Ecole de l'art de vivre

Le jugement sur les autres

par | 5 Fév 2024 | Autres Articles, Enseignements Spirituels, Moralité et comportement | 0 commentaires

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Le jugement sur les autres

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«Ne jugez pas si vous ne voulez pas être jugés!»

– Jésus – (Matthieu VII, 1)

«L’on vous jugera du jugement dont vous jugez.»

 – Jésus – (Matthieu VII, 2)

«De la mesure dont vous mesurez vous serez mesurés.»

– Jésus – (Matthieu VII, 2)

«Pourquoi vois-Tu le copeau qui est dans l’œil de Ton frère,
et n’aperçois-Tu pas la poutre qui est dans Ton œil?»

– Jésus – (Matthieu VII, 3)

«Ne jugez point, et vous ne serez point jugés;
ne condamnez point, et vous ne serez point condamnés;
absolvez, et vous serez absous.»

– Jésus – (Luc, VI, 37)

«Un coup de langue est pire qu’un coup de lance

– Esope –

«Tout ce que tu dis parle de Toi,
surtout quand tu parles d’un autre!»

– Paul Valéry –

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Le jugement sur autrui, souvent associé – mais pas toujours – au bavardage stérile, est l’un des passe-temps favoris des êtres humains. Mais qu’en ressort-il? Pour les «jugeurs» et pour  les «jugés», leurs prochains? Du bon? Du mauvais?

L’être humain a-t-il le droit (moral) de juger son prochain? Cela peut-il lui porter profit? Cela peut-il lui nuire? (au «juge{ur}»!) Et quels effets cela peut-il y avoir sur le prochain ainsi {souvent mal} jugé?

Et si l’être humain a le droit, voire même le devoir, de juger, alors qui ou quoi peut-il juger? Et en quelles circonstances?

Un juge, pour se montrer digne de sa fonction, devrait toujours être un Porte-Parole de la Justice Divine sur Terre. Mais qu’en est-il des jugeurs?

L’observation des jugeurs et de leurs jugements montre qu’avec des paroles toutes faites et des expressions «bateau» un être humain veut, souvent, de sa propre autorité – c’est-à-dire en plaçant son petit ego au centre de tout -, lui-même s’ériger en juge et juger quelque chose ou même quelqu’un pour quoi ou pour qui il n’a, pourtant, en réalité, de façon frappante pour l’observateur impartial et objectif, aucune réelle notion lui permettant de parvenir à une profonde compréhension de la chose considérée et des êtres concernés.

En outre, ainsi que le dit justement le proverbe «Qui n’entend qu’une cloche n’entend qu’un son!» et il est pourtant fréquent de voir que le jugeur, dans la précipitation de son intellect, veut déjà rendre son jugement définitif après n’avoir entendu qu’une seule des parties. 

Ce n’est pas pour rien que, comme le mot «partie, le mot «partial» dérive du mot partie. Celui qui, pour rendre son jugement, n’écoute que l’une des parties en présence, de par son jugement nécessairement partiel se montre forcément partial.

«L’on ne peut être juge et partie!» dit fort justement la maxime, mais celui qui n’écoute qu’une seule partie prend partie, devient lui-même l’une des parties et ne peut donc plus juger sainement.

C’est ainsi, qu’il s’agisse ou non de jugements officiels, il est très fréquent que l’on observe un juge{ur} prononcer un jugement – voire une condamnation – vis-à-vis de quelqu’un, alors qu’en réalité le jugeur est bien plus lourdement chargé – même en regard de ce dont il est question dans le jugement – qu’en réalité le jugé ne l’est lui-même.

Quant à celui qui est à même d’observer ce qui se passe, en réalité, dans l’Au-delà, lorsque le jugeur émet ses avis péremptoires (= «c’est comme je le dis et pas autrement!»), il est obligé de rire dans ses moustaches, car plus d’un jugeur, par son discours radical, prononce, en fait, à son insu, son propre jugement, livre à tout le monde, sans qu’il en soit conscient, sa propre vie intérieure, et blâme – souvent publiquement! – uniquement son propre état d’âme! C’est profond le sens de la parole de Paul Valéry: «Tout ce que Tu dis parle de Toi; surtout quand Tu parles d’un autre. Il y aurait vraiment là de quoi {sou}rire si, en réalité, ce n’était pas si triste!

C’est ainsi que dans l’exercice de la «justice» (en ce qui concerne la justice humaine, les guillemets s’imposent!), dans le jugement rendu dans de nombreuses affaires, les juges trouveraient comme étant les véritables auteurs du mal commis de tout autres individus que ceux qu’en général ils accusent, et tiendraient ces apparemment «innocents», en premier lieu, comme étant ceux qui portent la responsabilité principale de la faute.

Par conséquent, lorsque l’on considère le point de vue humain se faisant valoir lors des jugements terrestres (la «justice immanente»), alors, – il ne faut pas s’attendre – y compris lorsque l’on se trouve soi-même sur le banc des accusés! – à ce que ceux-ci soient en conformité avec la véritable Justice – donc avec la Justice transcendante, car, dans bon nombre de cas, les jugements rendus sont bien différents – voire même à l’opposé – de toute réelle Justice.

La raison pour cela est que la plupart des êtres humains – y compris les juges professionnels – jugent uniquement avec leur intellect – qui, de par son genre, est très limité à tout ce qui est terrestre, alors que, lorsqu’en réalité il s’agit de «sonder les reins et les cœurs», le véritablement Juste ne peut justement (c’est le cas de dire!) se laisser reconnaître qu’avec ce que l’on appelle communément «le Cœur», c’est-à-dire l’Intuition, qui, quant à elle, est une {re}connaissance immédiate provenant du for intérieur et qui ne se laisse pas justifier avec des arguments purement intellectuels.

Avec l’Intuition l’on peut souvent dire que l’on ne sait pas pourquoi l’on sait mais que l’on sait que l’on sait, parce qu’une telle reconnaissance a, en chacun qui l’éprouve réellement, la puissance de l’évidence. Un vrai Juge devrait toujours – comme le roi Salomon célèbre pour sa sagesse lors de ses jugements ou le roi Louis XI (en France) rendant la justice sous son chêne à Vincennes – être capable de faire preuve d’une fine Intuition avant de pouvoir rendre un jugement véritablement équitable, mais c’est, hélas, précisément ce qui, en général, leur font cruellement (pour leurs victimes jugées par eux) défaut.

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Jugement de Salomon

Jugement de Salomon

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L’intellect, quant à lui, à partir duquel tous les jugeurs fondent leur jugement, dans son étroitesse de vues, n’est pas capable de reconnaître le véritablement juste et de le distinguer de l’injuste – et inversement – puisque le juste et l’injuste sont rarement reconnaissables à travers les apparences extérieures, mais résident exclusivement, au contraire, dans le for le plus intime de chaque être humain.

C’est ainsi que – ainsi que le dit encore cet autre excellent proverbe –: «Qui juge légèrement se trompe lourdement!».

Pour pouvoir véritablement «sonder les reins et les cœurs» la consultation intellectuelle des différents codes (civil, pénal, etc.), eux-mêmes rédigés par des intellectuels, et l’appréciation exclusivement intellectuelle ou sentimentale (le senti-mental dérive, lui aussi, de l’intellect!) ne suffisent pas.

Il est donc consternant de constater que, du fait de l’aveugle soumission à l’intellect – lequel n’est capable de percevoir que les apparences -, tant de jugements à l’emporte-pièce émanant de l’intellect humain se tiennent en complète contradiction avec la réalité de la vie intérieure des êtres humains, qui seule devrait être déterminante en vue d’un jugement.

Dans leur sécheresse de cœur, en fonction de l’étroitesse de leurs conceptions et des préjugés socialement dominant à ce moment-là, de nombreux jugeurs condamnent des actes d’une grande noblesse et portent aux nues des actes totalement répréhensibles en regard des Lois Divines.

Si les jugeurs, qui, trop souvent, se montrent tellement prompts à juger leurs prochains, devenaient soudains clairvoyants – ce qui les rendrait aussi simultanément voyant-clair! -, ils pousseraient un cri de désespoir en prenant soudain conscience de l’affreuse culpabilité dont ils se sont si légèrement chargés en accablant ainsi  leurs prochains au vu des seules apparences!

Oui, si – du fait d’un fulgurant éclair déchirant la nuit de leur myopie intellectuelle – les jugeurs devenaient soudain lucides, aucun d’entre eux n’oserait plus pointer un doigt accusateur vers aucun de ses prochains, puisque chacun de ces jugeurs, si empressés – pareils aux pharisiens des Évangiles – à toiser de haut leurs prochains à leurs yeux bien plus pêcheurs que lui-même, envers qui ils éprouvent une si haute considération, devrait, d’une façon ou d’une autre, aussi sentir peser sur lui-même le poids de sa propre faute, bien souvent la même

Aucun être humain n’a le droit de se poser en jugeur, puisque aucun n’a le droit de faire des reproches aux autres. La bonne et simple raison pour cela est que, jusqu’ici, tous les êtres humains qui ont voulu se poser en jugeurs ont presque toujours jugé de façon erronée, uniquement en fonction de l’apparence extérieure, négligeant, par paresse, superficialité ou incapacité, de considérer la véritable vie de l’âme des victimes de leurs jugements partiaux.

Pour pouvoir juger autrui il faut être soi-même «blanc comme neige»! C’est ce que dit clairement Jéus, dans l’Évangile, avec Sa célèbre Parabole du copeau et de la poutre: «Comment peux-Tu dire à Ton frère: Frère, laisse-moi ôter le copeau qui est dans Ton œil, Toi qui ne vois pas la poutre qui est dans le Tien?» (Évangile de Luc, VI, 42).

La condition indispensable pour pouvoir juger autrui est clairement énoncée dans la Parole de Jésus suivante rapportée par ce même Évangile de Luc:

«Hypocrite, ôte premièrement la poutre de Ton œil,
et alors Tu verras comment ôter le copeau
 qui est dans l’œil de Ton frère!»
(Luc VI, 42)

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Parabole du Copeau et de la Poutre

Parabole du Copeau et de la Poutre

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Il est clair que celui qui se tient avec une poutre dans l’œil ne peut pas clairement voir le copeau dans l’œil de son frère! (Il n’est pas besoin d’avoir essayé pour s’en rendre compte!) (;-) Cela s’appelle un  aveugle voulant guider un borgne!

Le mot «copeau» (meilleure traduction que le mot «paille» plus communément utilisé) permet ici de mieux concevoir la nature  identique (en ce cas le bois), donc le même genre existant entre la faute reprochée et la faute portée en soi à un degré encore bien plus grand!

Cette si importante Parole de Jésus – d’une incroyable profondeur puisée du fond de Sa divine Sagesse – nous donne précisément à comprendre que personne ne devrait jamais se risquer à émettre un jugement sur son prochain avant d’être parvenu à un regard parfaitement limpide!

Or, qui peut prétendre cela de lui-même? L’expérience montre que ce sont précisément les moins blancs qui sont les plus prompts à vouloir juger autrui! Or les fautes – les défauts – que quelqu’un porte encore en lui-même altèrent nécessairement sa vision et donc sa faculté de jugement! C’est tout cela et beaucoup  plus encore que nous dit la Parole de Jésus.

La présomption et même l’orgueil qui se manifestent dans le fait de vouloir juger autrui sont donc immenses! Car celui qui {se pose en} juge{ur} se place au-dessus de son prochain et fait comme si lui-même n’avait plus aucune poutre sans son œil, comme s’il  n’était plus porteur d’une seule faute!

Il veut ainsi prendre la Place du Seul Qui soit réellement capable de sonder les reins et les cœurs; il se prend pour Dieu Lui-même! Car «Dieu Seul a le droit de juger.».

En effet, même Jésus, Qui, pourtant, dans Son absolue Perfection, aurait, Lui, pu Se permettre de juger, Se refuse à le faire: «Vous jugez selon la chair; Moi, Je ne juge personne.» (Jean VIII, 15).

«Juger selon la chair», c’est-à-dire selon le corps terrestre, signifie ici «juger selon l’intellect» produit par le cerveau du corps terrestre de matière grossière.

La paresse d’examiner à fond avant de vouloir juger devient en cela carrément criminelle, car les préjudices commis par des jugements inconsidérés à l’égard d’autrui peuvent être immenses.

«Ne jugez pas selon l’apparence, mais jugez selon la Justice.» (Jean, VII, 24) dit encore Jésus, dans l’Évangile de Jean.

La sagesse consiste donc ici, en considération de son immaturité, à s’abstenir de juger autrui, tant le risque de juger faussement est grand. Et même si quelqu’un ressent profondément la vérité des êtres et des choses dans une situation donnée, il la gardera pour lui et se refusera à l’exprimer, en particulier auprès des intéressés, surtout si personne – en particulier l’intéressé – ne lui demande rien!

S’abstenir de juger est doublement sage, car ainsi l’on est d’abord assuré de ne pas nuire («Primum, non nocere!») à quelqu’un et, du même coup, de ne pas se charger inopportunément d’une culpabilité supplémentaire!

Pas facile d’être jugé par des jugeurs incapables de «juger selon la Justice»! Quelle attitude avoir alors face à ses jugeurs? L’Apôtre Paul nous dit comment, face à cela, il se tient:

«Pour moi, il m’importe fort peu d’être jugé par vous ou par un tribunal humain. Je ne me juge pas non plus moi-même, car je ne me sens coupable de rien.».

Et il ajoute: 

«Mais ce n’est pas pour cela que je suis justifié. Celui Qui me juge, c’est le Seigneur.».

L’on ne peut effectivement pas se justifier soi-même. S’il y a lieu, Seul Dieu, le Seigneur, peut le faire, au dernier Jour.

L’Apôtre Jacques nous invite aussi, lui-même, à faire preuve de discernement en jugeant au-delà des apparences:

«Supposez, en effet, qu’il entre dans votre assemblée un homme avec un anneau d’or et un habit magnifique, et qu’il y entre aussi un pauvre misérablement vêtu; si, tournant vos regards vers celui qui porte l’habit magnifique, vous lui dites: Toi, assieds-Toi ici à cette place d’honneur! Et si vous dites au pauvre: Toi, tiens-Toi là debout! Ou bien: Assieds-Toi au-dessous de mon marche-pied, ne faites-vous pas en vous-mêmes une distinction, et ne jugez-vous pas sous l’inspiration de mauvaises pensées?» (Épître de Jacques, II, 1-4).

Jacques n’a, du reste, rien inventé, puisque cela était déjà clairement dit dans l’AncienTestament:

«Tu ne commettras point d’iniquité dans Tes jugements: Tu ne manqueras point d’égards envers la personne du pauvre, et Tu ne favoriseras point la personne du grand, mais Tu jugeras Ton prochain selon la Justice.» (Lévitique XIX, 15).

Et aussi dans le Deutéronome:

«Vous ne prendrez, dans vos jugements, point égard à l’apparence des personnes; vous écouterez le petit comme le grand; vous ne craindrez aucun homme, car c’est Dieu qui rend la Justice.» (Deutéronome I, 17)

Et même dans les Proverbes:

«Voici encore ce qui vient des sages: Il n’est pas bon, dans les jugements, d’avoir égard aux personnes (Proverbes XXIV, 23).

Bref, toujours la même idée de ne pas juger en fonction des apparences! Et de juger les actes et non les personnes qui les ont commis.

Beaucoup de jugeurs, en effet, jugent les actes en sachant qui les a commis, ce qui, bien évidemment, influence et altère leur jugement. Les mêmes actes accomplis par d’autres seraient jugés par eux tout à fait différemment

Déjà, le grand fabuliste Jean de La Fontaine l’avait observé:

«Selon que vous serez puissants ou misérables, les jugements de cour vous rendront blancs ou noirs» («Les animaux malades de la peste»).

L’on pourrait aussi ajouter: Selon qu’un jugeur aura ou non une dent cachée contre vous par rapport à des choses n’ayant aucun rapport avec l’affaire en cours il vous jugera aussi tout à fait différemment.

Il est très important de bien distinguer les actes et les personnes. L’on peut très bien se montrer l’ami de quelqu’un tout en se montrant l’ennemi de sa faute. Il est important de clairement se démarquer des comportements répréhensibles en regard des Lois Divines tout en s’abstenant de porter des jugements sur les personnes.

Face à ce constat de la perpétuelle faillibilité du jugement humain, comment se comporter?

Pour se montrer sage et prudent, pour ne nuire ni aux autres ni à soi-même, exprimer des jugements sur les autres – surtout par écrit et publiquement – sera donc – sauf d’avoir la meilleure opinion de soi -, autant que faire se peut, à éviter.

Mais, pour prendre des décisions de la vie courante – par exemple, recruter quelqu’un pour un travail, en particulier un poste de confiance -, l’on aura quand même besoin de se faire un jugement, autrement dit, de discerner. Alors, comment juger sainement? Déjà il faut tranquillement réfléchir. Mais surtout il faut développer sa faculté personnelle en vue de parvenir à des jugements équitables. Cette faculté de juger (dans le sens non de juger autrui pour le condamner mais juste de discerner), qui est l’apanage de l’esprit humain, refuse d’aveuglément s’appuyer sur des opinions étrangères (les «on dit», les rumeurs, les bruits de couloir, les témoignages de seconde, troisième et quatrième main, etc.), mais donne lieu à une pensée, des paroles et des actions qui procèdent uniquement du ressenti personnel de celui qui, dans une situation donnée, désire devenir lucide et voir clair.

Jamais un jugeur ne doit  oublier que lui seul doit, sans aucune restriction, répondre de tout ce qu’il ressent, pense, affirme, déclare et publie, même lorsqu’il l’a inconditionnellement accepté des autres! Car là s’exerce sa responsabilité: Croire ou ne pas croire ce qu’il lit ou entend, prendre ou non comme argent comptant tout ce qui est livré à son appréciation personnelle. Accepter sans contrôle des choses non vérifiées par soi-même et les transmettre à d’autres sans la certitude absolue de la totale véracité du contenu est une faiblesse – liée à la paresse d’esprit – qui peut avoir de graves conséquences et noue des karmas.

Heureux celui qui, après une difficile ascension, atteint la hauteur de vue nécessaire pour voir clair, et, vis à vis de la nécessité de trancher une question, examine lui-même à fond la situation, pour agir ensuite non en fonction des assertions des un ou des autres, Pierre, Paul ou Jacques, mais uniquement en fonction de ses propres intuitions.

Il ne se rend pas ainsi co-coupable, comme des milliers de jugeurs, qui, trop souvent, par irréflexion, suffisance et aussi pour éprouver la délectable sensation de puissance du juge, en se montrant victimes de leurs préjugés, se chargent, par des propos malveillants, d’un lourd karma, qu’ils auraient, autrement, pu tout à fait s’économiser. Dans ces conditions, pour juger quand même, il faut vraiment «aimer ça» et être sûr que «le jeu en vaut vraiment la chandelle»!

N’est-il donc pas plus sage, en toutes circonstances, de s’abstenir de juger autrui et de se taire? À le faire – à se prendre pour Dieu – il n’y a rien à gagner et tout à perdre. À s’abstenir il n’y a rien à perdre mais tout à gagner«Dans le doute, abstiens-Toi!» dit encore fort sagement un autre proverbe.

Celui qui veut absolument se comporter en jugeur – et c’est là une tare fortement ancrée chez de nombreux êtres humains du genre «inquisiteur», ce qui explique le long martyrologe de l’histoire de l’humanité! – court le risque de se détourner de beaucoup de gens et de choses réellement bonnes, de sorte que le préjudice en résultant rejaillit non seulement sur les victimes de son jugement hâtif mais aussi sur lui-même et sur toute la collectivité. C’est même l’existence terrestre entière des jugeurs qui peut se trouver, par là, compromise.

C’est à cause de tels jugements hâtifs à l’emporte-pièce que Jésus, – le plus Innocent qui soit! – fut crucifié, lorsque la foule, massée devant Ponce Pilate, hurla: «Crucifie-le!». Dans l’histoire, seuls quelques-uns, parmi les haineux braillards en train de vociférer, connaissaient la véritable raison pour laquelle la masse réclamait l’assassinat de Jésus, tandis que tous les autres, juste «pris par l’ambiance», et encore plus bêtes que méchants, en un zèle aveugle complètement ignorant de la réelle Personnalité du Christ et des véritables enjeux, s’excitèrent  simplement et hurlèrent avec les loups, alors même que la plupart d’entre eux n’avaient jamais eu le plus petit contact personnel avec Jésus.

Il est pourtant vivement conseillé de «Tourner sept fois sa langue dans sa bouche» – ce qui peut aller très vite, car l’Intuition soupèse à la vitesse de l’éclair! – avant de se décider à dire quelque chose sur ses prochains. Car là s’applique aussi la sage parole:

 «La parole est d’argent, mais le silence est d’Or!».

C’est la présomption qui est à l’origine de telles aberrations, celle de se croire mieux que les autres et de savoir mieux qu’eux. Or il est patent que, paradoxalement, la présomption est engendrée et cultivée par l’étroitesse de vues, de sorte que l’on peut dire que le signe caractéristique de l’étroitesse de vues c’est précisément la présomption!

L’une ne va pas sans l’autre; les deux sont donc toujours liés: Plus quelqu’un est ignorant et plus il est crâneur! Pour plastronner, il aura toujours tendance à faire artificiellement gonfler son plus que modeste savoir!

De la même manière, moins un jugeur possède la réelle capacité de juger, plus sa présomption sera grande et plus ses jugements seront péremptoires!

Celui qui, donc, serait le plus à même de juger sainement, bien souvent, par Humilité et Modestie – deux grandes Vertus! – préfère se taire, laissant ainsi, hélas, le champ libre aux présomptueux bavards et aux jugeurs impénitents, qui, eux, n’ont pas les mêmes scrupules!

Mais lorsqu’un jugeur a, au cours de son existence terrestre, manqué l’occasion de se taire et s’est même parfois chargé, de façon délibérée ou juste par inconscience, de la faute d’avoir voulu juger sans réellement savoir, le chemin de la repentance sera long et difficile à parcourir…

Il pourra toujours se chercher des excuses, mais, face à la Justice Divine, la rhétorique et les effets de manche habituels dans les prétoires terrestres, à ce moment-là, ne valent plus.

Si quelqu’un veut réellement reconnaître la vérité d’une affaire, il le peut! Il lui suffit juste de s’en donner les moyens. Une grande responsabilité est liée à la notion de savoir pour {pouvoir} juger car «avoir entendu parler de quelque chose» ne signifie nullement «savoir». Or seul celui qui sait – c’est-à-dire qui a reconnu à travers une expérience vécue personnelle en exerçant sa propre faculté de discernement – peut juger!

Et celui-la saura que la Justice de Dieu et la justice des hommes ne sont pas une mais deux!

L’on n’a rien sans peine, la vérité moins que toute autre chose! Pour cela chacun se doit d’activer sa propre faculté d’Intuition, afin qu’elle se développe suffisamment jusqu’à ce qu’il soit devenu capable de rejeter tous les a-priori et les préjugés résultant des poncifs en vigueur et des évaluations toutes faites.

Ce n’est qu’ainsi que pourra naître en lui une véritable Intuition de Justice, de sorte qu’il puisse se fier à son propre ressenti, parce que, dans la reconnaissance de tous les événements du destin observés par lui, il aura alors reconnu le Doigt de Dieu dirigeant, de par l’Activité naturelle de Ses Lois, le cours des événements.

C’est que l’abstention à l’égard de vouloir juger se trouve, en fait, ancrée dans l’Humilité, la plus grande de toutes les Vertus.

Celui qui veut juger ou même condamner ses prochains, celui-là doit réellement tout connaître de leur vie et de leur personnalité, tout des circonstances liées à l’affaire à apprécier! Aussi longtemps que cela n’est pas le cas, alors il doit se taire!

Souvent, l’on voit des jugeurs, en proie à une grande indignation morale, porter des jugements de rejet sur leurs co-êtres humains, alors qu’ils se trouvent affligés de la même tare à un degré encore bien plus prononcé.

Mais si un être humain regarde, les yeux grand ouverts, autour de lui, tout en s’observant aussi, simultanément, lui-même, alors il reconnaîtra bientôt que ce sont précisément les défauts qui, chez ses prochains, le dérangent le plus et a le plus à blâmer sont présents, chez lui-même, à un degré tout particulièrement élevé, ce qui, bien évidemment, ne manque pas de déranger les autres.

L’observation des autres permet de voir beaucoup de jugeurs en action, qui, chez d’autres qu’eux-mêmes, ouvertement ou non, blâment énergiquement tel ou tel présumé défaut.

Alors que dire de ces jugeurs se mêlant de tout et voulant tout juger et, en particulier, bien souvent, sous les prétextes les plus variés, ce qui ne les concerne nullement et ne les regarde pas?:

«Les lèvres de l’insensé se mêlent aux querelles, Et sa bouche provoque les coups. La bouche de l’insensé cause sa ruine. Et ses lèvres sont un piège pour son âme.» (Proverbes, XVIII, 6-7).

Mais si l’on regarde bien ces jugeurs, rapidement, plus ou moins médusé, l’on découvre que ce sont précisément les défauts que le jugeur reproche aux autres se trouvent présents chez lui-même, dans une mesure encore bien plus grande!

Par exemple, celui qui s’indignera de la supposée malhonnêteté d’autrui se montrera, en d’autres circonstances, lui-même encore plus malhonnête. Celui qui criera au manque d’égard envers sa personne se comportera comme un mufle vis-à-vis d’autrui. Celui se plaindra du désordre chez autrui vivra lui-même dans un « capharnaüm », etc.

Et, aussi estomaquant que cela puisse paraître, cela «marche» à tous les coups!

Ce sont précisément ceux qui s’excitent au sujet des fautes des autres et les condamnent avec véhémence et sans appel qui portent aussi en eux-mêmes précisément les mêmes défauts à la puissance deux, cinq ou dix!

Voir les fautes des autres c’est peut-être bien, mais voir les siennes et se concentrer sur elles c’est mieux!

Quelle condition faut-il remplir pour pouvoir bien juger?

Il faut être capable de tout percevoir sans être influencé. Donc voir avec ses propres yeux et marcher avec ses propres pieds, être libéré de tous les préjugés, faux concepts et – en dérivant – fausses conceptions.

Ceux qui, comme le pharisien de l’Évangile, s’affligent à propos des fautes des autres ne voulant pas les reconnaître, les blâment énergiquement et désespèrent de leurs actes, ont, bien souvent, ces mêmes fautes ancrées en eux-mêmes dans une encore bien plus large mesure.

Alors, en cela, comment agir juste?

Lorsqu’un heurt résultant d’un désaccord éclate entre deux êtres humains, que ce soit grave ou non, et que l’Harmonie s’en trouve troublée, celui qui veut réellement se transformer et progresser ne recherchera plus de fautes chez les autres, en s’imaginant les y trouver, mais uniquement en lui-même! Ainsi et ainsi seulement il aura la possibilité de parvenir à une réelle {re}connaissance de lui-même. Ainsi seulement il pourra encore reconnaître tout ce qui lui manque en vue d’une réelle Ascension spirituelle.

C’est, en fait, la signification profonde de la Parole de Jésus nous demandant de pardonner à notre prochain. Cela signifie que nous ne devons pas prendre ses éventuelles fautes en considération! Que nous ne devons pas rechercher de fautes chez les autres! Alors,  rechercher la faute à chaque inaccomplissement si ce n’est en soi-même!?! Nous devons rechercher nos fautes exclusivement en nous et nous en débarrasser avant de nous efforcer de reprocher les leurs à nos voisins. 

Voilà le mot d’ordre: Ne plus chercher les fautes chez les autres, mais uniquement en nous! Là aussi vaut le proverbe: «Charité bien ordonnée commence par soi-même!».

Que personne ne regarde donc les autres mais toujours uniquement soi-même; car aucun n’est si pur qu’il n’ait lui-même à combattre pour lui-même!

Abstenons-nous donc, à l’avenir, de vouloir porter des jugements sur des choses et des êtres que nous ne pouvons pas comprendre! La faute dont nous nous chargeons ainsi pour rien est trop lourde! Ne nous hâtons pas de juger, mais hâtons-nous de comprendre!

Quand les jugeurs auront-ils donc appris, à chaque occasion ratée, à rechercher la faute et la cause de l’échec uniquement en eux-mêmes et non chez les autres?

C’est précisément cela qui serait le plus juste et leur permettrait d’avancer. Car, en réalité, pour chaque ratage, c’est toujours la faute de celui-là même qui fut ainsi déçu. En effet, vivre en parfaite Harmonie avec son entourage, en tant que but le plus accompli de l’esprit humain, implique toujours, de la part de l’être humain, de ne jamais attendre autre chose de cet entourage que ce que celui-ci peut lui  donner.

Et ce n’est que dans l’expérience vécue que l’être humain peut apprendre le Discernement! C’est-à-dire à devenir lucide pour voir clair.

Quoi que les jugeurs puissent prétendre, ce n’est pas l’Amour qui se manifeste lorsqu’ils contrarient leurs victimes impitoyablement jugées par eux par des remarques fielleuses ou des paroles acerbes, à supposer qu’ils ne cherchent pas même, d’une manière ou d’une autre, à fortement leur nuire.

Par l’intermédiaire de tels jugeurs leur servant d’instruments dociles elle se déchaîne distinctement et rapidement, la haine que nourrissent toutes les puissances de l’ombre à l’encontre de ceux qui aspirent à la Lumière!

Mais qui est encore capable d’un jugement innocentdépourvu de prévention? L’on peut encore le trouver chez les enfants, à condition qu’ils soient demeurés candides. Ce n’est pas pour rien que, là encore, le proverbe affirme: «La vérité sort de la bouche des enfants!».

Conclusion: Ainsi que le disait Victor Hugo: «Béni soit qui me hait, béni soit qui m’aime… Moi je ne veux qu’aimer!».

Celui qui veut vraiment se consacrer à l’Amour n’a plus de temps ni de désir pour le jugement. Celui qui se soucie vraiment du Bien ne voudra jamais entrer dans la rage de dénigrer qui sévit présentement parmi les jugeurs de ce monde et respectera la morale du conte soufi «Les oiseaux blancs et les oiseaux noirs» qui interdit d’émettre des critiques, même bénignes, ne serait-ce qu’en pensées, à l’égard de son prochain.

Aimer signifie comprendre, et comprendre signifie pardonner.

«Béni soit qui me hait et béni soit qui m’aime!
À l’Amour, à l’Esprit donnons tous nos instants.
Fou qui poursuit la gloire ou qui creuse un problème!
Moi, je ne veux qu’aimer, car j’ai si peu de temps!»

Victor Hugo
(Promenade dans les rochers)

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Parabole du Copeau et de la Poutre

Parabole du Copeau et de la Poutre

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