau Testament de la Bible), mais n’oublions pas que nous racontons ici … un … conte!

Ils se rendirent ensemble chez le Grand Prêtre avec leurs baguettes. Le Prêtre prit ces baguettes, pénétra dans le Temple et pria. Sa Prière achevée, il reprit les baguettes, sortit et les leur rendit. Aucune ne portait de Signe. Et – comme par hasard! – c’est Joseph qui reçut la sienne en dernier. Et voici qu’une Colombe s’envola de sa baguette et vint se percher sur sa tête.

Alors le Grand Prêtre dit: – «Joseph, Joseph, c’est Toi l’Élu: c’est Toi qui prendras sous Ta protection la Vierge du Seigneur.».

Mais Joseph protesta: – «Je suis déjà un vieillard et elle est une toute jeune fille. Ne vais-je pas devenir la risée des fils d’Israël?».

Le Grand Prêtre répondit: «Joseph, crains le Seigneur Ton Dieu, et souviens-Toi du sort que Dieu a réservé aux infidèles. La terre s’entrouvrit et les engloutit tous à la fois, parce qu’ils Lui avaient résisté. Et maintenant, Joseph, crains de semblables fléaux sur Ta maison!».

Bouleversé, Joseph prit la jeune fille sous sa protection et lui dit: «Marie, le Temple du Seigneur T’a confiée à moi. Maintenant je Te laisse en ma maison. Car je pars construire mes bâtiments. Je reviendrai auprès de Toi. Le Seigneur Te gardera.».

Cependant, les prêtres s’étaient réunis et avaient décidé de faire tisser un Voile pour le Temple du Seigneur. Tel un Rideau, ce Voile était destiné à voiler le Saint des Saints, à clairement le séparer du reste du Temple.

Et le Grand Prêtre dit: «Appelez-moi les jeunes filles de la Tribu de David, qui sont sans tache.». Ses serviteurs partirent, cherchèrent partout et en trouvèrent sept. Sept ce n’était pas beaucoup sur tout un Peuple mais cela aurait quand même dû suffire. Mais seulement à ce moment-là le Grand Prêtre se souvint que la jeune Marie était de la Tribu de David et qu’elle était sans tache devant Dieu.

Et les serviteurs repartirent pour la chercher et l’amenèrent. Et l’on fit entrer ces jeunes filles dans le Temple du Seigneur. Et le Grand Prêtre leur dit: «Tirez au sort pour savoir laquelle d’entre elles filera l’or, l’amiante, le lin, la soie, le bleu, l’écarlate et la pourpre véritable.».

Et – comme par hasard -, la pourpre véritable et l’écarlate nécessaires pour tisser le Rideau du Temple échurent à … Marie! Elle les prit et rentra chez elle.

C’est à ce moment-là – au moment où l’Ange Gabriel lui apparaît pour lui annoncer qu’il aura un fils, Jean le Baptiste, et que sa femme Élisabeth deviendra enceinte malgré leur âge avancé – que Zacharie, en train d’offrir de l’encens, après avoir – compte tenu de son grand âge et de celui de son épouse (Luc I, 18: «Comment saurai-je que cela arrivera? Car je suis un vieillard et ma femme est avancée en âge.») – exprimé son incrédulité, devint muet et que Samuel le remplaça, jusqu’à ce qu’il eût retrouvé la parole.

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Archange Gabriel apparaissant à Zacharie - Reynaud Levieux

Archange Gabriel apparaissant à Zacharie – Reynaud Levieux

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En réponse à son manque de foi, l’Ange Gabriel lui annonce alors qu’il sera réduit au silence (muet) jusqu’à ce que l’événement promis se réalise, c’est-à-dire jusqu’à la naissance de l’enfant et le moment où Zacharie confirmera son nom:

«Et voici, Tu seras muet, et Tu ne pourras parler jusqu’au jour où ces choses arriveront, parce que Tu n’as pas cru à mes paroles, qui s’accompliront en leur temps.».

Zacharie ne retrouva donc la parole que le jour de la circoncision de son fils (huit jours après sa naissance), lorsqu’il écrivit sur une tablette: «Jean est son nom», confirmant ainsi ce que l’Ange lui avait annoncé.

C’est à la suite de cela que le Prêtre Zacharie prononça son célèbre Cantique:

Cantique de Zacharie:

«Béni soit le Seigneur, le Dieu d’Israël, qui visite et rachète Son Peuple. Il a fait surgir la Force qui nous sauve dans la Maison de David, Son Serviteur, comme Il l’avait dit par la bouche des saints, par ses Prophètes, depuis les temps anciens; Salut qui nous arrache à l’ennemi, à la main de tous nos oppresseurs, Amour qu’Il montre envers nos pères, mémoire de Son Alliance sainte, Serment juré à notre père Abraham de nous rendre sans crainte, afin que délivrés de la main des ennemis, nous Le servions, dans la Justice et la Sainteté, en Sa Présence, tout au long de nos jours.

Et Toi, petit enfant, Tu seras appelé Prophète du Plus-Haut: Tu marcheras devant, à la Face du Seigneur, et Tu prépareras Ses Chemins pour donner à Son Peuple de connaître le Salut par la rémission de ses péchés, grâce à la Tendresse, à l’Amour de notre Dieu, quand nous visite l’Astre d’En Haut, pour illuminer ceux qui habitent les ténèbres et l’ombre de la mort, pour conduire nos pas au Chemin de la Paix.

Gloire au Père, et au Fils, et au Saint Esprit, au Dieu Qui est, Qui était et Qui vient, pour les siècles et des siècles. Amen.».

Après cet intermède concernant le prêtre Zacharie, nous revenons à l’histoire de Marie, qui saisit l’écarlate et se mit à filer.

Marie prit sa cruche et sortit pour puiser de l’eau. Alors une Voix retentit:  «Réjouis-Toi, pleine de Grâce. Le Seigneur est avec Toi. Tu es bénie entre toutes les femmes.». Marie regarda à droite et à gauche: D’où venait donc cette Voix? Pleine de frayeur, elle rentra chez elle, posa sa cruche, reprit la pourpre, s’assit sur sa chaise et se remit à filer.

Et voici qu’un Ange, debout devant elle, lui dit: – «Ne crains pas, Marie, Tu as trouvé Grâce devant le Maître de toute chose. Tu concevras de son Verbe.».

Ces Paroles jetèrent Marie dans le désarroi. Elle questionna: – «Vais-je concevoir et enfanter comme le fait toute femme?».

Et voici que l’Ange, toujours devant elle, lui répondit:

«Le Saint Esprit viendra sur Toi, et la Puissance du Plus-Haut Te couvrira de Son Ombre. C’est pourquoi le Saint Enfant qui naîtra de Toi sera appelé le Fils de Dieu. 

Tu Lui donneras le Nom de Jésus, car Il sauvera Son Peuple de ses péchés.». Et Marie dit alors: «Je suis la servante du Seigneur; qu’il me soit fait selon Ta Parole!». Et l’Ange la quitta.

Et elle reprit son travail de pourpre et d’écarlate, puis l’apporta au Prêtre.

Et quand le Prêtre le reçut, il la bénit et dit: – «Marie, le Seigneur Dieu a exalté Ton nom et Tu seras bénie parmi toutes les générations de la Terre.».

Remplie de Joie, Marie se rendit chez sa cousine Élisabeth et frappa à la porte. En l’entendant Élisabeth jeta l’écarlate, courut à la porte, ouvrit, et la bénit en ces termes: – «Comment se fait-il que la mère de mon Seigneur vienne à moi? Car vois-Tu, l’enfant a tressailli et T’a bénie.».

Elle parlait naturellement de son enfant à venir Jean-Baptiste pas encore né à ce moment-là, puisqu’elle en était au sixième mois.

Or Marie avait oublié les Mystères dont lui avait parlé l’Ange Gabriel. Elle leva les yeux au Ciel et dit: – «Qui suis-je, pour que toutes les femmes de la Terre me proclament bienheureuse?».

Et elle demeura trois mois chez Élisabeth. Et, de jour en jour, son ventre s’arrondissait. Inquiète, elle regagna sa maison et elle se cachait des fils d’Israël. Elle avait seize ans, quand s’accomplirent ces Mystères.

Son sixième mois arriva, et voici que Joseph revint des chantiers; il entra dans la maison et s’aperçut qu’elle était … oui … enceinte! Et il se frappa le visage et se jeta à terre sur son sac et il pleura amèrement, disant: – «Quel front lèverai-je devant le Seigneur Dieu? Quelle prière lui adresserai-je?».

«Je l’ai reçue Vierge du Temple du Seigneur et je ne l’ai pas gardée. Qui m’a trahi? Qui a commis ce crime sous mon toit? Qui m’a ravi la Vierge et l’a souillée? L’histoire d’Adam se répète-t-elle à mon sujet? Car, tandis qu’Adam faisait sa prière de louange, le serpent s’approcha et surprit Ève seule; il la séduisit et la souilla. La même disgrâce me frappe.».

Et Joseph se releva de son sac et appela Marie: – «Toi la Choyée de Dieu, qu’as-Tu fait là? As-Tu oublié le Seigneur Ton Dieu? Pourquoi T’es-tu déshonorée, Toi qui as été élevée dans le Saint des Saints et as reçu Ta nourriture de la main d’un Ange?».

Et elle pleura amèrement, disant: – «Je suis pure et je ne connais point d’homme. Et Joseph lui dit: «D’où vient le fruit de Ton sein?». Et elle répondit: – «Aussi vrai que vit le Seigneur mon Dieu, j’ignore d’où il vient.

Arrivé à ce moment du récit, un cousin de Cédric, nommé Jean, souriant mais résolu, interpella Cédric:

«C’est un conte ou une fable que Tu nous racontes là?».

Cédric – dont le récit suivait le schéma du «Protévangile de Jacques» – s’arrêta, un tantinet déconcerté. Puis il voulut justifier son récit:

«Mais ce que je raconte est aussi conforme à l’Évangile de Luc

«Et que dit-il?», voulut savoir Nathalie, une jeune fille de 18 ans, qui était sa cousine.

Cédric lui répondit:

– «L’Évangéliste Luc – qui était médecin – raconte (Luc I, 30-34) que Marie répond à l’Ange:

«Comment cela se fera-t-il, puisque je ne connais point d’homme?».».

«Et l’Ange a-t-il répondu à sa question?» voulut savoir Nathalie.

«Oui. L’Ange Gabriel a répondu à Marie:

«L’Esprit Saint viendra sur Toi, et la Puissance du Plus-Haut Te prendra sous Son Ombre; c’est pourquoi l’Être Saint Qui naîtra sera appelé Fils de Dieu.» (Luc I, 35).

La cousine Nathalie remercia d’un signe et dit:

«Effectivement ce récit – qu’il soit un Évangile ou un  conte – semble bien conforme a ce que dit la Bible.».

Ainsi renforcé dans la crédibilité de son récit, regardant vers Jean, Cédric questionna:

«Dois-je raconter la suite?»

Avec un sourire Jean fit un signe de tête approbateur…

Cédric reprit:

– «Et Joseph, rempli de frayeur, se tint coi, et il se demandait ce qu’il devait faire de Marie. Il se disait: «Si je garde le secret sur sa faute, je contreviendrai à la Loi du Seigneur. Mais si je la dénonce aux fils d’Israël, et que son enfant vienne d’un Ange – ce dont j’ai bien peur -, alors je livre à la peine capitale un sang innocent. Que ferai-je d’elle? Je la répudierai en secret.

La nuit le surprit dans ces réflexions.

Et voici qu’un Ange du Seigneur lui apparut en songe, disant:

«Ne T’inquiète pas à propos de cette enfant. Ce qui est en elle vient de l’Esprit Saint. Elle T’enfantera un Fils auquel Tu donneras le Nom de Jésus. Car Il sauvera Son Peuple de ses péchés.».

Joseph se réveilla et glorifia le Dieu d’Israël qui lui avait donné Sa Grâce. Et il garda la jeune fille auprès de lui.

Mais le scribe Anne vint le voir et le questionna: – «Joseph, pourquoi n’as-Tu point paru à notre réunion?».

«Mon voyage m’avait fatigué», répondit-il évasivement, «et j’ai passé le premier jour à me reposer.»

Mais Anne se retourna et aperçut soudain … Marie enceinte, juste devant lui!!! Rapidement, il en tira ses conclusions et il partit en courant chez le Grand Prêtre et lui dit:

– «Eh bien, ce Joseph dont Tu Te portes garant, a commis une faute ignoble.».

«Quoi donc?» questionna le Grand Prêtre. Le scribe Anne reprit: – «Il a déshonoré la jeune fille que le Temple du Seigneur lui avait confiée et il l’a secrètement épousée, sans avertir les fils d’Israël!».

Et le Grand Prêtre lui dit: – «Joseph a-t-il vraiment fait cela?».

Et l’autre répondit: – «Envoie Tes gens et Tu verras que la jeune fille est enceinte.».

Des serviteurs partirent et la trouvèrent dans l’état qu’il avait dit. Ils la ramenèrent au Temple et elle comparut devant le tribunal.

Le Grand Prêtre lui dit:

«Marie, qu’as-tu fait là? Pourquoi as-Tu perdu Ton honneur? As-Tu oublié le Seigneur Ton Dieu, Toi qui fus élevée dans le Saint des Saints et qui reçus de la nourriture de la main des Anges? Toi qui entendis leurs hymnes et dansas devant eux? Qu’as-Tu fait là?».

Et elle pleura amèrement et dit:

– «Aussi vrai que vit le Seigneur Dieu, je suis pure devant Sa Face.

Et le Grand Prêtre dit:

«Et Toi, Joseph, qu’as-Tu fait?».

Et Joseph répondit:

«Aussi vrai que vit le Seigneur et que vivent son Christ et le témoin de sa vérité je suis pur vis-à-vis d’elle.».

Mais le Grand Prêtre insista.

– «Ne rends pas de faux témoignage! Dis la vérité! Tu l’as épousée en cachette, Tu n’as rien dit aux fils d’Israël et Tu n’as pas incliné Ta tête sous la puissante Main qui eût béni Ta postérité!».

Et Joseph garda le silence.

Le Grand Prêtre reprit:

«Rends-nous la jeune fille que Tu avais reçue du Temple du Seigneur.».

Joseph – qui savait bien que Marie était entre temps devenue une femme et même une future mère – fondit en larmes. Le Grand Prêtre ajouta:

– «Je vous ferai boire l’eau de l’épreuve rituelle et votre faute éclatera à vos yeux.».

L’épreuve par l’eau amère était un rituel d’ordalie (un «Jugement de Dieu») prescrit dans la Loi Mosaïque, spécifiquement dans le Livre des Nombres (chapitre V, versets 11 à 31).

À l’époque de Jésus, ce rituel était encore la seule ordalie légale dans le Judaïsme, bien que son application fût, au 1er siècle, déjà devenue très rare et controversée. Il était essentiellement destiné à juger une femme mariée soupçonnée d’infidélité par son mari, sans qu’il y ait de témoins.

Voici en quoi consistait ce rituel, exécuté par le Prêtre au Temple de Jérusalem: Le Prêtre prenait de l’Eau Sainte (Eau Lustrale) dans un vase de terre. Il y ajoutait de la poussière prélevée sur le sol du Tabernacle ou du Temple. Il écrivait ensuite les malédictions (ou imprécations) relatives à l’adultère sur un morceau de parchemin ou un billet. Ces malédictions disaient notamment que si la femme était coupable, son ventre enflerait et sa «cuisse» (euphémisme désignant l’appareil génital) dépérirait.

Le Prêtre effaçait l’encre du parchemin dans l’eau. Symboliquement, l’encre des malédictions était ainsi dissoute dans l’eau, transformant cette boisson en «eau amère de malédiction» (ou «eau qui apporte la malédiction»).

La femme devait ensuite subir plusieurs étapes: Le mari offrait une offrande de jalousie (une oblation de farine d’orge sans huile ni encens). Puis la femme devait se tenir devant l’Éternel (concrètement, devant le Prêtre au Temple) et prêter un serment solennel et terrifiant. En effet, elle devait accepter que les malédictions s’abattent sur elle si elle était coupable, en répondant: «Amen! Amen!».

Puis le prêtre lui faisait boire cette eau amère (le mélange d’eau, de poussière et de l’encre des malédictions).

Le résultat de l’épreuve devait manifester le Jugement de Dieu: Si la femme était coupable – donc si elle s’était souillée -, l’eau devait provoquer un effet immédiat: son ventre devait enfler et sa «cuisse» dépérirait. Elle devenait alors stérile et était déshonorée au sein de son peuple. Mais si la femme était innocente – c’est-à-dire si elle était pure et n’avait pas commis d’adultère, l’eau était pour elle inoffensive; elle était alors officiellement reconnue innocente et devait pouvoir retrouver sa fertilité et donc enfanter.

Le Grand Prêtre prit de l’eau, en fit d’abord boire à Joseph, puis il l’envoya au désert. Or celui-ci revint indemne. Et il fit boire aussi la jeune fille et l’envoya au désert. Et elle revint, elle aussi, indemne. Et tout le peuple s’étonna que leur supposée faute n’eût pas été manifestée.

Alors le Grand Prêtre dit: «Puisque le Seigneur Dieu n’a pas révélé de péché en vous, moi non plus je ne vous condamne pas.».

Et il les laissa partir. Et Joseph prit Marie et rentra chez lui, heureux et louant le Dieu d’Israël.

Puis il parut un édit de l’empereur Auguste qui invitait tous les habitants de Bethléem en Judée, à se faire recenser.

Et Joseph dit: «J’irai inscrire mes fils, ma famille. Mais que faire avec cette enfant? Comment la recenser? Comme ma femme? Je ne puis décemment. Comme ma fille? Mais les fils d’Israël savent que je n’ai pas de fille. Qu’en ce jour donc, le Seigneur en décide à son gré.».

De nouveau, Jean intervint:

«J’irai inscrire mes fils?». Tu veux dire que Joseph avait déjà des fils?

Cédric répondit:

– «Oui, dans mon histoire – conforme à diverses Traditions – Joseph – qui – comme déjà raconté – est veuf – a des fils de son précédent mariage. C’est un problème?

Jean:

– «Non, non. Je m’étais plutôt représenté que c’est avec Marie qu’il a eu d’autres enfants, et pas seulement des fils, aussi des filles».

Et Cédric poursuivit:

«Et Joseph sella son âne et jucha Marie dessus. Son fils tirait la bride et Samuel suivait. Ils étaient à mi-chemin, quand Marie lui dit: «Joseph, aide-moi à descendre de l’âne. L’Enfant, en moi, me presse et va naître.». Il lui fit mettre pied à terre et lui dit: «Où T’emmener? Où abriter Ta pudeur? L’endroit est à découvert.».

Mais – regardant autour de lui – il finit par trouver là une grotte, il y conduisit Marie et la confia à la garde de ses fils. Puis il partit chercher une sage-femme juive dans le pays de Bethléem. Il en trouva une qui descendait de la montagne et il l’amena.

C’est alors qu’il se produisit un phénomène tout à fait étonnant!:

– «Or moi, Joseph, je me promenais et ne me promenais pas. Et je levai les yeux vers la voûte du Ciel et je la vis immobile, et je regardai en l’air et je le vis, figé par l’étonnement. Et les oiseaux s’étaient arrêtés en plein vol.

Et j’abaissai mes yeux vers la Terre et je vis une écuelle et des ouvriers étendus pour le repas, et leurs mains demeuraient immobiles dans l’écuelle. Et ceux qui mâchaient ne mâchaient pas et ceux qui prenaient de la nourriture ne la prenaient pas et ceux qui la portaient à la bouche ne l’y portaient pas. Tous les visages et tous les yeux étaient levés vers les Hauteurs.

Et je vis des moutons que l’on poussait, mais les moutons n’avançaient pas. Et le berger levait la main pour les frapper, mais sa main restait en l’air. Et je portai mon regard sur le courant de la rivière et je vis des chevreaux qui effleuraient l’eau de leur museau, mais ne la buvaient pas. Tout s’était arrêté.

– « L’on peut voir la description d’un phénomène semblable dans « Bêtes, hommes et Dieu » de Ferdinand Ossendowski« , remarqua Antoine, un frère de Cédric et un grand lecteur. « Lorsque le Roi du Monde sort de la Terre, tout s’arrête pareillement! ».

Cédric reprit:

« Soudain, la vie reprit son cours.

Alors je vis une femme qui descendait de la montagne et elle m’interpella: «Eh, l’homme, où vas-Tu?». Joseph répondit: «Je vais chercher une sage-femme juive.».

«Es-Tu d’Israël?» lui demanda-t-elle encore.

«Oui», lui répondit-il.

Elle reprit:

«Et qui donc est en train de mettre au monde dans la grotte?».

Et Joseph dit à la sage-femme:

«C’est Marie, ma fiancée; mais elle a conçu de l’Esprit Saint, après avoir été élevée dans le Temple du Seigneur.».

Sophie, une sœur de Jean – qui écoutait attentivement –,  questionna:

«Marie, ma fiancée»? «Joseph et Marie n’étaient donc pas mariés à la Naissance de Jésus?»

Cédric lui répondit:

– «La suite de mon histoire répond à cette question…:»

La sage-femme répond à Joseph:

«Elle n’est donc pas Ta femme?», demanda la femme.

– Et Joseph lui répondit: «C’est Marie, celle qui a été élevée dans le Temple du Seigneur. J’ai été désigné pour l’épouser, mais elle n’est pas ma femme, et elle a conçu du Saint Esprit.».

Et la sage-femme dit: «Est-ce la Vérité?».

Joseph répondit: – «Viens et vois.».

Et elle partit avec lui, et ils s’arrêtèrent à l’endroit de la grotte. Une obscure nuée enveloppait celle-ci.

Et la sage-femme dit:

– «Mon âme a été exaltée aujourd’hui, car mes yeux ont contemplé des Merveilles: Le Salut est né pour Israël.».

Aussitôt la nuée se retira de la grotte et une grande Lumière resplendit à l’intérieur, que nos yeux ne pouvaient pas supporter. Et, peu à peu, cette Lumière s’adoucit pour laisser apparaître un petit Enfant. Et Il vint prendre le sein de Marie, sa mère. Et la sage-femme s’écria: «Qu’il est grand pour moi ce jour! J’ai vu de mes yeux une Chose inouïe.».

Par conséquent, lorsque la sage-femme arriva dans la grotte, l’Enfant était déjà né. Mais, en Le voyant, elle fut émerveillée.

Et la sage-femme sortant de la grotte, rencontra Salomé et elle lui dit:

«Salomé, Salomé, j’ai une étonnante nouvelle à T’annoncer: Une Vierge a enfanté, contre la Loi de Nature.

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Noël - La Sainte Nuit - Carlo Maratta

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De nouveau Jean interrompit:

«Contre la Loi de la Nature»! Mais c’est impossible!: Rien ne peut se faire contre les Lois de la Nature

Cédric répliqua:

– «Tu n’es pas seul à le penser, car à la sage-femme, Salomé répondit: «Aussi vrai que vit le Seigneur, mon Dieu, si je ne mets mon doigt et si je n’examine son corps, je ne croirai jamais que la Vierge a enfanté.».

Et elle s’approcha, et la disposa, et Salomé examina sa nature. Autrement dit, elle vérifia sa Virginité. Et elle s’écria qu’elle avait tenté le Dieu Vivant: «Et voici, je perds ma main, brûlée par un feu.».

Cela veut dire qu’elle avait imprudemment «mis sa main au feu» et s’était complètement trompée. Et la sage-femme pria le Seigneur de lui pardonner et, dès cet instant, elle fut guérie.

Or un Ange du Seigneur se dressa devant Salomé, disant:

– «Ta Prière a été exaucée devant le Seigneur Dieu. Approche-Toi et touche le petit Enfant, et pour Toi aussi Il sera le Salut.».

Salomé obéit et fut guérie en fonction de l’Adoration qu’elle Lui avait portée, puis elle sortit de la grotte. Et voici qu’un Ange du Seigneur fit entendre sa voix.

Et la sage-femme entra et dit: «Marie, prépare-Toi, car ce n’est pas un petit débat qui s’élève à Ton sujet.».

À ces mots, Marie se disposa. Autrement dit, se soumit à l’examen. Et, à son tour, Salomé mit son doigt dans sa nature et poussant un cri, elle dit: «Malheur à mon impiété et à mon incrédulité!», dit-elle, «J’ai tenté le Dieu Vivant! Et voici que ma main se défait, sous l’action d’un feu».

Autrement dit, à son tour Salomé voulant vérifier la virginité de Marie est obligée de constater que — même après avoir été enceinte et – encore plus! – même après avoir mis son Enfant au monde! — Marie est toujours vierge! Et pour avoir « mis sa main au feu », elle est punie: sa main se carbonise!

Et Salomé s’agenouilla devant le Maître, disant:

«Dieu de mes pères, souviens-Toi que je suis de la Lignée d’Abraham, d’Isaac et de Jacob. Ne m’expose pas au mépris des fils d’Israël, mais rends-moi aux pauvres. Car Tu sais, ô Maître, qu’en Ton Nom je les soignais, recevant de Toi Seul mon salaire.».

Et voici qu’un Ange du Seigneur apparut, qui lui dit:

«Salomé, Salomé, le Maître de toutes choses a entendu Ta Prière. Étends Ta main sur le petit Enfant, prends-le. Il sera Ton Salut et Ta Joie.».

Et Salomé, toute émue, s’approcha de l’Enfant, Le prit dans ses bras, disant:

«Je L’adorerai. Il est né un Roi à Israël et c’est Lui.». Aussitôt, à son tour, Salomé fut guérie, et elle sortit de la grotte, justifiée. Et voici qu’une Voix parla: «Salomé, Salomé, n’ébruite pas les Merveilles que Tu as contemplées, avant que l’Enfant ne soit entré à Jérusalem.».

– « Avant que l’Enfant ne soit entré à Jérusalem? » s’étonna Nathalie. Je me serais plutôt attendue à entendre: « Avant que l’Enfant ne soit entré à Nazareth ».

« Oui », concéda Cédric, « conformément au récit « Nativité de Marie », l’histoire est plutôt centrée sur la Judée que sur la Galilée. »

– « Mais ce n’est pas conforme aux Évangiles! » s’exclama Nathalie.

« Pas à ceux du Nouveau Testament », admit Cédric, « mais c’est conforme à l’Évangile de Jacques! ».

Puis il reprit son récit:

« Alors que Joseph se préparait à partir pour la Judée, une vive agitation éclata à Bethléem de Judée. Les Rois Mages arrivèrent, disant: «Où est le Roi des Juifs? Nous avons vu son étoile en Orient, et nous sommes venus pour L’adorer.».

Cette nouvelle alarma Hérode qui dépêcha des serviteurs, les convoqua et ils le renseignèrent sur l’étoile. Et voici qu’ils avaient vu un Astre en Orient et qu’il les avait guidés jusqu’à leur arrivée à la grotte et l’étoile s’était arrêtée juste au-dessus de la Tête de l’Enfant.

Cette nouvelle alarma Hérode, qui dépêcha des serviteurs à lui auprès des Rois Mages. Il convoqua aussi les grands prêtres et les interrogea au prétoire: «Qu’est-il écrit sur le Christ?» demanda-t-il. «Où doit-Il naître?». Ils répondirent: «À Bethléem en Judée. Ainsi est-il écrit.». Et il les congédia.

Puis il interrogea les Rois Mages, leur disant: «Quel Signe avez-vous vu au sujet du Roi nouveau-né?».

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L'Etoile de Bethléem

L’Étoile de Bethléem

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Et les Rois Mages répondirent:

«Nous avons vu une Étoile géante, parmi les autres constellations, si éblouissante qu’elle les éclipsait toutes. Ainsi avons-nous compris qu’un Roi était né à Israël et nous sommes venus L’adorer.».

Hypocritement, Hérode leur dit:

– «Partez à sa recherche, et si vous le trouvez, faites-le moi savoir, afin que moi aussi j’aille l’adorer.».

Les Rois Mages partirent. Et voici, l’Astre qu’ils avaient vu en Orient les conduisit jusqu’à ce qu’ils fussent arrivés à la grotte, et au-dessus de la Tête de l’Enfant, il s’arrêta.

Quand ils L’eurent vu là, avec Marie sa mère, les Rois Mages sortirent des présents de leurs sacs: C’était de l’Or, de l’Encens et de la Myrrhe.

Mais comme l’Ange les avait avertis de ne pas repasser par la Judée, ils rentrèrent chez eux par un autre chemin.

Alors Hérode, voyant qu’il avait été joué par les Rois Mages, se mit en colère et envoya des tueurs avec mission de faire périr tous les enfants mâles jusqu’à l’âge de deux ans.

Quand Marie apprit ce massacre, saisie d’effroi, elle prit l’Enfant, L’emmaillota et Le cacha dans une mangeoire à bétail.

Élisabeth, qui avait appris que l’on cherchait Jean, l’emporta et gagna la montagne, et elle regardait à la ronde où le dissimuler mais elle n’apercevait point de cachette. Alors elle se mit à gémir, disant: – «Montagne de Dieu, accueille une mère et son enfant!». Car la frayeur l’empêchait de monter. Aussitôt la montagne se fendit et la reçut en son sein, tout en laissant filtrer une clarté pour elle. Car un Ange du Seigneur était avec eux et il les protégeait.

Mais Hérode cherchait toujours Jean, et il envoya des serviteurs à l’Autel, auprès de Zacharie, pour lui demander:

– «Où as-Tu caché Ton fils?».

Il répondit:

«Je suis le Serviteur de Dieu et je demeure attaché à Son Temple. Est-ce que je sais où est mon fils?».

Les serviteurs repartirent et rapportèrent à Hérode ses propos. Celui-ci, furieux, s’écria: «Son fils va-t-il donc régner sur Israël?». Et il renvoya ses serviteurs pour l’interroger encore: «Dis-moi la vérité. Où est Ton fils? Sais-Tu que ma main a le pouvoir de répandre Ton sang?». Les serviteurs partirent et transmirent le message.

Mais Zacharie lui fit répondre:

«Je suis le martyr de Dieu. Dispose de mon sang; mais mon esprit, le Maître le recevra, parce que c’est un sang innocent qu’à l’entrée du Temple Tu T’apprêtes à faire couler.».

Et vers l’aube, Zacharie fut assassiné, et les fils d’Israël ignoraient tout de ce meurtre.

À l’heure de la Salutation, les prêtres partirent, et Zacharie ne vint pas, comme à l’accoutumée, au-devant d’eux, en prononçant les Bénédictions. Les prêtres s’arrêtèrent, et attendirent Zacharie pour le saluer avec des prières et glorifier le Dieu Plus-Haut.

Son retard cependant les plongea tous dans l’angoisse. L’un d’eux s’enhardit et entra dans le Sanctuaire; près de l’Autel du Seigneur, il aperçut du sang figé. Et une Voix retentit: «Zacharie a été assassiné. Son sang ne s’effacera pas avant que vienne le Vengeur.». La Voix était celle d’un Ange et le Vengeur c’est le Juge de Dieu, à la Fin des Temps. Ces paroles le remplirent d’effroi. Il sortit et annonça aux prêtres ce qu’il avait vu et entendu.

Résolument, ils entrèrent et constatèrent le drame. Et les lambris du Temple gémirent et eux déchirèrent leurs vêtements du haut en bas. Ils n’avaient pas trouvé son corps mort, mais ils avaient vu son sang pétrifié. Ils sortirent effrayés et annoncèrent que Zacharie avait été assassiné.

À cette nouvelle, toutes les tribus du peuple se lamentèrent et menèrent le deuil, pendant trois jours et trois nuits.

Et, après les trois jours de deuil, les prêtres délibérèrent pour savoir qui succéderait à Zacharie. Le sort tomba sur Syméon. C’était lui que le Saint Esprit avait averti qu’il ne verrait pas la mort avant d’avoir contemplé le Christ dans la chair. À la suite de cela, Syméon avait pronconcé le «Nunc dimittis»:

«Maintenant, ô Maître Souverain, Tu peux laisser Ton Serviteur s’en aller en Paix, selon Ta Parole.

Car mes yeux ont vu Ton Salut,

Que Tu préparais à la face des peuples:

Lumière pour la Révélation aux nations,

Et la gloire d’Israël, Ton Peuple.» (Luc II, 29-32.)

«Voilà», conclut Cédric, «mon Conte de Noël pour ce Noël 2025. Il est largement inspiré du «Protévangile de Jacques» (aussi initialement appelé «Nativité de Marie» ou encore «Évangile de Jacques» ou même  «Révélation de Jacques»), avec des ajouts, des retraits, des modifications et des commentaires de ma part.

Le mot «Protévangile» veut dire: «qui se situe au commencement de» ou «qui est immédiatement antérieur à» l’Évangile. C’est pourquoi – pour une bonne part –   cela raconte ce qui s’est passé avant la Naissance de Jésus

«Et pourquoi cet «Évangile de Jacques» n’est-il pas dans la Bible?» voulut savoir Nathalie.

Jacques – qui était un grand bibliste et l’oncle de Cédric – répondit:

– «Si je peux répondre, selon ce que je crois savoir, il y a plusieurs raisons: La première c’est que – alors qu’il comporte des épisodes qui ne sont mentionnés que par lui – il n’aurait été rédigé que vers l’an 150 après Jésus-Christ – donc bien après les quatre Évangiles du Nouveau Testament, ce qui n’accroît pas sa crédibilité.

La deuxième raison c’est que son auteur se présente comme étant Jacques, le frère de Jésus. Or – en admettant que Jésus ait pu avoir un frère (ce sur quoi l’église catholique n’est déjà pas d’accord!) que ce soit un fils plus âgé de Joseph issu de son premier mariage ou un frère plus jeune puis-né de Jésus – il est, bien sûr, impossible que ce Jacques ait pu encore être en vie en l’an 150. La plupart des théologiens ne croi{en}t pas que ce Jacques – s’il existe – ait réellement pu être l’auteur de ce texte, considéré, de ce fait, comme un écrit «pseudo-épigraphique».

La troisième raison c’est son contenu pouvant être qualifié de «hagiographique» ou même de «merveilleux». En dépit de ses prétentions, il semble plus tenir de la «légende pieuse» que du témoignage historique. En particulier il contient trois épisodes qui ne sont pas dans les évangiles canoniques: La supposée naissance miraculeuse de Marie (maternité tardive de sa mère Anne), son enfance merveilleuse (élevée dans le Temple, nourrie par un Ange), témoignant de son incomparable Chasteté, et ce qu’il est possible d’appeler sa «virginité post partum», c’est-à-dire le fait d’être toujours vierge après avoir eu un enfant. Selon l’écrit «Nativité de Marie» Marie est Vierge avant, pendant et après la Naissance de Jésus.

Certains épisodes du «Protévangile de Jacques» sont en contradiction ou en concurrence avec les quatre Évangiles du Nouveau Testament. Par exemple, il présente Joseph comme un vieil homme, veuf, choisi par tirage au sort parmi les veufs pour être le gardien de Marie. Cette image de Joseph n’est assurément pas la même que celle des Évangiles canoniques.

Autre exemple, dans l’Évangile de Jaques Jésus naît dans une grotte en dehors de Bethléem, un détail repris par la Tradition – pour s’en convaincre, il suffit de regarder la crèche en forme de grotte devant nous! – alors que, selon l’Évangile de Luc, Jésus, placé dans une mangeoire après sa naissance, est plutôt né dans une étable en forme de maison

Historiquement, il peut aussi être utile de savoir que le pape Innocent Ier a, en l’an 405, condamné l’ainsi dénommé «Évangile de Jacques», et le Décret dit de Gélase (en référence au pape Gélase 1er) l’a, au début du VIème siècle, classé parmi les textes dits apocryphes.»

«Je Te remercie», dit simplement Nathalie, avec un sourire à l’adresse de Jacques.

C’est alors que Jean reprit la parole:

«Est-ce que le conte en forme de récit que Tu nous a raconté reflète Ta croyance personnelle au sujet de la Naissance de Jésus?», voulut savoir Jean.

Cédric soupira et, après un silence, finit par dire:

«Je suppose que oui.».

Jean fit observer:

– «Bien que – à juste titre –, en réponse à Nathalie, Tu soulignes les différences entre les Évangiles canoniques, reconnus par l’église, et l’Évangile – ou Protévangile – de Jacques, ils ont quand même beaucoup de points communs et l’Évangile de Jacques – même s’il ajoute au Récit alors déjà connu, provenant des quatre Évangiles du Nouveau Testament, des éléments nouveaux et jusque-là inconnus, ne fait en fait – pour ce qui est de l’essentiel – que confirmer la version officielle déjà prédominante dans l’église: Jésus est né d’une Vierge, sans l’intervention d’un père terrestre et cette Vierge – bien que mère – est restée vierge toute sa vie.»

Cédric reconnut et acquiesça:

«C’est vrai.».

C’est alors que Jean enfonça le clou:

«Et une conception sans père cela Te paraît conforme aux Lois de la Création

Tout d’abord, Cédric resta coi, car il savait que – selon les Lois de la Création – aucun enfant ne peut venir au monde sans – fût-il indirect (exemple, la fécondation «in vitro») – le concours d’un père. Puis, après avoir repris son souffle, rougissant un peu, il osa un timide:

«Quand même, en ce cas il s’agit d’une … ConceptionDivine.

Puis, regardant les membres de la Communauté à la ronde autour de lui, Jean questionna:

«Que dit l’assistance? Justement parce qu’il s’agit d’une Conception Divine, Jésus pouvait-Il naître sans père terrestre?».

Devant le peu d’échos il ajouta:

«Voilà ce que je vous propose: Si vous le permettez, de façon exceptionnelle, cette année, étant donné qu’il n’est pas encore très tard, si cela vous convient, je vais, moi aussi, vous raconter un conte de Noël, narrant les mêmes événements mais avec un autre éclairage… Êtes-vous d’accord?».

Suite à l’approbation générale, Jean commença à raconter son conte, qui s’appelait «Le premier Noël»

Le premier Noël

D’abord il commença par un préambule:

« Les êtres humains à la vue courte et bornés – comme trop souvent ils le sont – considèrent  souvent comme purs des êtres humains qui, selon les Lois dans la Création, sont tout à fait impurs. À l’inverse, il y a de nombreux actes que, dans leur étroitesse de cœur, de nombreux êtres humains considèrent comme impurs, et qui sont pourtant rayonnants de Pureté, tandis que ce que maint être humain imagine pur est, en réalité, tout à fait impur. Mais celui ou celle qui aspire sérieusement à la Vérité et à la Pureté obtiendra aussi l’Amour.

L’Amour de Dieu est clair comme le Cristal, rayonnant, pur et grand. L’Amour est Tout. L’Amour est la Justice et est aussi la Pureté. Il n’y a pas de séparation entre les Trois. Les Trois sont Un, et là réside la Perfection.

Et là où existe la véritable Pureté, l’Amour authentique peut également faire son entrée ; car l’Amour de Dieu agit dans le Rayon de la Pureté. Le Rayon de la Pureté est le Chemin sur lequel Il s’avance. Il ne saurait être en état d’en parcourir un autre. Celui ou celle qui n’a pas accueilli en lui ou elle le Rayon de la Pureté, ne pourra jamais trouver le Rayon de l’Amour de Dieu. »

Puis il enchaîna:

« Un Amour sans mariage vaut-il mieux qu’un mariage sans Amour ?  C’est la question que se posait une jeune fille se rendant à la fontaine de la place centrale de Nazareth en Judée, afin de – comme chaque jour –  y puiser de l’eau.

Le mariage doit-il toujours précéder l’union entre un homme et une femme? Sinon le risque existe-t-il que la Pureté ne soit pas là et qu’une faute soit commise par les deux? Mais, en réalité, la nécessaire Pureté comme condition de l’Amour véritable entre un homme et une femme est-elle liée au Mariage? Aucun des 10 Commandements de Dieu, bien connus de Marie, ne dit cela. Il semble donc bien que la réponse à cette question soit non.

Toutefois, elle ressent fortement que l’Amour vrai est indissociable de la Pureté. Sans Pureté il n’y a pas d’Amour, dans le mariage ou en dehors du mariage. Une sexualité sans Amour est une sexualité coupable. Sans Amour la sexualité n’a pas de raison d’être. Elle ne peut être qu’impure, immorale et dégradante. Avec l’Amour elle est possible entre homme et femme, dans le mariage ou même en dehors, à condition, toutefois, de ne jamais convoiter la femme – ou le mari – du prochain!

L’important ce n’est pas le mariage, l’important … c’est l’Amour! Maintenant, elle en était sûre.

En fréquentant des Rabbins profondément imprégnés des Révélations et des Prophéties au sujet du Messie à venir Marie avait – par sa guidance – été spécialement préparée à espérer une haute Faveur Divine.

Alors qu’elle avait 18 ans, arriva le Jour où elle fut prête intérieurement et extérieurement.  Elle se trouvait dans un petit bois à proximité de sa maison parentale à Nazareth. Allongée sur la mousse tendre, elle se sentait parfaitement détendue, son âme était ouverte, prête à accueillir tout ce qui pouvait survenir. C’est à ce moment-là qu’elle devint clairvoyante et clairaudiante, son for intérieur s’ouvrit à un autre Monde – le Monde Spirituel – et c’était comme si le Ciel s’était ouvert au-dessus d’elle. Dans cet état d’ouverture maximale elle vit un Ange s’approcher d’elle et l’Ange lui parla. Le bandeau tomba, elle entra consciemment dans sa Mission.

Marie était une Choisie. Dès avant sa naissance elle avait déjà été choisie pour être la mère terrestre de Jésus. Il fallait juste que la Conception ait lieu dans des conditions de Pureté et de Chasteté telles qu’une Incarnation Divine soit ainsi rendue possible. »

  *   *   *   *   *   *   *

A ce moment-là de son récit Jean apporta la précision suivante:

« Mon conte de Noël pour le Noël cette année est largement inspiré d’un récit faisant partie d’un livre appelé « Le Livre de Jésus, l’Amour de Dieu ». J’ai repris l’histoire mais l’ai arrangée à ma manière. Les faits fondamentaux restent les mêmes, mais certains détails peuvent différer. Des personnages et des circonstances peuvent aussi avoir été ajoutés… ».

« Avec sa cruche sous le bras, une jeune fille alerte sort de sa maison de Nazareth. Elle est belle, elle est candide, elle irradie la Pureté, elle est spontanée, elle est fraîche et naturelle. Brune, ses yeux sont intensément bleus. Elle arpente quelques ruelles en se dirigeant vers la place du village, où se trouve la fontaine.

Au loin, un groupe de cavaliers s’approche. Des guerriers poussiéreux, harassés, chevauchent vers Jérusalem. Le chef, en tête de la colonne, est alerte et robuste. La tenue énergique, la discipline de fer que cet homme s’impose, stimule constamment ses soldats épuisés. à présent, à travers la poussière du chemin, les cavaliers aperçoivent la petite ville de Nazareth.

Le capitaine romain, Kréolus, se retourne et regarde en souriant les visages exténués de ses hommes. La Force émane de son sourire. Kréolus lève le bras, sa main montre un point, les cavaliers en approchent, reconnaissant une fontaine. Quelques minutes plus tard, les cavaliers entourent la fontaine.

À la fontaine se trouve déjà la jeune fille. Effrayée, Marie sort en sursaut de ses rêves, lorsqu’elle entend le trot des chevaux s’approcher d’elle. Vite, elle veut se lever, saisir sa cruche et se sauver, mais les cavaliers romains sont déjà auprès de la margelle. Les traits durs des soldats s’adoucissent à la vue de la jeune fille sans défense. Et, lorsque Marie, oubliant l’aversion des Juifs pour les Romains, offre la cruche à leur chef, la Joie les éclaire un moment. Les soldats font d’abord boire leurs chevaux, puis étanchent leur propre soif. Admirative, Marie voit ces hommes, eux-mêmes harassés, d’abord s’occuper de leurs animaux. Son regard interrogateur s’élève et une brûlante rougeur envahit soudain son visage ; ce qu’elle a vu dans les yeux du capitaine des cavaliers fait que son cœur s’arrête de battre. à présent, le Romain s’approche d’elle. Marie recule d’un pas, comme si elle voulait fuir. Mais le timbre de sa voix la touche en plein cœur.

«Je Te remercie de m’avoir donné à boire. Quel est Ton nom?»

Marie lève la tête et le regarde dans les yeux.

«Marie, seigneur!»

«Et Tu habites à Nazareth?»

«Oui, seigneur, là est ma demeure!»

À cet instant son attention est attirée par l’un de ses soldats. Marie en profite pour prestement attraper sa cruche, de nouveau la remplir, se faufiler à travers un groupe de soldats et se diriger hâtivement vers la porte de la ville.

Kréolus s’étant retourné, avait donné un ordre à l’un de ses soldats à cheval; à présent, il voulait de nouveau parler à la jeune Nazaréenne – mais, entre-temps – pffft! –, elle s’était éclipsée.

Désolé, il regarde tout autour de lui en la cherchant du regard et aperçoit, à quelques centaines de pas, une silhouette svelte, qui s’éloigne d’un pas sautillant, en tenant, d’un bras, une cruche sur son épaule. Ses yeux rêveurs suivent la fugitive silhouette.

L’un de ses compatriotes le rappelle à la réalité du moment présent. Il secoue la tête et sourit. Puis il se redresse.

«À cheval!».

L’ordre est bref et net. Aussitôt, tous les soldats se lèvent et rangent tout en silence. Un écuyer lui amène son cheval, prestement il saute en selle et, derrière lui, aussitôt la colonne se forme. Kréolus, du talon indique au cheval sa volonté d’avancer, et, par là, le signe du départ à ses hommes. Au grand galop la troupe se dirige vers les portes de la ville.

Lorsque, sur leur chemin, les soldats à cheval dépassent Marie, la jeune fille n’ose pas lever les yeux. Timidement, elle reste sur le bord de la route, regardant vers le sol; elle attend que tous soient passés. Puis, une fois qu’ils sont passés, elle redresse la tête et, comme dans un rêve, suit les cavaliers du regard…

Rentrée à la maison, elle se demande:

«Peut-on vraiment réparer une omission? Est-il possible de rattraper le temps perdu?».

Marie sourit, comme un enfant qui vient de découvrir un rayon de miel.

«Mais la voilà, l’occasion que je cherchais!», pense-t-elle, ivre de Joie.

Pour la première fois de sa vie, Marie éprouve de la nostalgie à cause d’un étranger. En le voyant, elle a ressenti intuitivement se trouver près d’un être tel que celui que, depuis toujours, elle désire en rêve! Et c’est, oui, un … Romain

Arrivés à cet endroit du récit, Cédric interpella Jean:

«Ne serais-Tu pas en train de nous dire que la Vierge Marie est sur le point d’avoir une relation avec un Romain? Si c’est bien le cas, je trouve cela plutôt … osé!, non?».

À ce moment-là, une jeune fille – une sœur de Cédric –, Anathasie, fait observer:

«Si la Vierge Marie avait eu une relation avec un homme, ce ne serait plus … la Vierge Marie!».

Et une femme d’âge mûr appelée Mathilde ajouta:

«C’est même une idée sacrilège!».

Jean répond:

«N’anticipons pas! Nous ne sommes encore qu’au début de l’histoire!».

Puis, imperturbable, il poursuit son récit :

«Comme toujours, après avoir souffert, le soir apporta la Paix dans l’âme de Marie; une Vague de Force et d’Apaisement l’inondait. En ouvrant son âme toute grande, Marie, en de tels moments, s’abreuvait de la Force Divine destinée à tous les êtres humains. Lorsqu’elle sentait la Force S’approcher d’elle, la jeune fille s’abandonnait, le cœur pur et ouvert.

Le lendemain matin, de nouveau se leva une matinée radieuse, si belle que Marie, frémissante, buvait de cette Magnificence. De très bonne heure elle sortit de la ville. Peu après la sortie de la ville se trouvait un Bosquet de vieux arbres, où, à cette heure, personne n’allait. La rosée brillait sur les herbes et les buissons. Le Soleil répandait une lueur vermeille. Marie passait à travers ces merveilles, les yeux rayonnants. Lorsqu’elle eût enlevé son voile, la lumière resta comme accrochée à ses cheveux.

Pendant la nuit, le Monde était devenu plus beau, plus merveilleux que jamais. Et, pendant la nuit, Marie également s’était épanouie en une Fleur indiciblement rare et pure. En traversant ainsi la forêt, ouverte à la Nature et aux petits entéaux des bois, elle était comme une Apparition supra-terrestre, pénétrée du plus pur vouloir.

C’est dans cet état de grâce que Kréolus l’aperçut. Un puissant lien l’avait retenu à Nazareth. Il ne pouvait pas quitter Nazareth sans avoir revu, encore une fois, la jeune fille qu’à la fontaine du village il avait admirée. Il en avait, sans trêve, parcouru les rues, mais, nulle part, il n’avait vu celle qu’il cherchait.

Kréolus avait peu dormi, la nuit lui avait paru interminable. à la pointe du jour, il s’était levé hors de sa couche et, parcourant les ruelles désertes, s’était dirigé vers la porte de la ville. Soudain, il s’arrêta, fasciné. Une femme, le visage voilé, débouchait d’une ruelle latérale… toutefois, cette attitude si distinguée … cette démarche si pleine de hauteur, non, il ne pouvait pas se tromper! Il suivit prudemment Marie, aussi discrètement que possible. Cependant, sa crainte d’être repéré était superflue, la jeune fille se hâtait, sans se retourner, vers la porte de la ville, comme si elle voulait fuir son village.

A voix basse, elle parla au gardien, qui semblait la connaître, et il lui ouvrit une petite porte dans le rempart de la ville, juste assez pour qu’elle puisse se faufiler au dehors.

Peu après, à son tour, Kréolus s’approcha du gardien. Celui-ci – qui craignait d’être en faute – tressaillit en voyant le capitaine romain. Accourant plein d’empressement, il ouvrit largement la petite porte devant lui.

Kréolus aperçut Marie à une certaine distance, mais elle n’avait pas pris le chemin de la fontaine, mais s’orientait résolument vers l’Est. Il suivit la même direction. Une forêt n’était pas loin; était-ce là que la jeune fille voulait aller? Son cœur battait plus fortement; un nouvel espoir s’éveillait en lui.

Comme une promesse, la forêt s’étendait devant lui; là-bas, il pourrait lui parler sans être dérangé, sans auditeurs pouvant blesser son ressenti. Mais ensuite, soudain, il hésita; sombrement, un avertissement se pressait vers son cœur:

«Qui es-Tu, pour que Tu oses intervenir dans la vie de cette pure jeune fille? Aujourd’hui, il repose dans Ta main de lui apporter le Bonheur ou bien le malheur. Insensé – réfléchis! –, Tu n’es pas capable de combler de Bonheur cette créature, car c’est à Auguste que Tu appartiens et non pas à Toi-même! Tu ne le peux pas!».

Soudainement, Kréolus s’arrêta net. Non, il ne la suivrait pas plus avant; il devait rebrousser chemin…

Mais – alors qu’il allait faire demi-tour – il l’entendit fin-matériellement prononcer son nom: «Kréolus» – qu’elle ne connaissait pourtant pas! – et alors il poursuivit son chemin dans le sous-bois moussu…

C’était une invisible Main qui avait guidé Kréolus à l’endroit où il trouva Marie debout dans l’herbe, un léger sourire aux lèvres, les yeux fermés. Kréolus se figea devant ce si charmant tableau sylvestre, comme envoûté.

Alors, Marie se laissa glisser sur le sol moussu vert et doux de la forêt. Au même instant, elle tourna la tête et elle le vit.

Kréolus s’attendait, de sa part, à un signe de frayeur visible, mais il n’en fut rien. C’était – tout au contraire – comme si elle s’attendait à le voir là…

Les grands rendez-vous sont tout naturels. Il n’osa pas l’appeler, mais il se pencha sur elle, comme pour ne pas laisser échapper la moindre bribe de parole qu’elle allait peut-être prononcer…

Comme si elle eût perçu la proximité de quelqu’un, Maria ouvrit les yeux. Aucune frayeur, aucune surprise ne traversa son regard, elle ne fit que le reconnaître: Toi! Oui c’est Toi que, depuis si longtemps, mon âme cherche et que je porte en mon cœur!

Marie ne bougea pas, pensant rêver… Mais Kréolus ne put se retenir plus longtemps, il ne pouvait plus longtemps refouler cet Amour qui l’emplissait avec une céleste Puissance. Délicatement, tout doucement il prit Maria dans ses bras, la fit se blottir contre lui et, dans le creux de son oreille, lui chuchota:

«Marie, est-ce que Tu m’aimes?».

Timidement, de la tête, la jeune fille acquiesça. C’étaient les premiers mots d’Amour qu’elle eut jamais entendus. Son être en bourgeon s’ouvrit au Torrent de l’Amour qui arrivait vers elle, et tous deux se laissèrent aller à ses flots, sans volonté intellectuelle propre. Dès lors, il n’y eut aucune réflexion, et «étant donné que le Cœur a ses raison que la raison ne connaît pas», aucune voix née de la raison ne les perturba. Deux êtres prédestinés l’un à l’autre par la Volonté de Dieu se retrouvaient là. Cela suscitait-il la moindre question?

Il leur semblait qu’ils se connaissaient depuis toujours. Et s’ils avaient pu regarder dans le passé, ils auraient vu que la Main de Dieu les avait déjà une fois fait se retrouver ensemble, il y a, de cela, bien, bien longtemps…

Ce furent des retrouvailles, des yeux qui se dessillaient, comme une reconnaissance. Voilà pourquoi il n’y eut pas besoin d’explication, ni de réflexion. Une seule Chose les remplissait tous les deux: «Toi, c’est Toi que j’espérais et que j’attendais depuis toujours; seulement, jusqu’à ce jour, je ne le savais pas.».

Seuls, une paire de clairs yeux candides, largement ouverts, s’accrochèrent à sa silhouette, interrogateurs et confiants.

Inconsciemment, il arriva plus près, lentement, comme un puissant événement, il s’approcha de Marie. Ses yeux reposaient dans ceux de la jeune fille, son regard devint profond et tendre; un puissant élan de l’âme monta en lui, en tant que la première conscience. Ensuite, il se tint debout devant la jeune fille assise, il la regarda, de haut en bas, sa tête alors très inclinée.

Et ensuite, il s’agenouilla à côté d’elle, il saisit ses mains et attendit longuement avant de s’exprimer. –

Oubliée la sourde voix voulant faire taire sa conscience, oubliés les mille «mais» de son intellect, disparu le capitaine de l’empereur – il n’y avait plus qu’un être humain qui, en dehors de son immense Amour, avait tout oublié.

Et – tel un Bosquet Sacré – l’ancien Bosquet se referma à tout ce qui aurait pu troubler la Solennité du Moment. –

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Kréolus et Marie dans le Bosquet Sacré

Kréolus et Marie dans le Bosquet Sacré

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Tremblante et intérieurement frémissante, Marie leva le regard vers la main brunie qui serrait sa main droite. Tout était encore comme dans un rêve, dont elle craignait la fin. Son œil chercha le sien, et l’Amour qui, pour elle, y brillait la fit frissonner…

«Marie!»

Doux comme un souffle, le mot désignant son nom caressa l’oreille de Marie. Alors, quelques brillantes larmes tombèrent sur la main de Kréolus. Il l’attira à lui, en lui murmurant de douces et apaisantes paroles, tandis qu’une indicible douleur menaçait de lui-même l’étouffer. En lui, l’ancien commençait à se réveiller, d’indétournables pensées revendiquaient leur place. Cajolant Marie et conservant extérieurement son calme, en son for intérieur faisait rage une tempétueuse douleur.

«Toi, je dois Te laisser et ne le peux pas», se tourmenta-t-il de nouveau. «Et si je Te garde, Marie, alors Ta vie ne sera qu’une chaîne de soucis et d’inquiétudes. Je suis un vagabond, je suis chassé d’un champ de bataille, d’un lieu à un autre. Toujours se tient le fouet derrière moi. Toujours siffle autour de moi l’unique concept: devoir! Tu dois! Un soldat a sa bien-aimée dans chaque ville – ah! ah! – c’est une vie joyeuse que Tu mènes, soldat!».

Marie avait-elle ressenti ses pensées? Elle essuya ses yeux et s’écarta.

«Et quand dois-Tu partir?»

«Aujourd’hui même, Marie, mais je reviens bientôt!»

«Toi que j’aime tant, oui, reviens bientôt, Tu entends, je T’attends, chaque jour, chaque heure, chaque minute et chaque seconde. Toujours je T’attendrai…»

«Marie! Toi, je…». Il posa sa tête sur les genoux de Marie…

Les yeux de Marie se fermèrent, doucement elle passa sa main sur les cheveux bouclés de Kréolus; un sourire perdu errait autour de sa bouche.

Lorsqu’il l’eut quittée, son sourire s’était envolé.

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  *   *  *  *  *  *  *

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Au cours des semaines qui suivirent, Marie se sentait déprimée. Son Amour pour Kréolus, le capitaine romain sous Auguste, était-il donc sans espoir? Chaque matin germait de nouveau un tendre espoir en Marie – celui de le voir enfin survenir –, mais un espoir qui, chaque soir, avec le Soleil couchant, de nouveau, s’éteignait.

Fort battait son cœur lorsque des soldats romains entraient à Nazareth et, souvent, elle désirait aller questionner un Romain pour tenter d’obtenir des nouvelles de Kréolus. Mais la timidité autant que la honte l’empêchaient de leur parler.

Dans le même temps, elle remarqua l’attitude de Joseph, un charpentier du voisinage qui, d’ordinaire, était si réservé. Chaque fois que l’occasion se présentait, il s’approchait d’elle avec une petite attention.

Elle le connaissait depuis toujours et l’appréciait, du fait de ses manières tranquilles et réservées. Il n’avait jamais essayé de franchir, pas même par un mot, les barrières naturelles qui les séparaient, mais, depuis peu, cela avait imperceptiblement changé. Joseph était de plus en plus assidu, il cherchait des prétextes pour venir parler à sa mère chez elle; il poursuivait Marie de ses amabilités, qu’au début elle accueillait tranquillement et avec le sourire … jusqu’au jour où il lui adressa une prière, qui l’effraya profondément.

Joseph lui demanda … oui … si elle voulait devenir … sa femme!

«Joseph, Tu me veux pour femme?», le questionna-t-elle avec étonnement.

«Oui, Marie, tout d’abord j’ai demandé à Tes parents s’ils étaient d’accord. Ils m’ont dit oui. Je veux travailler pour Toi, Marie; en tant que mon épouse Tu devrais être heureuse, et … je T’aime!»

Marie recula.

«Joseph», dit-elle gravement, «Tu ne sais pas ce que Tu me demandes!».

Après quoi, elle se retourna et quitta la pièce. Dans sa chambre, elle s’effondra sur son lit.

«Je ne peux pas», gémit-elle. «Ô Seigneur, aie pitié de moi!»

Alors se posa une douce Main bénissante sur la tête de Marie. Un bienheureux frisson pénétra celle qui se croyait abandonnée – transfigurés, ses traits rayonnaient dans l’ancienne Pureté. Comme effacées paraissaient être les lignes exprimant la crainte et le questionnement.

«Seigneur», pria-t-elle, bouleversée, «Tu ne m’as pas abandonnée, Tu m’as bénie tandis que j’espérais, anxieuse! Tu as comblé mon âme et Tu T’es souvenu de ma Nostalgie. Seigneur, s’il est vrai, si je dois comprendre que je suis si comblée, alors je veux, à partir de maintenant, être joyeuse et consolée et Te servir éternellement. Amen.».

Et, au-dessus de la jeune fille agenouillée descendit lentement une douce Nuée, qui, avec Sollicitude, l’enveloppa et lui fit perdre la conscience de son entourage terrestre.

Soudain, elle aperçut une lumineuse Figure, qui, pleine de Promesses, s’approcha d’elle. Ce fut l’Annonciation.

Grandes et sublimes étaient les Paroles de l’Ange, et, en définitive, elles comblèrent l’âme de Marie de Bonheur:

«Je Te salue, Marie, pleine de Grâce, le Seigneur est avec Toi.»

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Je Te salue Marie, pleine de Grâce

Je Te salue Marie, pleine de Grâce

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Toutefois, du fait de la Pression de la Force émanant de l’Archange Gabriel, Marie ressentit alors tout d’abord de la crainte. C’est pourquoi – afin de l’apaiser – l’Archange lui dit ensuite:

«Ne crains point, Marie; car Tu as trouvé Grâce devant Dieu. Et voici, Tu concevras dans Ton sein, et Tu enfanteras un Fils, et Tu lui donneras le Nom de Jésus.

Il sera grand et sera appelé Fils du Plus-Haut; et le Seigneur Dieu Lui donnera le Trône de David, son père. Il régnera sur la Maison de Jacob éternellement, et Son Règne n’aura pas de fin.».

Une claire Lumière, pareille à une Flamme, brûlait dans le lointain, une Lumière qui l’attirait avec une irrésistible Puissance, dont elle ne croyait pas pouvoir supporter la Proximité. Néanmoins Marie resta immobile lorsque la Lumière S’approcha. Un violent vertige la saisit – elle s’affaissa. –

Lorsqu’elle se réveilla, elle se releva péniblement, ensuite arriva le souvenir, et le visage de Marie rayonna. Des larmes roulèrent, comme des torrents libérateurs, sur ses joues; de plus, elle eut un touchant sourire.

Marie était comme transformée. L’Annonciation effectuée par l’Archange Gabriel avait été pour elle un si puissant et si bouleversant Événement spirituel que, à partir de cette heure, elle en fut complètement remplie. Elle n’avait plus qu’un seul But: Pouvoir espérer une haute Faveur Divine. C’était voulu d’En Haut. C’est grâce à cette disposition animique extraordinairement puissante de Marie que la conception corporelle ultérieure, conforme aux Lois Naturelles, fut une Conception pouvant être qualifié d’«immaculée».

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Je Te salue Marie, pleine de Grâce

Je Te salue Marie, pleine de Grâce

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Ce n’était plus l’ancienne Marie enfantine d’autrefois, non – elle marchait à travers le quotidien, sûre, tranquille, avec une délicieuse assurance. Elle ne remarquait pas les regards étonnés qui la suivaient; pour cela, elle n’avait plus aucun ressenti, elle paraissait plutôt même l’avoir perdu. Facile était la vie, beau chaque jour, gagnée chaque heure qu’elle remplissait avec la pensée de l’Enfant. Au souvenir de Kréolus manquait toute peur, toute amertume; seul l’Amour avait de la place dans son cœur. En elle vibrait la certitude que tout était bien ainsi et demeurerait ainsi. Forte se sentait Marie, assez forte pour, à cause de son Enfant, pouvoir renoncer à Kréolus!

Cependant, Joseph, lui, n’avait pas renoncé à ses projets. Il aimait Marie et la désirait sincèrement pour épouse. Mais Marie n’en voyait rien, elle vivait sa vie à elle. Ses désirs ne s’étendaient plus à d’autres milieux, à un monde grand et brillant. Toutes ses pensées n’avaient qu’un seul But: être tout entière à son Enfant.

Les doutes, les soucis étaient loin d’elle. Ce fut l’époque la plus heureuse pour Marie. Son cœur était léger et elle planait au-dessus des occupations quotidiennes, comme une âme qui tend à s’élever. Mais cette situation fut brusquement interrompue, car son ventre s’arrondissait toujours plus et il ne lui était plus possible de cacher son état encore longtemps… Il fallait faire quelque chose…

Marie arrangea son voile de façon à cacher son visage, elle longea les maisons et alla voir … Joseph! Elle arriva bientôt chez Joseph. Il y avait peu de temps encore, la mère de Joseph dirigeait la maison. A présent, elle était décédée.

Cette maison avait manifestement besoin d’une femme qui s’occupât de son entretien. Insensible aux choses extérieures, elle se dirigea vers la boutique qui se trouvait derrière la maison d’habitation. Surpris, Joseph vint à sa rencontre en la voyant sur le seuil de sa porte.

«Marie?», dit-il et il la prit par le bras, «rentrons dans la maison, Marie!».

Elle se laissa passivement conduire.

Entre temps, Marie s’était assise dans la maison de Joseph, dans la grande pièce. En silence, Joseph la regardait; le regard de Marie, d’une certaine manière, le touchait douloureusement.

«Pourquoi vient-elle?», se demandait-il. «Vient-elle pour me dire «oui»? Ce serait étonnant, car la voilà assise comme si elle se reposait d’une course pénible. Certainement est-elle, au contraire, venue pour me retirer tout espoir», pensa-t-il, et il s’en attrista.

«Marie, veux-Tu me faire part de la raison d’être de Ta visite? Tu es là comme si Tu étais endeuillée.»

«Joseph», commença-t-elle enfin, «je suis préoccupée et j’ai bien honte, car c’est en suppliante que, aujourd’hui je viens chez Toi. Il n’y a que Toi, en effet, qui puisses m’aider.».

«T’aider, je ne demande que cela, Marie! Je T’ai déjà donné la promesse que je ferais tout pour Toi, pour Te venir en aide, tout ce je suis capable de faire. Je T’aime, Marie, et mon vœu le plus cher est que Tu sois la reine de ma maison, à présent si silencieuse. Tu me rendrais si heureux si Tu disais «oui!».»

«Joseph, je ne peux pas Te dire «oui!» avant que Tu ne saches tout ce que j’ai à Te dire. Peut-être regretteras-Tu alors de T’être ainsi si vite engagé?»

«Jamais!, Marie.»

«Alors écoute ce que j’ai à Te dire; je comprendrais parfaitement et ne T’en voudrais pas si, après m’avoir entendue, Tu ne veux plus de moi.»

«Je T’en prie, ne me parle pas ainsi, Marie!», répondit Joseph, embarrassé.

Il respirait difficilement, il se doutait qu’il allait entendre quelque chose de grave.

Pour pouvoir poursuivre, Marie se redressa; il vit qu’elle avait pour cela besoin de rassembler toutes ses forces.

– «Vois-Tu, Joseph, lorsque Tu vins, la première fois, me demander en mariage, le découragement ne s’était pas encore emparé de moi. Je pressentais, en effet, déjà le Bonheur qui m’attendait. Tout mon Amour, je l’avais alors déjà offert à un autre homme, mais tout en sachant que, du fait des circonstances, je ne pourrais pas le retenir auprès de moi. Comme par un ouragan je fus emportée par cet Amour et en fus quitte tout aussi rapidement. Il ne me restait plus qu’une chose – l’espoir pour mon Enfant – qui est aussi le sien -. Joseph, c’est à cause de cet Enfant que je viens vers Toi, je ne demande rien pour moi.»

Tandis que Marie parlait, Joseph s’était levé; il alla jusqu’à la fenêtre. Marie baissa la tête. Dans la grande pièce, le silence avait fait son apparition et la tension qui, jusque-là, avait soutenu Marie se mua en pleurs silencieux.

Bien qu’il s’attendait à entendre quelque chose de grave, Joseph fut durement touché parce qu’il avait entendu. Il était maintenant en proie à une lutte intérieure. Il s’agissait maintenant soit de renoncer, soit de se contenter du rôle de père adoptif et d’époux. Marie ne lui cachait pas qu’elle ne l’aimait pas – pauvre Marie! Une profonde compassion envahit  le cœur de Joseph. Il sonda son cœur encore une fois, puis il s’approcha d’elle. Alors seulement il vit, désolé, qu’elle pleurait.

Une rude main de charpentier se posa doucement sur la tête de Marie. Marie glissa du siège bas jusqu’au sol, son corps était secoué de sanglots. Joseph la laissa tout d’abord épancher son chagrin. Son regard affligé « tait dirigé vers Marie, qu’il avait peine à reconnaître. Où étaient donc passées sa Dignité et sa Fierté, qu’il avait tant admirées? Elles avaient disparu, car Marie avait peur des êtres humains qui feraient du mal à son enfant et aussi à ses parents. Elle lui fit pitié de s’être laissée vaincre par le découragement. Mais une grande Force naquit alors en lui; maintenant il était prêt à s’occuper d’elle.

Joseph releva celle qui était affalée sur le sol et il la conduisit jusqu’à un fauteuil recouvert de peaux d’agneaux. Il prit place à côté d’elle, lui parla avec Bonté et compréhension, si bien que Marie, éperdue de gratitude, finit par se saisir de sa main et se calma.

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Joseph et Marie avant la Naissance de Jésus

Joseph et Marie avant la Naissance de Jésus

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Un silence de mort pénétrait lentement Marie. Si son état ne lui avait pas constamment rappelé l’Enfant, elle aurait peut-être oublié Kréolus. Mais, dans cet état, cette douleur sourde était la seule chose qu’elle éprouvait. Parfois lui venait tout à coup une idée, qui, pour quelques heures, la remplissait de Bonheur.

«S’il arrivait! Oh, si, un jour, je l’apercevais! Alors tout serait bien; je le sens, je le sais qu’il reviendra. N’a-t-il pas dit qu’il reviendrait bientôt? Et ne puis-je pas me fier à sa parole?»

C’est ainsi que Marie vécut le bref laps de temps qui s’écoula jusqu’à ses noces avec Joseph, dans l’inconsciente attente de la délivrance.

Plus le jour de son union avec Joseph approchait, d’autant plus tendus, plus remplis d’attente, devenaient ses traits. Puis ce fut la veille de la noce. Lorsque la nuit arriva, s’éteignirent les yeux fiévreusement brillants de Marie. –

Marie s’était jetée sur son lit sans retirer ses vêtements. Longtemps elle resta immobile, les yeux fermés. Un blafard clair de Lune faisait paraître son visage inquiétant. Ses yeux reposaient profondément dans les orbites. – Marie éprouvait un épuisement sans bornes.

Longtemps après, elle se redressa. Avec un regard inexpressif, elle regardait fixement devant elle. Lentement, elle s’agenouilla. Marie s’inclina, jusqu’à ce que son front touchât le bord du lit.

Elle recherchait un soutien. Il lui fallait trouver quelque part un appui. Entre Marie et Joseph, se dressait une barrière qu’elle avait elle-même érigée, devant laquelle Joseph reculait.

Même la profonde compassion de Joseph n’apportait à Marie aucune chaleur. Surpuissante, surgit, encore une fois, la nostalgie vers Kréolus, saisissant Marie comme une tempête, agitant et réveillant, encore une fois, pêle-mêle, tout ce qui dormait en elle… Alors cela se calma. Oppressée, Marie écoutait attentivement en elle-même; le calme, qui avait aussitôt suivi le mugissant ouragan, paralysait sa faculté de penser.

Subitement, la grande et brillante Lumière fut là, qui, avec une vertigineuse rapidité, S’approcha d’elle. Marie attendit, anxieuse; les mains pressées sur la poitrine, elle vit s’approcher le Lumineux.

A l’instant où elle en fut atteinte, cela l’embrasa tellement qu’elle crut devoir disparaître. Évanouie, Marie s’affaissa quelques instants. Incapable de se mouvoir, elle éprouva, forte et pressante, la Proximité de la Lumière qui, maintenant, habitait aussi en elle. Ce fut la deuxième Annonciation:

«Sainte est la Vie que Tu portes, Marie! La Force-de-Lumière Te transpénètre, Toi aussi. Pur et clair, garde le Réceptacle dans lequel l’Amour de Dieu a été déversé, afin qu’Il puisse T’éclairer et que Tu reconnaisses la Grâce qui T’est donnée en partage.»

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Marie, Porteuse de l'Amour de Dieu

Marie, Porteuse de l’Amour de Dieu

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D’où venaient ces Paroles? Elles tombèrent, comme une bienfaisante Rosée, dans l’âme assoiffée de Marie. De tintantes Mélodies semblaient planer dans la petite chambre. De jubilants Chœurs, voilà ce que Marie entendait, et ensuite tombèrent les enveloppes qui avaient maintenu ses yeux aveugles; Marie voyait tout. Tous les Messagers de la Lumière, qui avaient fourni l’Escorte au Fils de Dieu! Humblement, et pourtant débordante d’Allégresse, Marie accueillit, comme enivrée, tout comme vrai. Pour elle, le Ciel s’était ouvert; elle, la simple servante, était choisie pour porter un Enfant qui apportait au Monde la Bénédiction du Père!

Et, en provenance du Château Blanc, le Réceptacle pur-spirituel qui devait apporter l’AMOUR de Dieu à cette Terre vint dans le corps de Marie.

Mais le Réceptacle pur-spirituel avait besoin, encore en plus, d’une enveloppe spirituelle, sans laquelle il n’aurait pas pu accomplir sa Tâche sur la Terre. Cette partie spirituelle du Réceptacle provenant de la Création-Postérieure c’était Marie.

L’enveloppe d’esprit était, en l’occurrence, un être humain en soi, donc une femme de la Terre consciente d’elle-même, à laquelle la Femme pur-spirituelle de même nom, élue pour une Naissance sur Terre de la Lumière de Dieu, devait d’abord être reliée!

C’est ainsi qu’une Naissance de la Lumière sur Terre nécessite les plus grands et les plus vastes Préparatifs de la part d’En-Haut, et souvent, après des siècles de préparation, il se peut qu’un petit esprit humain de la Terre, à cause de ses faiblesses, rende, de nouveau, au dernier instant, nécessaires des changements de dernière minute.

S’il est question d’un Réceptacle pur-spirituel et d’un Réceptacle spirituel – ou d’une enveloppe -, c’est donc une femme en soi. Le Réceptacle pur-spirituel est une Femme élue pour cela dans la Création Originelle, qui, sous une haute Guidance déterminée pour cela à partir du Pur-Spirituel, put se développer, consciente du But, et demeurer toujours, sous la Garde la plus fidèle, dans le Château Blanc.

Doucement s’éteignirent enfin les célestes Accords – tranquille cela redevint dans la chambrette, et Marie glissa imperceptiblement dans un doux sommeil.

Bientôt arrivèrent Joseph et les amis invités, et ils attendirent Marie. Lorsque, enfin, elle entra enveloppée d’ondoyants vêtements blancs, ce fut un silence de marbre qui envahit la salle. D’elle émanait une telle Hauteur, quelque chose de si Inabordable qu’à tous elle paraissait comme retirée du Monde.

Bouleversé et médusé, Joseph la fixait du regard. La pensée d’avoir voulu faire de Marie son épouse lui parut soudain prétentieuse. Il se sentit indigne d’elle. S’il l’avait pu, il se serait retiré pour laisser la place à quelqu’un de plus digne que lui de l’occuper. –

Enfin, ça y était, c’était le jour du mariage, il touchait donc au but poursuivi depuis des années – et maintenant il était gagné par la peur. Était-ce là l’être qu’il voulait protéger? Serait-il à la hauteur? Elle alla vers lui, comme si c’était elle qui voulait maintenant lui donner du courage. Muette, Marie tendit à Joseph ses mains. Ses yeux regardèrent, clairs et graves, dans les yeux de l’homme qui était animé du désir de la secourir.

Lentement, le cortège des personnes présentes s’animait. Ils étaient tous prêts pour la Cérémonie, laquelle fut simple et solennelle. A l’instant du consentement, avant de passer sa bague au doigt de Marie, Joseph ressentit soudain que – du Point de Vue du Haut – sa présence auprès d’elle était plus importante – bien ce n’était pas le sien! – pour l’Enfant à naître que pour Marie elle-même.

Lorsque, plus tard, Marie repensait au mariage, alors elle ressentait de nouveau, à chaque fois, la tranquillité qui, ce jour-là, l’avait comblée. Sa vie se passait sans aucun dérangement. Joseph faisait tout pour la ménager et lui être agréable. Plein d’égards envers elle, c’était un mari idéal.

Lorsque l’état de future mère de Marie devint, pour tous, évident, il passa plus d’un moment désagréable. Les allusions tantôt débonnaires, tantôt sarcastiques, souvent dites avec un sous-entendu inquisiteur ou même railleur, pénétraient en lui comme des coups d’aiguilles. Joseph commença à éviter la rue. Inquiet, il faisait attention à ce que Marie ne quitte la maison que le moins possible. Il craignait qu’elle puisse elle-même entendre de semblables propos. Lorsque, pendant la journée, il travaillait à l’atelier, il était calme et plongé en lui-même.

De tristes et douloureuses réflexions l’obsédaient. Il sentait ensuite le regard de ses compagnons reposer sur lui, alors il essayait de paraître joyeux. Il chantonnait une petite chanson, mais qu’il interrompait soudainement.

Aussitôt qu’il rentrait chez lui, cependant, toute sa tristesse disparaissait. Jamais encore de sa maison n’avait émané tant d’intimité qu’à présent, depuis que Marie y régnait. Était-il assis en face d’elle pour le repas, alors, toujours à nouveau, le comblait une profonde Paix.

«Comme je suis heureux!», se disait Joseph, qui sentait en Marie la haute Féminité comme – même à l’époque – elle n’existe que fort peu sur la Terre. «À chaque instant, je dois remercier Dieu de pouvoir désigner cette femme comme étant la mienne.»

 

Joseph, le plus heureux des hommes

Joseph, le plus heureux des hommes

 

Son Amour était libre de toute convoitise. Il n’essayait jamais de s’approcher d’elle plus qu’elle ne l’aurait souhaité. Tout son espoir était pour des temps à venir. Joseph respectait Marie. Il était le Respect personnifié. Il évitait de parler de l’avenir, comme s’il pouvait, par là, troubler sa tranquillité. –

Et s’écoulaient les jours …

Un jour, les messagers de l’empereur arrivèrent dans les provinces. L’empereur Auguste avait ordonné le recensement de ses peuples. Chacun devait aller dans sa ville natale et s’y présenter au gouverneur. –

En apprenant la nouvelle, Joseph s’effraya. Sa première pensée fut pour Marie, qui attendait l’Enfant sous peu. Elle ne pouvait pas entreprendre ce voyage dans son état. Devait-il la laisser seule?

À cette époque, en effet, l’empereur – appelé – quel que soit son nom – César Auguste – c’était Octave, le premier empereur de Rome, qui a régné de l’an 27 avant Jésus-Christ à l’an 14 après Jésus-Christ. L’Empire romain organisait des recensements (ou «cens») périodiques dans toutes ses provinces. Ces recensements servaient principalement à des fins fiscales: établir des registres précis pour la perception des impôts mais aussi pour la conscription militaire.

Selon Luc il arriva, en ces jours-là, qu’un décret fut promulgué par César Auguste, ordonnant le recensement de toute la Terre. Ce premier recensement eut lieu «alors que Quirinius était gouverneur de Syrie (Luc II, 1-2).». Selon la Prophétie de Michée, la Naissance de Jésus, le Messie, était prédite à Bethléem (ville de David). C’est un événement qui s’est déroulé dans le cadre de l’histoire universelle, à l’époque de l’Empire Romain.

De façon générale, le recensement romain exigeait généralement que les gens soient enregistrés dans leur lieu de résidence actuel. Cependant, dans ce cas le recensement exigeait que chacun se rende dans sa ville d’origine (appelée « patria », la ville des ancêtres) pour se faire enregistrer. Joseph était un descendant de la Lignée du roi David. Sa ville d’origine – la ville de David – était Bethléem en Judée. Joseph devait donc s’y rendre pour être enregistré avec toute sa maison. Marie, enceinte – qui ne voulait pas rester seule sans lui –, l’a donc accompagné.

Par conséquent, «Joseph aussi monta de la Galilée, de la ville de Nazareth, en Judée, jusqu’à la ville de David qui s’appelle Bethléem, parce qu’il était de la Maison et de la Lignée de David, afin de se faire inscrire avec Marie, sa fiancée, qui était enceinte.» (Luc II, 4-5). Dans le Plan Divin le recensement a donc servi de moyen terrestre pour que Jésus, le Messie, qui – selon la Prophétie de Michée – devait naître à Bethléem (Michée V, 2), voie le jour dans le Lieu annoncé par le Prophète.

Afin de lui annoncer ce voyage obligé, Joseph alla voir Marie. Il s’arrêta sur le seuil de la porte et l’observa; elle était assise, cousant paisiblement de la layette pour le Bébé à naître. Ce faisant, elle chantait doucement une simple mélodie.

– «Marie!»

Elle leva rapidement les yeux en entendant la voix de Joseph et tourna son regard vers lui.

– «Marie, j’ai quelque chose à Te dire – ne T’effraie pas – je dois Te laisser seule.»

– «Me laisser seule … à présent

– «Cela n’est pas possible autrement. Je dois aller à Bethléem, ma ville natale, pour le recensement. C’est l’empereur qui le veut. Tu ne peux entreprendre ce voyage à présent, ce serait pour Toi beaucoup trop fatigant.»

– «Joseph, je voyagerai avec Toi – rester seule, cela je ne le peux pas!»

– «Ta mère prendra soin de la maison et sera pour Toi un soutien!»

– «Je ne peux pas, Joseph, je ne peux pas être sans Toi; à moins que Tu ne veuilles pas que je T’accompagne.»

En Joseph le cœur se réchauffa, lorsqu’il perçut la détresse de Marie. Donc, elle avait besoin de lui, elle ne pouvait se passer de son assistance. Eh bien, elle irait avec lui à Bethléem.

– «Je n’ai pensé qu’à Toi en Te faisant cette proposition, Marie. Mais c’est avec plaisir que je vais tout préparer, pour que Tu aies quelques commodités. Cependant, je crains que le voyage ne soit tout de même très fatigant pour Toi.»

Marie souffla en entendant qu’il était d’accord. Inconsciemment, elle se cramponnait à Joseph, qui, par son Amour et sa Bonté, lui procurait la Tranquillité, la Tranquillité qu’elle souhaitait pour son Enfant.

«Ce ne sera pas pénible pour moi, Joseph, pourvu que je puisse rester avec Toi», dit Marie avec enthousiasme. Et ces paroles récompensaient Joseph de toutes ses peines. Elles rendirent cet homme simple si heureux qu’il s’approcha et caressa les cheveux de Marie. Elle prit sa solide main et y posa sa joue…

Le voyage à Bethléem ne fut, pour Marie, qu’une suite de désagréments. Ils s’étaient joints à une caravane et devaient continuellement aller de l’avant, sans pouvoir tenir compte de l’état de fatigue de Marie.

Ils durent loger dans des auberges bondées. Pendant plusieurs jours, ils ne trouvèrent que des couches misérables dans des chaumières délabrées. Marie s’y laissait tomber, épuisée.

Malgré cela, elle était joyeuse; malgré tout, elle souriait à Joseph, marchant à côté du petit âne qui la portait. Il ne fallait pas qu’il se doutât combien le voyage était pénible pour elle, il ne fallait pas qu’il s’inquiétât à cause d’elle.

Enfin, après une semaine de marche l’on approcha de Bethléem – le but était atteint. Le sourire de Marie redevenait tout à fait naturel, Bethléem allait la dédommager de toutes les souffrances endurées.

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Joseph et Marie arrivent à Bethléem - William Brassey Hole

Joseph et Marie arrivent à Bethléem – William Brassey Hole

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À vue d’œil, Joseph se redressait; son pas devenait plus ferme.

«Bientôt, Marie», dit-il en levant son regard sur elle, «bientôt, Tu trouveras le repos. Je choisirai la plus belle auberge, Tu auras la plus grande chambre et le plus doux lit.»

Marie sourit, émue.

«Je sais que Tu feras tout pour me réjouir et pour mon bien-être et celui du Bébé, je Te remercie.»

Entre temps, ils étaient arrivés à Bethléem. La petite ville paraissait surpeuplée de voyageurs, totalement bondée. Joseph courait d’auberge en auberge, sa figure devenait de plus en plus triste, ses haussements d’épaule encore plus découragés en saisissant le petit âne par la bride pour le conduire plus loin.

 

Joseph cherche une auberge à Bethléem pour Marie et l’Enfant à naître

 

Subitement, tandis qu’on lui avait donné partout la même réponse négative, il entendit un cri à demi étouffé derrière lui. Joseph accourut; il eut tout juste le temps de recevoir dans ses bras Marie évanouie en train de tomber de l’âne.

Cherchant du secours, Joseph regarda autour de lui, et il vit un homme sortir en hâte de la maison devant laquelle il s’était arrêté. Celui-ci avait remarqué l’incident.

«Porte cette femme dans ma maison, Joseph ben Eli!»

Joseph jeta au vieillard un regard perçant, puis il s’écria joyeusement:

«Lévi!, Ami de mon père, je Te remercie!».

Il porta Marie dans la maison, et Lévi le suivit. Précautionneusement, il l’allongea sur un lit de repos que Lévi lui indiqua. Une servante arriva pour s’occuper de la femme évanouie. En silence, les deux hommes quittèrent la chambre. Joseph serra vivement la main du vieil Ami de son père.

«Depuis des heures, nous cherchons à nous loger; nulle part, il n’y a de place; aucun de nos anciens amis ne peut nous héberger et, maintenant que nous sommes complètement épuisés, le Ciel nous conduit devant Ta maison.»

«Ta Joie est prématurée, Joseph, je ne peux pas non plus T’héberger. Sache que mes fils arriveront encore ce jour et occuperont la dernière place disponible.»

«Tu ne peux m’accueillir? Pas de place? Tu le dois, Lévi! Tu le dois! Ma femme est fort avancée dans sa grossesse, elle mourrait si elle ne trouvait pas de repos!»

Le vieux Lévi secoua la tête, puis il murmura:

«Si Tu voulais Te contenter d’une couche  à ma bergerie…».

«Lévi, volontiers. Oh, cela m’est égal où – si seulement elle peut y trouver le repos.»

«En cette saison, les moutons sont encore dans les champs, peut-être pourriez-vous vous installer, si vous êtes modestes…?»

– «Merci, Lévi, merci! Il serait bon que je puisse y aller tout de suite, pour tout arranger un peu; cela nous paraîtra comme un palais. Nous sommes, en effet, si épuisés!»

Lévi se leva serviablement. «Viens, je vais T’accompagner, mais je crains…», le reste se termina en un indistinct murmure.

Joseph suivit le vieillard. Il était content. Hâtivement, il commença à nettoyer la bergerie. Il chercha à y mettre un maximum d’ordre et de propreté.

Ce n’était pas la plus belle auberge de la ville qu’il avait découverte, ni la plus grande pièce – mais seulement une bergerie vide, basse et étroite; il ne restait qu’une couche dure sur la paille et, cependant, Joseph la considérait comme parfaite. Il avait trouvé pour sa femme un endroit où elle pourrait se reposer pendant un jour ou deux au plus. D’ici là, il aurait vite fait de trouver une auberge où se loger convenablement. Fort de cette perspective consolante, il alla voir Marie.

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Adoration des bergers - Giogione

Adoration des bergers – Giogione

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A ce sujet il est important de ne pas se faire de fausses idées: Que Jésus soit alors né dans l’étable à Bethléem, ce fut exclusivement la conséquence de la sursaturation dans la localité de Bethléem, laquelle était due au recensement du peuple, pour lequel Joseph, lui aussi, était venu. Joseph n’obtint tout simplement pas d’hébergement – comme cela peut encore arriver aujourd’hui – ici ou là, à maint être humain, au cours de manifestations tout à fait particulières. Tout ceci n’avait rien à voir avec la pauvreté. Si la Naissance avait pu avoir lieu dans la maison de Joseph, alors il y aurait eu là des chambres à coucher, dans le genre de celles des bourgeois aisés.

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Nativité - Jacob Jordaëns

Nativité – Jacob Jordaëns

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Des rayons d’argent filtraient par les petites fenêtres de l’étable. Ils scintillaient, glissaient à travers l’espace sombre, sur le plancher inégal, par-dessus les crèches où restaient encore quelques brins de foin, et enveloppaient longuement le corps endormi de Marie. La dormeuse poussa un soupir – un faible gémissement. Puis son corps trembla. Marie se réveilla.

Elle avait dormi profondément et sans rêve pendant plusieurs heures. Le sommeil avait enveloppé la femme surmenée, comme une mère prévenante, et lui avait fait oublier le reste.

Marie ne reconnut pas tout de suite son entourage. Seulement, peu à peu, elle se rappela être à Bethléem, dans une étable en guise d’auberge.

Elle leva les yeux vers les deux minuscules fenêtres par lesquelles pénétrait largement une clarté argentine. Marie était tout à fait éveillée, enfin délivrée de cette paralysante fatigue qu’elle avait éprouvée durant tout le voyage.

Une douleur aiguë la pénétra de nouveau, la même qui l’avait sortie du sommeil. Marie desserra les lèvres comme pour lancer un appel, mais déjà elle regardait anxieuse du côté de Joseph qui, à côté d’elle, était, lui aussi, couché. Sa respiration régulière trahissait un profond sommeil. Lui aussi avait grand besoin de repos. Il ne fallait pas qu’elle le dérangeât.

Sans détourner les yeux, elle regarda de nouveau le clair de Lune. Combien de fois s’était-elle trouvée ainsi, la nuit… La faible lueur, qui emplissait l’étable de paix et d’une douce clarté, exerçait toujours sur Marie ce profond et inexplicable charme, transformant toutes les tensions de son corps en une douce détente.

Quel bonheur ce serait, si les êtres humains portaient ce calme en eux, s’ils étaient nets et purs comme de précieux instruments bien accordés, desquels la Main du Créateur pourrait tirer des sons clairs et vivants!… Mais ils ne créent que le désarroi et comblent leurs journées d’idées orgueilleuses, qu’ils essayent ensuite de réaliser! Oh, qu’il fasse clair, un jour! Que la Lumière transperce enfin les ténèbres!

«Seigneur! Quand enverras-Tu le MESSIE promis? Ne m’a-t-il pas été déjà permis de voir la Lumière? Des êtres merveilleux ne m’ont-ils pas parlé de Ta Proximité? Pourquoi une simple fille comme moi peut-elle voir des choses cachées aux autres? Est-ce vraiment Ta Grâce qui me rend si calme? N’est-ce pas une illusion?»

«Marie!»

«Joseph!»

«Tu m’as appelé?»

Au cours de son sommeil, Joseph avait, en fait, entendu Marie avec ses oreilles fin-matérielles. Il savait qu’elle avait besoin de lui!

Marie essaya toutefois de ne pas interrompre le sommeil de Joseph:

«Mais dors, Joseph! Non, je ne T’ai pas… Oh, Joseph!». Elle gémit douloureusement.

Joseph était déjà debout. Hâtivement, il jeta son manteau sur ses épaules.

«Le moment est-il venu, Marie?»

Elle ne répondit pas, se contentant de le regarder; il lut la réponse dans ses yeux.

«Je vais chercher du secours, attends, je reviens tout de suite.» Sa voix était rauque, l’émotion l’étranglait.

Puis il sortit précipitamment dans la nuit.

Dehors, il s’arrêta soudain, fasciné. Oubliant tout, il leva son regard vers le Ciel; ses yeux s’agrandirent subitement, car une vive et inflexible Clarté resplendissait verticalement au-dessus de lui et l’obligeait à pencher la tête tout à fait en arrière pour voir l’Étoile qui scintillait.

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L'Etoile de Bethléem

L’Étoile de Bethléem

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Joseph aperçut cette Étoile à la queue brillante, et frémit. L’atmosphère semblait trembler autour de lui, chargée de tension. Voilà ce que Joseph éprouvait.

«Cette Étoile – elle annonce le Messie, le Sauveur, et cette nuit, Ta femme attend un Enfant!». Joseph tressaillit – il l’avait presque oublié: Marie attendait du secours! Il fit un violent effort et courut le long du chemin…

Une femme venait à sa rencontre; dans sa hâte excessive il ne fit pas attention à elle. Il se précipita en avant.

La femme, elle aussi, aperçut l’Étoile, vit, pendant quelques secondes, un Rayon lumineux toucher une maison basse et, instinctivement, elle y courut. Sans réfléchir que cette bâtisse était une étable, la femme ouvrit doucement la porte. Pleine d’attente, elle s’efforça de regarder à l’intérieur mais, éblouie, elle chancela en basculant vers arrière. La Clarté était pour elle insupportable.

– «Mon Dieu», pria-t-elle, «donne-moi la Force pour que je puisse faire ce que Tu attends de moi!»

Un faible gémissement effleura son oreille. Puis elle fit un suprême effort et put enfin librement entrer dans la bergerie …

Lorsque Joseph revint, il vit de la lumière briller à travers les petites fenêtres. La femme qui l’accompagnait suivait, de mauvaise humeur. Cet appel pendant la nuit l’importunait. À l’instant où ils arrivèrent à l’étable, la porte s’ouvrit. Une femme en sortit la figure en extase. Hâtivement, Joseph l’écarta ; mais après avoir jeté un regard sur Marie, il se retourna.

«Marie?, ce n’est donc pas…?»

«Ta femme T’a donné un fils, je l’ai assistée…»

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Noël – La Sainte Nuit – Carlo Maratta

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Alors il entra rapidement, en fermant soigneusement la porte derrière lui.

 

 *   *   *   *   *   *   *

 

Dans les champs se trouvait un berger nommé David, qui entendait des chants angéliques. L’impression de David était que ces Chants fluaient à travers tous les Plans de la Création. C’est tout le Cosmos qui semblait sous l’effet d’un joyeux ébranlement.

Mais avec quelles oreilles entendait-il ces Chants? La question surgit dans son esprit. Afin de vérifier ce qu’il en était, il se boucha un instant les oreilles et il constata qu’il entendait toujours.

D’autres bergers, attirés, eux aussi, par la prééminence du Lieu, et l’affluence qui commençait à s’y faire, les avaient, entre temps, rejoints. Les moutons, paisibles, formaient un grand Cercle autour d’eux. Selon la position des étoiles, il était environ Minuit.

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Le Champ des Bergers – Bethléem

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C’est alors que l’Ange leur apparut. La Gloire du Seigneur l’entourait et les enveloppa de Sa Lumière argentée.

Les quatre tombèrent immédiatement à genoux, face contre terre, saisis par la plus grande frayeur de leur vie!

Tout d’abord,  l’Ange leur dit:

«Ne craignez pas!».

Lorsqu’ils furent un peu rassurés, il ajouta:

«Voici que je vous annonce une grande Joie, qui sera celle de tout le Peuple: Il vous est né, aujourd’hui, un Sauveur Qui est le Christ Seigneur, dans la Ville de David. Et ceci vous le fera connaître: Vous trouverez un Nouveau-Né enveloppé dans des langes et couché dans une crèche.».

Et soudain, aux côtés de cet Ange qui leur parlait se trouva une multitude d’autres Anges issus des Légions célestes, qui louaient Dieu en chantant:

«Gloire à Dieu au plus haut des Cieux et Paix sur la Terre aux hommes qu’Il aime!» «Paix sur la Terre pour le Bonheur de l’humanité!».

Ils chantaient donc la Gloire et la Magnificence de Dieu.

Les Chants durèrent plusieurs heures, terrestrement pas très long mais pour eux se prolongeant merveilleusement longtemps, et puis, doucement, peu à peu, la Légion céleste se retira d’eux.

À ce moment-là, lorsque, parallèlement à cela, ses yeux spirituels se furent peu à peu refermés, David, avec ses yeux terrestres, regarda, de nouveau, le Firmament et dit:

– Regardez l’Étoile! Elle a encore grossi!  Et puis elle bouge!

 

L’Étoile de Bethléem

L’Étoile de Bethléem

 

Ils regardèrent tous. Elle leur sembla aussi plus proche. Doucement, elle se déplaçait encore, toujours vers l’Ouest, sa belle queue s’étirant vers l’Est, tout en s’approchant de la Terre. Puis, elle leur parut s’immobiliser au-dessus de la lisière Est de la Cité de David.

Alors, reprenant involontairement la Parole du Prophète MichéeJudas qui, de eux tous, était le plus instruit des Saintes Écritures, non en citant mais en prenant totalement la Parole à son compte, dit:

«Et Toi, Bethléem, Terre de Juda, Tu n’es pas la moindre des Cités de Juda, car c’est de Toi que doit sortir le Chef Qui sera le Pasteur d’Israël, Mon Peuple!».

«Un Pasteur comme nous!», dit Jacob, émerveillé…

«Il faut y aller!», dit David, les yeux rayonnants d’Enthousiasme. «Rendons-nous donc jusqu’à Bethléem et voyons cet Événement que, par Son Ange, le Seigneur nous a fait connaître.»

Laissant là leurs troupeaux, ils prirent aussitôt la direction que leur indiquait l’Étoile, la direction de la Cité de Bethléem.

Pendant ce temps, sur une colline voisine, un homme, sortant d’une étable et cherchant de l’aide, avait aussi levé son regard vers le Ciel. Complètement fasciné, oubliant tout, ses yeux s’étaient subitement agrandis, car une nette et inflexible Clarté resplendissait verticalement au-dessus de lui et l’obligeait à pencher la tête tout à fait en arrière pour voir l’Étoile qui, au-dessus de lui, scintillait de tous ses Feux.

Cet homme avait aperçu cette étoile à la queue brillante, et s’était mis à frémir. Que se passait-il donc sur Terre?

Autour de lui, l’atmosphère, chargée de tension, semblait trembler, de manière irréelle. Et tout était, pourtant, on ne peut plus réel.

Dans la bergerie, un petit Enfant naissait, mais cette Naissance retentissait dans tout le Cosmos et c’est là qu’elle était le plus perceptible. Voilà ce qu’il éprouvait:

«Cette Étoile, elle annonce le Messie, le Sauveur et, cette nuit, Ta femme va mettre au monde un Enfant!».

L’homme revint sur Terre et, par rapport à l’Événement, se mit en quête d’accomplir rapidement ses devoirs terrestres.

 

 *   *   *   *   *   *   *

 

Au même moment, à Nazareth, au Nord du Pays, quelqu’un d’autre, interrogateur, regardait aussi l’Étoile, en proie à des impressions fortes et contradictoires. C’était un Romain, un centurion qui s’apprêtait à reprendre le bateau pour Rome. Il s’appelait Kréolus.

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L’Étoile de Bethléem

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Pendant ce temps, revenu dans la Crèche, Joseph s’était agenouillé auprès de sa femme; en silence, il la considérait, elle qui, comme une enfant fatiguée, avait tourné sa tête sur le côté.

L’Enfant Nouveau-Né reposait paisiblement dans une mangeoire. Aucun bruit ne troublait la Grandeur et la Solennité du Moment.

C’est tout juste si Joseph osa interpeller son épouse:

– Marie!

Elle tourna le visage vers lui, ses yeux brillaient.

Sais-Tu, Marie, qu’une Étoile se tient au-dessus de notre toit?

Oui, Joseph, je le sais.

Et sais-Tu aussi, Qui annonce cette Étoile?

– LE MESSIE!

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Nativité - Jacob Jordaëns

Nativité – Jacob Jordaëns

Nativité

Joseph avala péniblement sa salive, et ne dit plus rien. Il posa seulement la tête sur la main reposant sur la couverture. Marie sentit le dos de sa main devenir humide, elle ne bougea pas.

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David et les autres bergers cheminaient rapidement dans la direction indiquée par l’Étoile.

Sur ce chemin se trouvait aussi la maison de David. Tandis que les autres l’attendaient devant la porte, David y entra rapidement et ressortit avec une petite fille d’environ sept ans le tenant par la main. Son épouse Rebecca se trouvait aussi avec eux.

Pourquoi es-Tu venu me réveiller en pleine nuit, Papa?

Pour voir le Messie, mon enfant!

Le Messie Qui est annoncé par les Prophètes et dont parle le Rabbin à la Synagogue?

– Oui, ma Brebis (*)1 bien-aimée. C’est bien Lui! Allons voir le Bon Pasteur!

Approchant de la ville, ils eurent nettement l’impression que l’Étoile se trouvait juste à la verticale d’une maisonnette isolée, adossée à une paroi rocheuse. S’approchant encore de plus près, ils virent que cette rustique maisonnette était en fait une crèche pour les animaux.

– Une bergerie pour les moutons! Cela ne peut pas être ici que se trouve le Roi!, s’écria Eléazar, qui semblait avoir des idées précises sur ce qu’est un cadre digne d’un Roi!

– As-Tu déjà oublié ce que l’Ange a dit, Eléazar?, répondit David. Il a dit: Dans une crèche! Ceci est une crèche! C’est justement cela le Signe!

– Je sais à qui elle appartient, dit, excité, Jacob, reconnaissant l’endroit. C’est la bergerie de mon oncle Lévi! Est-il vraiment possible que le Roi vienne ici?

Le vieux Lévi avait dit à Joseph, cherchant désespérément un gîte pour la Nuit:

– Je ne peux pas non plus T’héberger. Sache que mes fils arriveront encore ce jour et occuperont la dernière place disponible. Si Tu voulais Te contenter d’un gîte à la bergerie…

– Volontiers, Lévi. Oh, n’importe où! Il faut que Marie puisse se reposer.

– Les moutons sont dans les champs, peut-être pourriez-vous vous y installer, si vous êtes modestes…

– Merci Lévi, merci ! Il serait bon que je puisse y aller tout de suite pour y mettre un peu d’ordre; nous nous y sentirons comme dans un palais. Nous sommes tellement fatigués !

Partant de l’Étoile, pendant quelques secondes, un Rayon lumineux, que tous les bergers virent alors, toucha alors le toit de la Crèche et, intuitivement, ils surent, cette fois sans l’ombre d’un doute, que c’était quand même .

Du reste, ils en eurent bientôt confirmation par une femme qui, s’éloignant du Lieu et les apercevant, leur fit un geste pour leur désigner la modeste étable, tout en leur criant simplement:

– C’est là!

Sans prendre davantage en considération le fait que cette bien modeste bâtisse était l’une de ces bergeries où ils venaient eux-mêmes régulièrement prendre et reconduire les moutons qu’ils gardaient, David, sa fille Rachel lui tenant toujours la main, frappa timidement à la porte. Tous les autres, derrière eux, patientaient sagement.

Pleins d’Espoir, ils attendaient tous, la porte allait-elle s’ouvrir?

Bientôt, le profond silence fut interrompu; la porte s’ouvrit.

L’homme qui ouvrit la porte était visiblement surpris, il regarda tous ces gens qui se serraient étroitement et qui, peureux et timides, attendaient, immobiles.

Pourquoi venaient-ils tous, en un pareil Instant, déranger la Quiétude et la Solennité du Lieu et de l’Heure?

Était-ce bien le moment pour une visite?

– Que voulez-vous?, questionna-t-il d’une manière pouvant leur donner à comprendre qu’ils dérangeaient.

Du coup, ils restèrent tous immobiles et muets.

La petite Rachel, alors, craintivement, s’avança.

– Nous voulons voir le Messie – là! La femme que nous avons croisée nous a dit qu’Il était là!

L’homme se retourna alors, hésitant, vers une belle femme aux grands yeux bleus, allongée sur une couche de paille et recouverte d’un manteau bleu; celle-ci inclina la tête en souriant.

Alors les bergers affluèrent de l’extérieur, jusqu’à ce que l’étable fût bondée de visiteurs, et tous s’inclinèrent dévotement devant la crèche où reposait un très petit Être.

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L'Adoration des bergers - Giovanni Francesco Romanelli

L’Adoration des bergers – Giovanni Francesco Romanelli

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Les rudes bergers s’appliquèrent, tout d’abord, à rester silencieux. Puis, à voix chuchotée, ils racontèrent comment ils avaient aperçu l’Étoile et comment quelques-uns d’entre eux avaient vu et entendu l’Ange du Seigneur leur annonçant la Naissance du Fils de Dieu et leur désignant la Crèche.

Ces hommes simples coururent alors chez eux chercher femmes et enfants et suivirent, pour revenir, les Rayons de l’Étoile, jusqu’à ce qu’ils aient retrouvé la Crèche.

Des bruits se faisaient entendre dans la nuit. Des silhouettes furtives arrivaient de loin, poussées, aurait-on dit, par une Force Supérieure; encore des bergers, bientôt suivis de leurs femmes et de leurs enfants, s’approchaient, toujours plus nombreux.

Le calme de la Nuit était troublé par ce petit Peuple cheminant et l’Étoile, toujours immobile au-dessus de la Crèche, leur montrait le Chemin.

Comme Signe visible, ses Rayons tombaient directement sur la toiture basse; tous ces êtres humains les voyaient distinctement.

– «LE MESSIE – LE SAUVEUR!»

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Ces cris s’élevaient, dominaient les bruits de voix, forçant impérieusement les êtres humains à lever les yeux.

Comme leurs yeux brillaient! Avec quelle Ardeur ils désiraient servir le Messie! Le Bonheur les avait saisis et, dans leur Béatitude, ils auraient voulu annoncer à la Terre entière l’heureuse Nouvelle!

Ils avaient de la peine à partir. Ils restaient là et admiraient l’Enfant, semblant prêts à y passer le restant de la nuit, jusqu’au moment où, Marie ayant tout naturellement besoin de repos, vers trois heures du matin, Joseph les pria de bien vouloir quand même se retirer.

Après qu’ils aient dû ressortir, les bergers rentrèrent chez eux, Rachel retourna aussi à la maison avec sa maman, mais David ne pouvait se résoudre à aller se coucher. Il remonta sur la Colline de l’Illumination.

Il voulait comprendre ce qu’il avait vécu au début de la Nuit Sacrée, ce qu’il vivait encore, ce qui se passait, maintenant, de si important pour la Terre.

Il implora les Guides spirituels pour avoir une Explication.

Laissant sa pensée initiale se condenser en lui, il comprit alors que, pour lui et les quelques autres bergers, dans les champs, qui avaient aussi vu l’Ange, tels que Eléazar, Jacob, Benjamin, le bandeau qui se trouvait devant leurs yeux spirituels avait été retiré, afin qu’ils puissent témoigner de l’incommensurable Événement, afin d’y rendre les autres êtres humains attentifs.

Mais pourquoi étaient-ils si craintivement tombés à genoux, pourquoi avaient-ils été à ce point effrayés par l’Ange ?

Il médita longuement là-dessus, et réalisa soudain que c’était parce qu’ils étaient complètement bouleversés par le Nouveau, pour eux insaisissable. Il prit aussi conscience du fait que lorsque un être venu d’un genre plus élevé se manifeste, les êtres du genre inférieur ne peuvent être qu’effrayés.

C’est quelque chose d’inévitable lorsqu’un Annonciateur provenant des Hauteurs Lumineuses s’adresse aux petits êtres humains. Comment, en effet, éprouver, de prime abord, autre chose que de la crainte lorsqu’un haut Annonciateur de Lumière se manifeste à vous? L’on ne peut être que complètement impressionné. Plus rien ne serait plus jamais comme avant, désormais.

Lorsque le Fils-Dieu Jésus était né dans l’étable à Bethléem, c’est la crainte qui s’était emparée d’eux qui, pour quelques heures, dans le But de pouvoir ensuite rendre Témoignage, avaient été rendus clairvoyants et clairaudiants.

C’était la crainte devant la Grandeur de l’Événement, devant la Toute-Puissance de Dieu qui, pour eux, se manifestait ainsi ! En y repensant, David frémissait encore.

C’est pour cela que l’Ange issu des Hauteurs lumineuses et venu pour annoncer la Naissance du Sauveur leur avait tout d’abord dit, pour les tranquilliser: «Ne craignez pas!».

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Gloire à Dieu au Plus Haut des Cieux

Gloire à Dieu au Plus Haut des Cieux

Gloire à Dieu au plus haut des Cieux!

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Il se rappela que, dans les Saintes Écritures, à chaque fois qu’un Ange, Messager des Hauteurs lumineuses était venu sur Terre parler aux êtres humains, c’est toujours de la crainte que les êtres humains de la Terre avaient, en premier lieu, éprouvé lors de la contemplation ou de l’écoute de ces hauts Annonciateurs, une crainte provoquée par la Pression de la Force les accompagnant, à laquelle, en de tels Instants bénis, pour une très petite part, ils s’étaient quelque peu ouverts. Seulement un petit peu, car un peu plus de cette Force les aurait déjà complètement écrasés et consumés.

Mais était-il normal qu’ils aient eu ainsi aussi peur ? Cela n’aurait-il pas dû plutôt être de la Joie qu’il aurait dû éprouver, et non de la peur? Du reste, l’Ange avait bien dit: «Je vous annonce une grande Joie!». Alors, pourquoi avait-il, lui aussi, eu si peur? Serait-ce que son esprit n’aspirait pas suffisamment vers les lumineuses Hauteurs? David faisait son examen de conscience.

Le Messie venait donc d’arriver sur Terre. Mais qui et combien, à part Marie et Joseph et la sage-femme qui avait assisté Marie au cours de l’Enfantement, avaient, comme eux, été spirituellement Témoins de l’Événement au cours de la Nuit Sainte? Probablement très peu.

Ce n’est pas à toute l’humanité que cela était devenu manifeste! Bien au contraire! En dehors de l’Étoile, qui était encore terrestrement visible avec les yeux du corps terrestre, il semblait que, mis à part quelques bergers – dont lui-même – paraissant élus pour cela, personne d’autre, parmi les enfants d’Israël, et probablement encore bien moins parmi les autres êtres humains de la Terre, n’avait vu l’Ange Annonciateur de la Lumière ni les Légions lumineuses, qui se trouvaient autour de lui, chanter en chœur la Gloire de Dieu.

Personne, autrement, ne l’avait vu et entendu, pas même leurs épouses et leurs enfants demeurés à la maison…, lesquels n’auraient rien su si les bergers n’étaient pas allés les chercher pour le leur dire et pour qu’ils et elles puissent aussi voir, de leurs propres yeux, l’Enfant Roi…

Alors pourquoi eux – pourquoi, lui, David, simple berger – passant la plus grande partie de leur vie dehors, dans la Nature, avaient-ils été autorisés à voir l’Invisible et à entendre l’Ineffable?

David, simple berger… était-ce donc précisément à cause de cette Simplicité même que ses yeux et ses oreilles spirituels, normalement fermés dans le corps terrestre, avaient été, par Grâce, ouverts?

«Je Te rends grâce, ô Dieu, d’avoir caché cela aux grands et aux puissants
et de l’avoir montré aux petits et aux faibles…»

Pourtant, son épouse Rebecca était, elle aussi, une femme très simple. Pourquoi, alors, lui avait-il vu et pas elle?

La différence, c’était que lui, en cette Nuit Sacrée, était dehorsdans la Nature, de même qu’il l’était toute l’année à garder les moutons, dans cette Nature à laquelle il se sentait tellement lié. C’est aussi le fait d’être dehors qui leur avait permis de voir l’Étoile, et c’est l’ouverture intérieure provoquée par la contemplation de l’Étoile qui avait aussi ouvert leurs yeux et leurs oreilles spirituels.

Mais, alors, se demandait David, en allait-il toujours ainsi pour les grandes Annonciations? Ne s’effectuaient-elles jamais autrement, ici sur Terre, que par l’intermédiaire de quelques élus spécialement choisis pour cela?

En ce cas, il n’était donc pas concevable que l’humanité de la Terre entière soit témoin d’un pareil Événement. Malgré le caractère grandiose de celui-ci, il devait donc, dans l’immédiat, passer complètement inaperçu du plus grand nombre. Car même l’Apparition de l’Étoile ne serait pas mise par tous – et de loin s’en faut – en relation avec la Naissance d’un tout petit Enfant, dans une misérable étable!

David réfléchissait aussi à la façon dont ils avaient été immédiatement crus, d’abord auprès des autres bergers qui n’avaient pas vu, puis auprès de leurs familles une fois rentrés chez eux. Certainement, cela continuerait encore comme cela le lendemain et les jours suivants… Mais après?

Des décennies, des siècles, des millénaires après, comment les êtres humains considéreraient-ils leur témoignage ? Plus tard, les bergers qui avaient vu et entendu l’Ange annonçant l’Arrivée du Messie, ne seraient-ils pas seulement raillés, tenus pour des excentriques, voire même pour des escrocs qui voulaient ainsi obtenir des avantages terrestres, et cela uniquement parce que la plupart des êtres humains auraient alors beaucoup trop profondément sombré pour pouvoir encore considérer comme authentiques des Appels en provenance des Hauteurs Lumineuses, en particulier lorsque ces êtres humains ne pourraient eux-mêmes ni les entendre ni les voir.

À moins que la Venue du Messie ne changeât tout? David se prit à rêver… Si tout Israël allait reconnaître le Messie? Peut-être même les Romains Le reconnaîtraient-ils aussi? Alors tout n’était pas perdu sur Terre, puisque le Dieu d’Abraham avait encore jugé utile de leur envoyer Son précieux Envoyé…

David en était arrivé là dans ses réflexions lorsque quelqu’un, s’avançant, en provenance de l’Orient, derrière lui qui regardait l’Étoile, lui mit la main sur l’épaule et lui demanda:

– Est-ce l’Étoile de David?

David sursauta. Non, ce n’était pas son étoile! Puis il comprit: L’Étoile annonçait l’Arrivée de Celui qui allait monter sur le Trône de David, demeuré vacant depuis Salomon

– Oui, dit-il en se retournant, c’est l’Étoile du Fils de David.

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L’Étoile de Bethléem

L’Étoile de Bethléem

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Marie avait hâte de retourner chez elle, elle désirait être seule. Elle ne pouvait pas encore comprendre – l’Événement était survenu avec trop de Puissance.

Bethléem considérait son Enfant comme le Sauveur. L’on exultait, l’on admirait et l’on priait humblement devant la crèche. L’Étoile resta trois jours au-dessus de la Crèche, comme une Gardienne fidèle. Son éclat ralliait les êtres humains. Il attirait riches et pauvres et guida trois Rois en provenance de pays lointains vers Bethléem.

David vit devant lui un imposant Personnage, ressemblant lui-même à un Roi

Bonne Nuit, lui dit celui-ci. Je m’appelle Gaspard et – désignant, derrière eux, la colline voisine où se devinait un important équipage – je voyage avec deux Amis venant, eux aussi, du Pays du Matin. Nous faisons là une dernière halte avant d’atteindre le But de notre Voyage.

Quel est le But de Ton Voyage?, demanda poliment David.

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Procession des Rois Mages vers Bethléem - Benozzo di Lese di Sandro Gozzoli

Procession des Rois Mages vers Bethléem – Benozzo di Lese di Sandro Gozzoli

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Adoration des Rois - Johann Friedrich Overbeck

Adoration des Rois – Johann Friedrich Overbeck

Rois Mages et leurs Présents

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Nous venons de très loin. Mon Royaume, le Royaume de Shivas, se trouve en Asie. C’est là-bas que j’ai commencé à voir l’Étoile, mais, à ce moment-là, elle n’était pas encore visible avec les mêmes yeux que ceux qui Te voient, cette nuit, dans sa lumière éclairant la Terre encore plus fortement que la Lune.

Alors, vous avez voulu suivre l’Étoile?, demanda David, de plus en plus intéressé.

Je m’étais mis en route depuis mon propre Royaume, lorsque, en chemin, ma caravane rencontra celle du Roi Melchior et celle du Roi Balthazar. Eux aussi avaient vu l’étoile et consulté leurs astrologues pour savoir ce qu’elle annonçait.

Et vous savez ce qu’annonce l’Étoile?, demanda David.

En nous trois dormait la Connaissance que notre vie appartenait au Roi, bien plus grand que nous, devant venir sur Terre. L’Étoile disait que le Moment était venu, que nous devions maintenant nous mettre en Chemin pour Le chercher. Il nous suffisait de suivre l’Étoile.

Une Connaissance qui dort est-elle suffisante pour faire abandonner son Royaume à un Roi?, demanda David.

Cette Connaissance fut fortement réveillée chez moi, jusqu’à devenir pleinement consciente, répondit Gaspard.

Comment cela se passa-t-il?, demanda David.

Je possède, transmise dans ma famille depuis des siècles, une Boule de Cristal qui vient d’un Pays situé au bord du Nil. Bien souvent, dans le passé, je l’avais regardée, mais je n’y avais jamais rien vu que mon propre reflet.

Et alors?

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Boule de Cristal

Boule de Cristal

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Après avoir vu l’Étoile, j’entendis une Voix me disant:«Regarde la Boule!».

– Que vis-Tu dans la Boule?

– Je vis un Voyant qui, il y a de nombreux siècles, se servait régulièrement de la Boule dans le Pays sur la rive Est du Nil. Ce Voyant avait des ascendances indiennes comme moi. Il servait un Prince très important qui régnait sur le Royaume.

Le Rôle de ce Voyant était de servir le Prince, de Le mettre en garde en Lui annonçant, à l’avance, tout danger qu’il pouvait pré-voir dans la Boule, dit Gaspard, rêveur… Mais je ne sais pas pourquoi je te raconte tout cela…!, dit-il en se ressaisissant.

– C’est peut-être pour que tout devienne bien conscient en Toi, lui répondit David. Le passé et aussi, surtout, le présent. Le Voyant a-t-il bien accompli son Office?

Je ne sais pas…, répondit Gaspard, hésitant.

Tu ne sais pas ou Tu ne veux pas savoir?, demanda David.

– Ce que je sais, c’est que le Voyant grava ensuite une importante Prophétie sur une Pierre Tombale. Et dans cette Prophétie était aussi annoncée la Venue du Roi Qui doit, maintenant, arriver dans ce Pays.

Alors vous êtes venus pour Le servir?, dit David.

Oui, nous sommes venus Lui apporter des Présents pour L’honorer et Lui faire savoir ainsi que nous Le reconnaissons pour notre Roi.

– Quel est Ton Présent, Gaspard?

– J’apporte au Roi de l’Encens, destiné à L’encenser ainsi que le mérite Sa Magnificence.

– Allez-vous rester avec Lui?, demanda encore David.

– Rester avec Lui?, répondit Gaspard, interloqué. Mais j’ai une épouse, un fils, un Royaume !

Est-ce que cela compte à côté du Royaume de Dieu ?, demanda doucement David.

Nous ne pourrions pas Lui être utiles maintenant, répondit Gaspard, voyant en imagination le visage souriant de sa ravissante et jeune épouse portant dans ses bras leur fils, l’héritier de leur Royaume. Plus tard, nous reviendrons.

Alors, espérons que «plus tard» ne sera pas «trop tard»…, dit simplement David.

Gaspard demeura un long moment silencieux, puis, vivement, il demanda:

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Adoration des Rois - Ecole allemande

Adoration des Rois – École allemande

Rois Mages adorant l’Enfant Roi

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Sais-Tu  doit arriver le Roi?

La seule chose que je puisse Te dire, dit David, un peu refroidi, c’est que le Roi est déjà arrivé.

Déjà arrivé! Comment le sais-Tu?

– Je le sais, parce que l’Ange nous l’a dit et que je L’ai vu!

– Tu L’as vu? Où est-Il? s’écria Gaspard, subitement fébrile.

– Je n’ai rien besoin de vous dire de plus, dit David.

Puis, devant la mine dépitée de Gaspard, il ajouta:

– Continuez à avancer vers l’Ouest. L’Étoile vous guidera jusqu’au bout.

Gaspard prit congé et regagna la colline voisine où se trouvaient ses royaux Amis avec leur suite.

De là David les vit, après un moment de concertation, curieusement, prendre la direction, non directement en direction de l’Étoile, vers Bethléem, mais celle de Jérusalem, plus au Nord…

David replongea dans sa méditation.

Alors, il entendit son Guide spirituel lui dire:

«C’est ainsi que, maintenant aussi, les grandes Annonciations que les êtres humains attendent, ne pourront jamais s’accomplir, ici sur Terre, autrement que sous cette forme que vous connaissez depuis longtemps déjà, et qu’ils reconnaissent, pour autant qu’elles remontent loin en arrière.».

Et David pensa à ses co-religionnaires juifs; ils croyaient tous aux Annonciations faites à Abraham, à Jacob et à Moïse.

Un ainsi-dénommé «bon Juif», y compris les prêtres du Sanhédrin, qualifierait, sans plus, de blasphémateur et verrait un grand pécheur en tout être humain qui oserait affirmer que les Annonces faites aux Patriarches, à Moïse, ainsi qu’à tous les Prophètes, Élie, Isaïe, Jérémie, et tous les autres, étaient des fables.

Cependant, ce même «bon Juif», Pharisien ou Sadducéen, allait récuser – il en était sûr – avec une véhémente indignation, les Révélations de cette Sainte Nuit vécues par lui, bien qu’elles aient été données, non seulement par lui mais aussi par d’autres êtres comme lui, pour cela Comblés de Grâces, de la même manière, et il qualifierait, sans plus, aussi les autres bergers les ayant reçues et lui-même de blasphémateurs ou, au mieux, de fantasques ou de malades, ou encore d’aliénés.

Ces bons Juifs qui avaient appris à la Synagogue la réalité des Révélations faites à leurs ancêtres, les avaient-ils réellement vécues en eux-mêmes, de sorte à véritablement faire progresser leurs esprits? S’ils n’avaient absolument pas été capables de celacomment feraient-ils donc alors à l’égard de toutes les Révélations nouvelles!?!

Et, encore plus tard, qu’en serait-il, lorsque, enfin, sous l’effet de l’écoulement des décennies et des siècles, les êtres humains, par effet boule de neige plus que par réelle Conviction personnelle, auraient enfin reconnu – probablement, de nouveau, trop tard! – Celui Qui arrivait en cette Nuit Sacrée; ces «bons Chrétiens» de la dernière heure n’auraient-ils pas encore deux mille ans de retard lorsque serait venu le Moment de nouvelles Révélations?

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Nativité - Federigo Barocci

Nativité – Federigo Barocci

Nativité

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Qui, parmi les futurs croyants, de façon générale, pressentirait la Grandeur de Dieu résidant en l’Événement s’accomplissant silencieusement en cette Sainte Nuit par la Naissance du Messie attendue depuis deux mille ans? Qui se souviendrait de la Grâce ainsi offerte en Cadeau à la Terre?!?

Combien de temps l’Allégresse existant dans les Sphères en cette Nuit Sainte se maintiendrait-elle?

La plupart des êtres humains, en cette Sainte Nuit, ne pensaient qu’à leurs affaires terrestres! Comment cela serait-il encore deux mille ans plus tard!?!

Mais si les êtres humains avaient, pendant la Nuit Sainte, le plus petit pressentiment de la Réalité, il en irait de tous les êtres humains comme de eux les bergers; oui, il ne pourrait pas du tout en être autrement, étant donné la Grandeur de l’Événement, ils seraient tous, comme eux, immédiatement tombés à genoux… de crainte, de frayeur devant l’immensité de la Magnificence de Dieu!!!

Car si les êtres humains, pendant la Nuit de la Nativité, pressentaient, ne serait-ce qu’un tout petit peu, de quoi il s’agissait véritablement, c’est la peur qui devrait puissamment surgir en premier et les contraindre tous à s’aplatir dans la poussière, parce que, s’ils pressentaient un tout petit peu de la Grandeur de Dieu, alors ils prendraient simultanément conscience, comme lui, David, de l’immensité de la faute dont ils se sont chargés sur Terre, rien que par la manière indifférente avec laquelle, sans parler du reste, tous ont pris pour eux les Grâces de Dieu sans rien faire en contrepartie, rien qui soit un véritable Service de Dieu!

David en était arrivé là dans ses réflexions, lorsqu’il vit les premières lueurs de l’Aube apparaître… Curieusement, elles ne faisaient pas disparaître l’Étoile à l’autre extrémité de l’horizon…

Il se tourna un moment vers l’Est, à regarder le Disque d’Or apparaître, au commencement d’une Journée très pure…

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Adoration de l'Enfant Jésus - Gerrit van Honthorst

Adoration de l’Enfant Jésus – Gerrit van Honthorst

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Pour Marie, les maisons des riches bourgeois s’ouvraient; de tous côtés, l’on priait Marie de quitter la petite étable, mais elle s’y refusait. Non, elle préférait rester seule, libre de toute influence et retourner aussitôt que possible à Nazareth.

Dans le calme de sa maison, elle voulait goûter son Bonheur. Tout son Amour allait à l’Enfant, elle en était entièrement absorbée.

Et, pendant ce temps, Kréolus errait par les rues de Nazareth. Après avoir patienté des journées entières, s’attendant à chaque instant à voir Marie, il commençait à sérieusement s’inquiéter… Longtemps, il lutta contre le désir de demander, près de la Fontaine, des nouvelles de Marie à l’une des femmes venant, tous les jours, chercher de l’eau, jusqu’à ce qu’il ne puisse plus plus longtemps supporter cette incertitude. Kréolus alla à la fontaine, regarda autour de lui et attendit l’arrivée des femmes porteuses d’eau…

L’heure était encore matinale. Il s’enveloppa en frissonnant dans son large manteau, malgré l’épaisseur du tissu, l’humidité arrivait à le traverser…

Lorsque le ciel se fut peu à peu éclairci et que les premiers rayons du Soleil eurent dévoilé un horizon gris argent, avec un soupir il s’assit sur le bord de la fontaine. Inconsciemment, il prit la même attitude que Marie, le jour où il l’avait vue pour la première fois.

Pourtant, si les traits de Marie étaient alors inondés de Pureté, le visage de Kréolus trahissait son attente anxieuse. L’inquiétude était dans ses yeux; elle ne l’avait plus lâché depuis qu’il avait quitté Marie. Les coins de sa bouche tremblaient; tourmenté, il fronçait les sourcils. Seules ses mains, qui enlaçaient ses genoux, restaient calmes.

Kréolus regardait fixement devant lui; ses yeux éteints paraissaient ne rien voir. Puis les paupières s’abaissèrent et couvrirent tout son chagrin caché, jusqu’au moment où il entendit enfin des voix tout près de lui. Alors Kréolus se redressa.

Pendant ce temps, les femmes s’approchaient. Leur bavardage s’arrêta à la vue du Romain, qui, depuis des jours, rôdait autour de la fontaine. Jamais il ne leur avait adressé la parole, mais les femmes avaient remarqué que ses yeux inquiets allaient de-ci de-là, comme s’ils cherchaient quelqu’un.

Cette fois encore, Kréolus examina les femmes qui approchaient, jusqu’à ce que, déçu, il détourna la tête. Mais ensuite, il s’approcha résolument d’elles.

«Je cherche, parmi vous, une jeune fille, elle s’appelle Marie. Pouvez-vous me dire où je puis la trouver?»

Il scrutait les figures étonnées des femmes.

«Si Tu cherches cette Marie qui est actuellement la femme de Joseph, elle n’est pas à Nazareth. Elle est partie, il y a quelque temps, avec son mari, pour Bethléem, en vue du recensement.»

Kréolus sourit.

«Non, ce n’est sûrement pas cette Marie que je cherche, je veux parler d’une autre.»

«Ne peux-Tu pas nous décrire l’aspect de la jeune fille?»

Kréolus sourit de nouveau.

«Eh bien, elle est belle» – commença-t-il -, «elle a de grands yeux bleus…»

«Et elle porte un manteau bleu?», dit une femme qui semblait avoir deviné tout de suite de qui il il parlait.

«Oui!»

«Alors c’est bien celle dont nous Te parlons!»

«Impossible!»

«Mais il n’y a qu’elle qui corresponde à Ta description!»

De dénégation Kréolus secoua vivement la tête. Un lourd silence planait sur les femmes et sur lui.

Son visage trahissait un étonnement incrédule. Ses yeux gris semblaient regarder des distances infinies. Il avait levé les mains comme pour se protéger.

Puis il s’affaissa. L’on aurait dit que toute force avait abandonné son corps. Sa bouche s’ouvrit, mais il lui fallut d’abord humecter ses lèvres avant de pouvoir parler.

«C’est une erreur! Sûrement! Vous vous trompez!», s’écria-t-il.

Les femmes prirent peur, sa voix s’amplifia, les dernières paroles résonnèrent dans leurs oreilles comme le tonnerre, comme une menace, presque farouchement.

Déjà, Kréolus s’en allait. Ses paroles «Vous vous trompez!» lui redonnèrent courage.

Il allongea le pas de plus en plus, comme s’il fuyait devant une chose terrible. La peur le saisit. Les paroles des femmes le poursuivirent – en vain, Kréolus se rappela ses doutes sur la véracité de leurs suppositions; ils ne lui donnèrent qu’une assurance de peu d’instants.

Ce qu’il avait entendu le pénétrait d’une façon toujours plus cuisante.

«Oh, Dieux, cela ne peut pas être vrai!».

Il le cria à haute voix dans la forêt qu’il venait d’atteindre et où ses pas l’avaient conduit.

Puis, fatigué, il s’appuya contre un arbre. Sa hâte tomba comme un fardeau qu’il était incapable de porter plus longtemps. Sa tête s’appuya contre la dure écorce du tronc. Son agitation se calma lentement, sa respiration s’apaisa. Il s’éloigna du tronc et prit le chemin où, quelques mois plus tôt, il avait suivi Marie.

Kréolus s’arrêta longtemps à l’endroit où son Bonheur avait commencé. Son âme revit leurs adieux. Il revit l’attitude absente et étrange de Marie et crut entendre de nouveau ses paroles sans accent:

«Je T’attendrai, je T’attendrai toujours…».

Un léger souffle caressa sa tête, comme la main fraîche et douce de Marie.

«Je Te sens, Marie, n’importe où que Tu Te trouves, Tu es près de moi», dit-il presque imperceptiblement.

Kréolus retourna tard en ville. Il ne cherchait plus, il était convaincu de retrouver Marie – et également de cette façon.

Mais, pendant la nuit, il fut oppressé, sa respiration était saccadée, il se réveilla, trempé de sueur.

N’était-ce pas la voix de Marie qui avait crié son nom, en suppliant? Il l’avait entendue avec son oreille fin-matérielle. Il regarda autour de lui, ne sachant où il se trouvait. Puis, lorsqu’il se le rappela, sa respiration devint pénible. Il sentit confusément que Marie se trouvait en détresse. C’est pour cela qu’il l’avait entendue!

Inquiet, il s’habilla. Allait-il reprendre ses promenades nocturnes? Non, cette fois-ci, il ne sortit que sur le balcon attenant à sa chambre.

La maison, l’une des plus belles de Nazareth, appartenait à un compatriote; Kréolus était l’hôte d’un riche commerçant romain.

L’atmosphère adoucie de la maison, dans laquelle des tapis épais étouffaient chaque bruit, exerçait un effet calmant sur ses nerfs irrités.

En ce moment, Kréolus regardait, songeur, le vaste jardin s’étalant en terrasses sur la colline et, plus loin, la ville située en contre-bas, d’où aucune lumière n’envoyait ses rayons vers lui.

Puis ses yeux cherchèrent le Ciel, la haute coupole parsemée d’étoiles au-dessus de lui.

De nouveau, une lourde oppression envahit son âme, sa respiration se fit plus difficile; d’une main, il desserra rapidement son col, de l’autre, il s’appuya lourdement sur la balustrade de pierre.

Alors, une Clarté aveugla ses yeux. Kréolus chancela. Son regard était fixé sur un nouvel Astre brillant, une Comète. Il crut voir que des rayons émanaient de sa queue, touchant la Terre dans une direction bien déterminée.

«C’est certainement un augure!», murmura-t-il. «Je le considère comme un signe que Tu es heureuse, Marie! Je sens que les femmes ont dit vrai – Tu es l’épouse d’un autre. Pourquoi n’as-Tu pas attendu, Marie? La confiance Te manqua-t-elle donc? Ou bien, renonças-Tu déjà lorsque je Te quittai? Savais-Tu que je voulais uniquement Te consoler, que je ne croyais pas moi-même {alors} à la réalisation?».

«Et maintenant que les Dieux ont enfin exaucé mes prières et que j’ai pu me libérer des chaînes de l’empereur, que je retourne dans ma patrie à Rome, Tu n’es plus là! Et, pourtant, je venais Te chercher, Marie, Tu devais être ma femme et venir avec moi à Rome!».

Kréolus s’assit sur la balustrade du balcon, le dos appuyé contre une colonne. Il resta assis longtemps et écouta les voix nocturnes. Son âme était auprès de Marie.

Les événements se déroulaient inéluctablement. Ils arrivèrent et submergèrent tous les participants comme une vague, grosse de conséquences. Il semblait à Marie qu’une Main puissante la poussait en avant. Mais elle croyait ressentir ses Bénédictions de plus en plus rarement.

Elle avait décidé Joseph à partir avec elle et l’Enfant pour un autre pays; elle-même croyait trouver la cause dans sa crainte du commérage des gens, mais, en réalité, elle était dominée par une peur sourde qui la faisait fuir inlassablement.

Évidemment, l’on avait parlé à Nazareth d’un Romain qui l’avait cherchée désespérément. Le cœur de Marie se contracta douloureusement. L’oubli lui était encore impossible, Kréolus était toujours vivant en elle.

«Partir – rien que partir!», pensa-t-elle en tenant l’Enfant sur ses genoux et Le contemplant en silence.

Inconsciemment, elle entoura ce petit corps de ses bras, comme pour Le protéger. L’Enfant se réveilla, ses yeux noirs regardèrent le visage de Marie penché sur lui. Les petites mains saisirent en jouant le voile clair posé avec nonchalance, touchèrent ses joues, sa bouche souriante – un éclat de Joie glissa sur son petit visage d’Enfant, il sourit à la mère jusqu’à ce que, lentement, ses paupières s’abaissent de nouveau.

 

Épilogue

Plusieurs décennies plus tard, à Rome

Dans la maison d’un grand dignitaire, l’Apôtre Paul fit la connaissance d’un homme dont les traits l’attiraient visiblement. Il ne pouvait s’en expliquer la cause. Son visage était mince et noble. Ses grands yeux gris avaient un regard scrutateur. Marius, ainsi s’appelait l’homme, s’approcha un jour de Paul et demanda à en apprendre davantage sur Jésus que l’Apôtre n’avait, tout d’abord, voulu dire en ce lieu. Et Paul l’invita à venir le voir chez Rufus. Marius y consentit.

L’un des jours suivants, alors que le Romain franchissait le seuil de la chambre de Paul, Pierre était justement présent. Le Disciple sursauta, poussa un cri à demi étouffé et fixa celui qui entrait.

«Seigneur, qui es-Tu?»

Surpris, l’hôte répondit:

«Je suis Marius, chef d’une armée romaine, comme mon père avant moi.».

«Pardonne-moi», balbutia Pierre, tout à fait embarrassé. «La ressemblance est si frappante! Jésus, s’Il avait atteint Ton âge, aurait pu avoir cet aspect!»

Paul – qui – terrestrement – n’avait jamais connu Jésus – savait à présent ce qui l’avait si fortement attiré dans le visage de cet homme. Pourtant Marius se réjouissait visiblement de la ressemblance et désirait entendre parler de façon très explicite de Jésus. Contrairement à son habitude, Pierre se taisait. Silencieux, il ne se lassait pas de regarder les traits familiers. Une telle ressemblance – comment était-ce possible? Paul parlait avec une chaleur toute particulière, et son auditeur s’ouvrait de plus en plus.

«Que les Dieux – ou plutôt Dieu – me sont favorables!», s’écria-t-il, à maintes reprises. «Justement, il m’est permis d’apprendre aujourd’hui ce que j’ai cherché toute ma vie. Mon père m’a souvent parlé du Dieu des Juifs. Alors qu’il était jeune homme, il fut envoyé par Rome en Palestine il y est resté longtemps et il a dû y vivre des choses pénibles. En souvenir de ce séjour, j’ai reçu le nom de Marius», termina-t-il, presque gêné.

«Comment s’appelait Ton père?», demanda Pierre. Ce nom, pensait-il, donnerait peut-être une explication à cet incompréhensible phénomène!

«Kréolus!», répliqua le Romain. «Il était chef d’armée et il tomba lors d’une insurrection à la frontière septentrionale de notre empire. Ma mère le suivit peu de mois plus tard; depuis lors, je suis seul.»

«Kréolus!», répéta Pierre songeur et légèrement déçu. Ce nom ne lui disait rien.

Pourtant Marius cherchait et examinait tout avec zèle et tant de compréhension que Paul dit plus d’une fois:

«Jamais je n’ai rencontré un élève pareil. L’on dirait qu’il possède déjà en lui, à l’état latent, tout le Savoir. L’on relate un événement ou l’on fait surgir une Image et, aussitôt, il en trouve toutes les relations.».

Avec beaucoup d’autres, Marius se fit baptiser par Paul et fréquenta ensuite les réunions des Chrétiens, jusqu’à ce que les insurrections de plus en plus menaçantes dans les îles britanniques [1] l’appellent loin vers le Nord.

Avant de partir, et à la suite des prières insistantes de Paul, il avait réussi à obtenir pour l’Apôtre une audience auprès de Néron. Marius, ayant éveillé la curiosité de l’empereur au sujet de la scission des Juifs, lui avait déclaré que personne ne pourrait l’en informer mieux que Paul.»  («Les Apôtres»)

Lorsque Jean eu terminé son récit, un grand Silence se fit tout d’abord…

Puis s’engagea, peu à peu, une conversation théologique

Cédric déclara:

«Ton conte n’est pas conforme à l’Évangile!».

Jean:

«Peux-Tu préciser?»

– «Oui, dans le cas de Marie, selon l’Évangile de Luc, lorsque l’Ange Gabriel lui apparaît pour lui annoncer qu’elle va devenir la mère du Sauveur, Marie lui répond: «Comment cela se fera-t-il, puisque je ne connais point d’homme?» (Luc, I, 34.).

Par conséquent, c’est parfaitement limpide!: Marie dit clairement à l’Ange qu’elle est Vierge et n’a jamais eu de relation avec un homme.

Jean répond:

«Oui, c’est clair … en apparence.

Mais l’on voit bien que le Récit de Luc est incohérent.

Charles, le patriarche, remarqua alors:

– «Pour l’église, l’histoire de la Venue de Jésus sur la Terre constitue un «mystère»: C’est le «Mystère de l’Incarnation». Mais, pour moi, ce qu’il y a de mystérieux pour l’être humain dans l’Incarnation de Jésus, c’est l’incommensurabilité de l’Amour Divin qui a présidé à un tel Acte: détacher une Partie de Lui-même pour L’envoyer en Mission de Sauvetage sur la planète de notre Partie Cosmique habitée par des esprits humains et la plus éloignée de la Lumière.

Pour le reste, cette Incarnation s’est naturellement effectuée conformément aux Lois Divines. C’est pourquoi je peux accepter la définition du catéchisme de la manière avec laquelle le Fils de Dieu S’est incarné et qui dit: «Le Fils de Dieu s’est fait homme en prenant une âme et un corps semblable aux nôtres dans le sein de la Bienheureuse Vierge Marie». Mais cette définition est pour moi incomplète.»

C’est alors que Jean reprit le fil de son exposé:

– «Si nous voulons connaître la Vérité et comprendre la Création, la condition préliminaire et indispensable est d’accorder à Dieu l’Honneur de la Perfection. Pour cela nous devons prendre pour base de réflexion Sa Justice et Son Amour; alors, nous sommes assurés de tout savoir et de tout comprendre.

La Création est le Langage de Dieu. Comprendre ce Langage, y ressentir intuitivement la Volonté Divine, voilà ce que devrait être notre But!

La Sainte Volonté de Dieu est parfaite. Elle est donc immuable. Ce qui est parfait, en effet, ne saurait changer, puisque le Parfait ne peut être amélioré.

Les Lois de Dieu sont l’expression de Sa Volonté Immuable et Parfaite. Les Lois de Dieu sont les Lois de la Nature. Les Lois Naturelles sont les Lois Divines. Les Lois Naturelles comme les Lois Divines sont donc immuables. Ce qui veut dire qu’elles n’acceptent aucune dérogation.

Examinons les thèses en présence:

Que dit l’église?

L’église (catholique) dit que « Jésus est né de la Vierge Marie et du Saint Esprit ». Et c’est tout. C’est ce que l’on peut voir dans «Le Symbole de Nicée» ayant donné naissance au «Credo».

Selon l’église: Jésus est donc né sans l’intervention d’un père terrestre. Il n’aurait pas été engendré physiquement. Autrement dit: Marie de Nazareth, que l’on appelle: «La Vierge Marie» – sans avoir rien fait pour cela! – est «tombée» enceinte et est devenue mère – la Mère de Jésus – sans avoir eu de relation (sexuelle) avec un homme, ni Joseph, ni un autre. Dans la Conception de Jésus Seul le Saint Esprit serait intervenu dans le but de rendre Marie enceinte.

À ce moment-là Sophie, la femme de Charles déclara:

«Je dois reconnaître que, pour ma part, je n’ai jamais pu «avaler ça». Mais qui voudrait me le reprocher? Il est vrai que bon nombre parmi les «incrédules» sont, pour la plupart, également des incroyants matérialistes. Mais il me semble que des êtres humains authentiquement spirituels ne peuvent pas non plus – justement à cause de cela – admettre une pareille chose!».

S’emparant d’une Bible se trouvant sur une étagère à proximité, Jean reprit:

– «Que disent les Évangélistes?

En substance, Matthieu dit ceci: Avant que Joseph et Marie eussent mené une vie commune, Marie se trouva enceinte. Joseph, qui était un homme droit et ne voulait pas la dénoncer publiquement, résolut de la répudier sans bruit. Mais l’Ange lui apparaît en songe et lui explique que l’Enfant à naître est le Fils de Dieu, ce qui, naturellement change tout.

Matthieu précise bien que Jésus naquit sans que Joseph eut connu Marie, ce qui laisse entendre que Marie demeura ainsi jusqu’à la Naissance de Jésus, ce qui est bien naturel et témoigne, de la part de Joseph, d’un respect que l’on est bien en droit d’attendre de lui.

Cependant, d’après Matthieu, l’impression qui se dégage est que Joseph est quand même déçu du comportement de Marie avant qu’il la prenne comme épouse, puisqu’elle se trouve enceinte pendant le temps de leurs fiançailles. Selon Matthieu, toutefois, Joseph n’apprend la chose qu’une fois marié à Marie, ce qui est pour le moins étonnant de la part de Marie et qui est d’ailleurs en contradiction avec ce que dit Luc, comme nous allons le voir maintenant.

Selon Luc, en effet, tandis qu’elle était fiancée à Joseph, Marie reçut la visite de l’Ange Gabriel, qui lui annonça qu’elle allait se trouver enceinte de l’Enfant Jésus et comme Marie objectait qu’elle ne «connaissait point d’homme», l’Ange lui précisa que l’Esprit Saint «viendrait sur elle», et que le Plus-Haut la prendrait «sous Son Ombre». «Car rien n’est impossible à Dieu» (Luc I, 26-38). Un peu plus loin (II, 1-7), Luc nous raconte comment – suite à l’ordre de l’empereur – Joseph, depuis Nazareth, se rendit à Bethléem en Judée, afin de s’y faire recenser avec Marie, sa fiancée, qui était enceinte. Et comment elle mit au monde, dans une crèche, son fils premier-né.

Nous relevons ici trois mots: «fiancée» «enceinte» et «premier-né». Contrairement à Matthieu, en effet, qui laisse entendre que Joseph et Marie étaient déjà mariés quand Joseph apprit que Marie était enceinte, Luc dit que Marie n’était encore que fiancée à la Naissance de Jésus. Quelle importance?, nous allons y revenir. Notons simplement, pour l’instant, que, dans un cas comme dans l’autre, cet état de chose est tout à fait contraire à la morale religieuse habituelle, y compris et même en particulier à l’époque, qui ne conçoit guère qu’une jeune femme se trouve enceinte avant son mariage et encore moins qu’elle ne soit toujours pas mariée à la naissance de l’enfant. A cette époque une femme soupçonnée d’adultère ou de relations sexuelles hors mariage risquait rien de moins que la lapidation!

À l’époque de Marie et de Joseph, le droit en Judée était régi par la Loi de Moïse (La Torah), mais son application concrète était influencée par les traditions rabbiniques et l’occupation romaine. Les risques pour une femme variaient considérablement selon son statut (mariée, fiancée, célibataire, ou fille de prêtre).

Dans la société juive du Ier siècle, les fiançailles (« erusin ») étaient juridiquement presque aussi contraignantes que le mariage. Selon la Loi (Lévitique XX,10; Deutéronome XXII, 22), ce qui était considéré comme un adultère était passible de la peine de mort pour les deux partenaires. La Torah précise que si une jeune fille fiancée a une relation sexuelle avec un autre homme, elle doit être lapidée (Deutéronome XXII, 23-24). Pour une femme déjà mariée, la tradition a fini par appliquer également la lapidation. Toutefois, à l’époque de Marie, les Romains avaient théoriquement retiré aux Juifs le droit de prononcer et d’exécuter la peine de mort (« Ius gladii »). Cependant, des exécutions sommaires ou des « mouvements de foule » restaient possibles, comme l’illustre le célèbre épisode de la femme adultère dans l’Évangile de Jean (Jean VIII).

Si une femme n’était ni mariée ni fiancée, la situation était traitée différemment: Si un homme séduisait une jeune fille vierge non fiancée, la Loi (Exode XXII,15-16; Deutéronome XXII, 28-29) exigeait qu’il verse la dot au père et qu’il l’épouse, sans jamais avoir le droit de divorcer. Le risque principal était alors le stigmate social. Une femme n’étant plus vierge perdait sa « valeur » sur le « marché matrimonial » de l’époque, ce qui représentait un désastre économique et social pour elle et sa famille. Même si la peine de mort n’était pas appliquée (ce qui était fréquent, car les exigences de preuves – comme la présence de deux témoins oculaires – étaient quasi impossibles à réunir), la femme risquait le divorce public ou secret: Le mari avait le droit de répudier sa femme s’il trouvait en elle « quelque chose de honteux ».

Dans le Récit Évangélique, lorsque Joseph apprend la grossesse de Marie, il veut la répudier « en secret » pour lui éviter l’opprobre public ou même la mort. En cas d’infidélité prouvée, la femme perdait ses droits financiers prévus dans le contrat de mariage, se retrouvant souvent sans ressources.

Le statut social pouvait encore aggraver la peine. Si la fille d’un prêtre se livrait à la « prostitution » (terme englobant souvent les simples relations hors mariage), la Loi prescrivait une peine encore plus sévère: elle devait être brûlée vive (Lévitique XXI, 9) pour avoir déshonoré le sacerdoce de son père. Le risque allait donc du déshonneur social et de la pauvreté (suite à un divorce) jusqu’à la mort par lapidation, bien que cette dernière fût devenue rare et difficile à appliquer légalement sous l’occupation romaine.

Ce serait donc bien étrange que ce soit le Saint Esprit qui soit responsable d’une situation aussi désordonnée et immorale!

Quant au terme «premier-né», il tend bien à nous montrer que la «Vierge» Marie eut d’autres enfants, avec Joseph pour père, cette fois. Ceci est en parfaite logique avec le passage où l’on vient de dire à Jésus que Sa mère et ses frères et sœurs « sont là », de même qu’avec la mention des frères de Jésus dans les Actes des Apôtres et en particulier de son frère Jacques (appelé le «frère du Seigneur»). (Matthieu XII, 46; Marc III, 31; Luc VIII, 19; Actes I, 14; Galathes I, 19).

Il est vrai qu’on vous explique dans les Bibles catholiques que les «frères» seraient, en fait, des «cousins», mais cela semble un peu «tiré par les cheveux» et cela d’autant plus qu’en ce qui concerne le terme «premier-né» l’on vous explique encore que le mot n’implique pas nécessairement des frères et/ou sœurs puînés, mais cela n’est pas juste car le mot employé ici est, en grec biblique: «protokon», qui signifie bien: «premier-né avant les autres», et non pas: «monogenes», qui, lui, s’applique à l’enfant  unique.

Marc et Jean ne font aucune allusion à une éventuelle conception «virginale» de Jésus, ce qui, bien sûr, rend suspects les dires des deux autres évangélistes, car ce qui est vraiment important et ne fait pas de doute dans la vie de Jésus est en général rapporté par les quatre. Il est probable que Marc et Jean connaissaient aussi les bruits qui circulaient sur les circonstances de la naissance de leur Maître, mais embarrassés par l’invraisemblance et le manque de crédibilité de ces rumeurs, comme Jésus n’en parla jamais, ils préférèrent faire comme Lui.

À ce moment-là Sophie déclara:

«Je me suis toujours posé la question: Les Évangiles sont-ils fiables?».

Jean répondit:

Ce sont des témoignages humains.

La crédibilité des Évangiles étant ici en cause, comme elle le sera encore plus loin, nous devons donc l’examiner, une bonne fois.

La question est: Peut-on croire aveuglément tout ce que disent les Évangélistes? Doit-on considérer comme «Parole d’Évangile», c’est-à-dire comme rigoureusement exacts tous les dits, faits et gestes du Christ qui y sont retranscrits ainsi que les commentaires et interprétations qui les accompagnent?

La position de l’église catholique serait plutôt: Oui, dès lors où elle a décrété ces Évangiles comme étant «canoniques». La Bible étant la «Parole de Dieu», elle ne peut dire que la Vérité. Le Saint Esprit est censé avoir «inspiré» tous les auteurs de la Bible canonique.

Toutefois, l’on peut admettre que le Saint Esprit ne Se contredit pas. Les Théologiens et exégètes de la Bible qui y regardent de près sont bien obligés d’admettre qu’en de nombreux passages les auteurs expriment parfois simplement et en premier lieu leur opinion personnelle.

Les Évangélistes y compris. Les Évangiles sont des témoignages humains avec toute la fragilité que comportent des témoignages humains, surtout retranscrits des dizaines d’années après les évènements qu’ils racontent et qui furent d’abord narrés de bouche à oreille.

D’autre part, les Évangélistes l’avouent eux-mêmes, souvent Jésus leur disait: «Mais, êtes-vous donc sans intelligence?». Ou «J’aurais encore beaucoup de choses à vous dire mais jamais vous ne pourriez les comprendre.». Avaient-ils déjà bien compris ce qui leur avait été dit?

Le comportement des Apôtres est parfois puéril; par exemple, ils se disputent pour savoir lequel d’entre eux est le plus grand (Luc X, 46) et ils veulent aussi être assis à la droite de Jésus dans Son Royaume. Il est clair que s’ils avaient parfaitement compris l’Enseignement et la Personne de Jésus, ils ne poseraient pas de telles questions et ne nourriraient pas de telles idées, totalement chimériques et immodestes.

Dans le sujet qui nous occupe présentement l’on peut encore relever l’étonnant illogisme de Matthieu et de Luc qui donnent chacun une généalogie de Jésus dont celle de Luc qui remonte même jusqu’à «Adam, fils de Dieu» (celle de Matthieu, plus modeste, ne démarre qu’à Abraham) et ce, dans le but évident de prouver que Jésus descendait en ligne directe d’Abraham et de David, voire même d’Adam.

Or, nonobstant le fait que les deux généalogies diffèrent quelque peu à partir de David (en sens inverse dans celle de Luc qui va en remontant), le but recherché est complètement manqué, puisque les deux généalogies aboutissent toutefois à Joseph (40 générations depuis Abraham) et toute cette énumération pour nous dire que Joseph n’est pas le père de Jésus! Luc est d’ailleurs très embarrassé après ce qu’il a exposé au début de son Évangile, aussi essaye-t-il de s’en tirer en disant que Jésus était – croyait-on – le fils de Joseph. (Luc III, 23).

Cette façon de parler fait que l’on est obligé de considérer que Luc fait lui-même de sérieuses réserves sur ce qu’il vient de dire juste auparavant.

En conclusion, la sagesse est de considérer que, oui, la Bible est bien la Parole de Dieu, mais transmise par des hommes, avec toutes les altérations possibles que cela comporte. Oui, les Évangiles sont des témoignages très sincères et très valables de la Vie et de l’Enseignement du Christ Jésus, mais cela ne doit pas faire oublier que ce n’est pas Jésus Lui-même Qui a écrit Ses Paroles et décrit Ses faits et gestes et que tout est donc à soupeser et à examiner avec prudence et discernement.

La bonne volonté ne remplace pas la compréhension totale et profonde de la Parole. La sincérité et le désir de fidélité ne suppléent pas complètement aux déficiences du cerveau, de l’encéphale humain qui est déformé depuis des millénaires et bien davantage. Pendant près de 2000 ans, les Évangiles ont été les seuls témoignages que nous possédions sur Jésus. Il était bien naturel que nous y portions la plus grande attention, mais il en va de même pour la Bible comme pour toute autre chose: la foi aveugle est la plus grande ennemie de la vraie Foi, laquelle s’appelle Conviction.

À ce moment-là Noémie – qui faisaient des études de biologie –  voulut savoir:

«Mais que dit la science?».

C’est Jacques qui lui répondit:

– «La «parthénogénèse» est le nom savant désignant une reproduction non sexuée. Celle-ci est parfois possible chez les formes rudimentaires de la vie animale ou végétale. Chez l’être humain, cela équivaudrait à la naissance d’un être humain sans le concours de la semence masculine. Cela s’est-il jamais vu d’une façon prouvée? Cela est-il seulement possible?

L’on peut tranquillement affirmer que cela ne s’est jamais vu et que cela ne se verra jamais. L’histoire de la venue d’un être humain dans notre monde est en principe une histoire d’amour entre un homme et une femme, voilà la Loi de Dieu et cela restera toujours ainsi, Dieu merci! Comme l’écrivit si poétiquement Alphonse de Lamartine « Ah ce doux rêve que Dieu Seul pouvait inventer, l’Amour sur la Terre pouvait seul l’apporter! ». Les deux polarités – masculine et féminine – sont aussi indispensables l’une que l’autre, de la même manière qu’en électricité sans pôle positif ou négatif en présence réciproque, il ne peut y avoir d’arc électrique.

La science humaine n’est rien d’autre que l’observation des Lois Naturelles aisément discernables autour de nous pour peu que nous en prenions la peine. La naissance d’un être humain sans procréation préalable (la fécondation « in vitro » ne contredit pas cela!) ne s’est jamais vue.

Même si c’est seulement une Loi n’existant que dans la matière grossière, la procréation en vue de la naissance est une Loi de Dieu. Dieu ferait-Il des Lois pour Lui-même les contredire ou les contourner? Idée irrecevable.

S’il y avait de la grandeur à naître sans père, pourquoi n’y en aurait-il pas encore plus à naître aussi sans mère? Pourquoi Jésus ne serait-Il pas apparu tout d’un coup gros-matériellement tout constitué? Tout simplement parce qu’il n’y avait pas d’autre possibilité pour Lui comme pour quiconque de venir sur Terre sans emprunter la voie normale, naturelle, celle prévue par les Lois de Dieu depuis toujours, et auxquelles Lui le premier devait Se soumettre s’Il voulait venir au Secours de l’humanité pécheresse. C’est pourquoi Il affirma: «Je ne suis pas venu pour abolir la Loi (de Dieu, pas celle des hommes) mais pour L’accomplir.».

Jean reprit:

Que devrait donc dire un Manuel de Théologie enseignant la Vérité vraie?

Jésus fut gros-matériellement engendré. Toute conception sans procréation préalable est juste impossible. Jésus est venu sur Terre vivre intégralement la condition humaine. Ceci était indispensable – outre les Lois naturelles – pour comprendre les êtres humains et instaurer une liaison avec eux.

Sa Divinité ne réside pas dans l’enveloppe charnelle qu’Il porta, aussi humaine que n’importe quel autre corps humain (soumise à la faim, la soif, la fatigue, etc…), mais exclusivement dans Son Noyau qui, Lui, était Divin. Seul ce Noyau – issu de l’Inentéallité Divine – est aujourd’hui Jésus, la Personnification de l’Amour de Dieu.

Jésus de Nazareth a donc été engendré et physiquement conçu. Il S’est incarné, est né comme n’importe quel être humain et cela ne constitue en aucune façon une atteinte ou une dépréciation de Sa Divinité.

Sa Mère, Marie de Nazareth, a donc eu des relations sexuelles, normales avec le Père de Jésus, car sans sexualité, point de maternité. Et ce n’est pas une souillure. Elle s’est ensuite trouvée enceinte, ainsi que peut l’être toute mère sur Terre, mais au milieu de la gestation, à la place d’un germe d’esprit humain, c’est le Noyau Divin Inentéallique du Fils de Dieu Jésus qui S’est incarné en elle.

Elle n’en est point pour autant la «Mère de Dieu». Dieu n’a point de mère puisqu’Il est l’Éternel et Il est, Lui, le Père de tout être. Marie a, en tant que simple esprit humain féminin, simplement été autorisée à collaborer à l’Incarnation du Fils de Dieu en portant dans son propre corps physique le dernier réceptacle (= le petit corps physique en formation) nécessaire à cette fin. D’autres enveloppes de nature beaucoup plus fine furent aussi nécessaires avec la collaboration d’autres êtres, plus élevés, pour assurer les indispensables degrés intermédiaires.

Il est clair que cette Incarnation exigeait une Pureté absolue de la part des parents de Jésus lors de la procréation. Ce n’est qu’ainsi que la Conception (de Jésus) pouvait être immaculée. Il ne pouvait naturellement pas en être autrement pour la Venue du Fils de Dieu.

Il fallait et il suffisait qu’un pur Amour (même humain) et seulement un pur Amour (c’est-à-dire que l’instinct sexuel n’ait qu’un rôle coopérateur secondaire) soit à la source du rapprochement entre le père et la mère de Jésus.

La virginité de Marie signifie simplement que Jésus était son fils premier-né, ce qui veut dire qu’avant Lui ses organes étaient encore vierges, qu’ils n’avaient encore jamais servi pour mettre un enfant au monde. Il est bien évident que la virginité physique de Marie existait avant la Conception de Jésus, mais pas après.

Il est clair, en effet, que le père (physique) de Jésus s’est uni avec une «Virgo» – c’est-à-dire une jeune fille -, tout comme il est clair que, selon toute vraisemblance, lui-même devait aussi être vierge – ce qui veut dire que Marie était son premier (et probablement son unique) amour (nous parlons ici de l’amour humain entre homme et femme) – mais il est tout aussi clair que si une jeune fille ne peut plus en être une – donc une «Virgo» – après une relation physique (avec ou sans fécondation), elle peut encore bien moins l’être après la naissance d’un enfant.

«La Vierge Marie», c’était donc avant la Venue de Jésus et Sa Conception. Après la Venue de Jésus, la Vierge Marie est devenue la Mère terrestre de Jésus et c’est ainsi qu’il convient de désigner maintenant Marie de Nazareth, qui fut aussi l’épouse de Joseph, le charpentier.

À propos de ces dénominations, il nous faut donc encore réfuter les affirmations du catéchisme traditionnel qui assurent que Marie serait «la Mère de Dieu» [« Theotokos »] et «notre Mère à tous» (Jésus étant, dans cette logique, notre «frère»). Il y a là, en effet, un abus de langage et des interprétations par trop terrestres, trop humaines et surtout trop intellectualistes et matérialisantes (en même temps que sentimentales) de réalités d’ordres et de niveaux distincts, qui se trouvent ici malencontreusement confondues.

Que cela se passe ainsi que cela s’est passé – c’est-à-dire dans la totale Conformité aux Lois – c’était la Volonté de Dieu! La Volonté de Dieu ne s’exprime, en effet, jamais autrement que dans la plus totale Conformité aux Lois! Jamais de façon arbitraire! Jamais hors des Lois!

Si cela n’avait pas été le cas, Jésus n’aurait nullement eu besoin de naître ni d’un père ni d’une mère terrestre, mais Il aurait pu – « comme par magie » – tout simplement se trouver subitement là.

C’est pourquoi – pour venir sur Terre, Jésus dut, Lui aussi, pour l’Accomplissement de Sa Mission, inévitablement Se plier à toutes les Lois de la Nature, faisant partie de la Volonté de Son Père. En vue de Son Incarnation terrestre, une procréation normale effectuée par un père terrestre était donc absolument nécessaire. Que le Christ Se soit, Lui aussi, soumis aux Lois en vigueur dans la Création, Sa Vie entière le montre. Sa Naissance normale, la croissance normale de Son corps terrestre, la faim, la soif et la fatigue auxquelles tout corps terrestre est soumis, les souffrances endurées au cours de la Passion et, pour finir, la mort sur la croix. Tout ce à quoi un être humain terrestre est soumis, Jésus aussi dût le vivre d’expérience. Pourquoi donc seulement et uniquement la procréation aurait-elle dû faire exception? Il n’y a pas d’autre manière de s’incarner sur la Terre! C’est précisément de par le fait d’avoir vécu la condition humaine dans son entièreté que la Tâche du Sauveur devient encore plus grande! Quant à Marie, la Mère terrestre de Jésus, elle fut totalement comblée de Grâces, au cours de sa haute Mission! »

 

Jean avait conclu son propos avec une ferveur certaine. Tous les autres firent silence un bon moment, lorsqu’il eut terminé. Après quoi, Charles le patriarche questionna l’assemblée des trois familles:

« Alors quel conte de Noël 2025 avez-vous préféré? Celui de Cédric ou celui de Jean? ».

 

Exercice spirituel: Répondez – en commentaires ci-dessous – en justifiant pourquoi -, à la question posée par Charles ci-dessus…

 

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Notes:

[1] Voir «Seabhac, la Tribu du Faucon».

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Gloire à Dieu au Plus Haut des Cieux

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