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La jalousie
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La jalousie, ni un vice ni l’un des 7 péchés capitaux
Il est important de donner un nom et une définition aux réalités, bonnes ou mauvaises, qui existent. Lorsqu’un être humain éprouve un désir mauvais vis-à-vis de l’un de ses prochains – c’est-à-dire le désir de lui nuire, c’est souvent provoqué par la jalousie. Il y a à la fois le désir de jouir de la situation ou de la renommée de quelqu’un ou de posséder sa propriété à sa place, auquel cas au désir de nuire au prochain s’ajoute aussi la convoitise vis-à-vis de ses biens. Le plus souvent, toutefois, se manifeste le désir de bénéficier de l’amour et/ou de la considération dont jouit quelqu’un, ce qui a souvent pour conséquence de les lui prendre, donc de l’en déposséder (une forme de vol) à son propre profit.
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Jalousie – Le trio classique – La femme infidèle, l’amant et le mari…
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La jalousie, traditionnellement, n’est pas l’un des 7 péchés capitaux. Est-elle aussi un vice? A notre sens la réponse à cette question est non. En effet, la jalousie n’est pas vraiment un penchant mais plutôt une maladie de l’âme. Si le jaloux ne fait que ressentir de la jalousie – qui s’adresse aux personnes (on jalouse quelqu’un, pas une chose), alors que l’envie, elle, s’adresse plutôt aux choses, il ne se rend théoriquement pas encore coupable, aussi longtemps qui ne fait rien pour nourrir ou satisfaire cette jalousie. Reste qu’être jaloux est manifestement un défaut de Reconnaissance des Lois et de la Volonté Divine, car Dieu donne tout à ceux qui L’aiment et qu’Il aime, de sorte que l’être humain vivant dans la Conformité aux Lois – étant donné qu’il est comblé – n’a rien à demander de plus.
La jalousie originelle
Dans l’histoire au moins symbolique du Monde, la jalousie a commencé à se manifester entre les deux frères Abel et Caïn, fils d’Adam et Eve. L’Offrande à Dieu d’Abel s’élevait vers le Ciel, tandis que celle de Caïn n’était pas agréée et retombait vers le bas. Était-ce parce qu’il portait déjà la jalousie en lui? Toujours est-il qu’après cela elle fut complètement exacerbée. La conséquence en fut le meurtre d’Abel par son frère Caïn. Le jaloux veut la disparition de celui qu’il jalouse. Par conséquent, la conséquence ultime de la jalousie c’est le meurtre.
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Jalousie – Caïn tuant son frère Abel par jalousie
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Le vice de l’avarice
Une « sœur » de la jalousie est l’avarice. L’avarice – ce qui est inclus dans le mot – elle est un vice. Elle peut se définir comme un «amour» immodéré vis-à-vis de l’argent, qui pousse à ne pas vouloir le dépenser, encore moins à le donner. Harpagon (nom qui signifie «rapace», celui «qui tire à soi») dans «L’avare» de Molière en est une possible antonomase. Bien que cela ne soit pas une obligation, un avare sera, tout « naturellement », jaloux des biens d’autrui.
Le vice de la cupidité
Alors que l’avarice est un «amour» immodéré de l’argent que l’on possède déjà, la cupidité, une autre « sœur » de la jalousie (complémentaire à l’avarice) – qui peut se définir comme un désir excessif vis-à-vis de l’argent et des autres richesses matérielles que l’on ne possède pas encore – est aussi un vice. Elle peut, en certains cas, constituer une part de la jalousie ou – pour le moins – un motif sous-jacent à celle-ci. La gourmandise elle-même pourrait aussi constituer un motif de jalousie.
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Jalousie – L’ombre de l’amour – Anthony Frederick Augustus Sandys – LovesShadow
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Pollution des formes-pensées
Parmi tous les autres vices la jalousie est amplement responsable de la pollution des centrales de formes-pensées. Elle partage cette « prérogative » avec la haine, l’envie, la luxure, l’avarice et autres maux qui, du fait de leur très grand nombre d’adeptes, ont les centrales-de-force les plus consistantes dans le Monde des Formes-Pensées.
Hélas, il y en a assurément beaucoup moins pour la Pureté, l’Amour et la Justice. Toujours renforcé par les genres similaires le mal s’accroît, avec une inquiétante accélération, de façon toujours plus étendue, toujours plus renforcé par les ténèbres elles-mêmes, ce qui conduit à des ravages toujours plus grands.
La jalousie amoureuse
L’une des formes les plus courantes de la jalousie est la jalousie amoureuse dans les relations entre hommes et femmes, ce qui donne souvent lieu à des triangles tragiques du genre le mari, la femme et l’amant (deux hommes pour une même femme) ou bien le mari, la femme et la maîtresse (deux femmes pour un même homme). La jalousie est souvent responsable de l’adultère. D’une façon générale, dans la matière, lors de la vie sur Terre, il n’est, en effet, pas possible d’aimer terrestrement deux personnes en même temps.
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Jalousie et flirt – Haynes King – Jealousy and Flirtation
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Certes, c’est spirituellement possible, c’est alors une anticipation de ce qu’il est possible de vivre au Paradis, mais en dépit des théories fumeuses sur le « poly-amour », même si la polygamie a pu exister, à différentes époques, dans différentes sociétés et cultures, y compris dans le contexte biblique, terrestrement cela ne l’est pas réellement. En effet, dans la matière fine (domaine de la vie psychique) et grossière (domaine de la vie terrestre), pour préserver la Chasteté – donc la Pureté -, des « compartimentations » sont nécessaires.
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Jalousie – Petrus Renier Hubertus Knarren
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Othello
Ce genre de jalousie amoureuse a beaucoup inspiré – et encore maintenant! – les romanciers et les auteurs tragiques – voir par exemple « Othello » – ainsi que les auteurs de vaudevilles et les réalisateurs de cinéma et de feuilletons télévisés.
«Othello» de William Shakespeare (1603) est probablement l’œuvre absolue sur la jalousie et – qui plus est – sur la jalousie sans motif. « Othello » est – en tant que pièce emblématique sur le sujet -, en effet un double drame de la jalousie. Il y a d’abord la jalousie – de type « professionnelle » – du subalterne (Iago) vers son supérieur (Othello) – qui a donné le poste qu’il convoitait à un autre! -, provoquant et attisant la jalousie naturelle d’Othello soupçonnant – à la suite des insinuations mensongères de Iago (quel karma!) – indûment son épouse Desdémone.
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Jalousie – Desdémone, une pauvre victime de la jalousie infondée de son mari (Othello) – Frederic Leighton
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Dès lors où Othello – dont la jalousie maladive a été exacerbée par Iago à qui il a accordé (plus qu’à son épouse!) une confiance aveugle – croit aux perfides mensonges et calomnies de Iago, l’issue ne peut être que dramatique et la pièce se termine par l’assassinat de Desdémone, étouffée, dans son propre lit, sous son oreiller, suivie de près par le suicide d’Othello, lorsqu’il a enfin compris son erreur et de quelle perfide traîtrise il a été victime!
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Jalousie – La mort de Desdémone – Othello et Desdemona – Alexandre Marie Colin
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En tant qu’œuvre séminale, le célèbre « Othello » de Shakespeare montre une jalousie « fantasmée » . Ce qui est terrifiant ici, c’est que la jalousie n’est pas provoquée par les actes de la personne aimée (Desdémone est innocente et ne fait absolument rien de répréhensible), mais par la manipulation extérieure. Shakespeare montre que le jaloux ne voit pas la réalité, mais le « film » que son esprit projette. Une fois le « germe » du doute planté par Iago, chaque geste innocent de Desdémone devient une « preuve » irréfutable de sa supposée trahison. La jalousie est un « monstre aux yeux verts » qui s’auto-alimente et « qui se moque de la viande dont il se nourrit ».
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Jalousie – Jeune chanteuse allemande tuée par une rivale – Achille Beltrame
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Autres œuvres classiques sur la jalousie

Jalousie – La mort d’Othello
William Shakespeare appelait la jalousie le « monstre aux yeux verts ». Un tel monstre est naturellement un démon! Il y a, bien sûr, aussi l’expression disant « être vert de jalousie »! C’est probablement en rapport avec la couleur de la bile sécrétée par la vésicule biliaire sous la dépendance du foie.
Obsédé par le thème de la jalousie, le peintre Edward Münch l’a représentée plusieurs fois, notamment sous le visage d’un homme (au premier plan) dont non seulement les yeux mais tout le visage (mise à part sa barbe rousse) arborent la couleur verte, celle d’un homme manifestement vert de jalousie à la pensée de sa femme (à l’arrière-plan) en train de vivre une relation amoureuse avec son amant (au deuxième plan, sur l’image).
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Jalousie – Vert de jalousie – Edvard Munch
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La jalousie dans la littérature
Il est d’autres œuvres du répertoire artistique qui mettent en scène la jalousie. La jalousie est un moteur dramatique universel, car elle touche à la peur de la perte, à l’orgueil blessé et à l’imagination délirante. Elle a inspiré des chefs-d’œuvre qui dissèquent le « monstre aux yeux verts » (comme l’appelait Shakespeare).
Dans la tragédie classique, au « Grand Siècle », avec Racine la jalousie est d’apparence « noble » et tragique. Elle n’est pas une simple émotion, mais une défaillance de l’ordre moral. Dans « Phèdre » ou « Andromaque », chez Jean Racine, la jalousie est un poison qui rend les rois et les reines impuissants. Par exemple, Hermione, dans Andromaque, commande l’assassinat de l’homme qu’elle aime (Pyrrhus) par pure jalousie. La tragédie classique montre que la jalousie est la « fureur de ne pas être préféré ». Elle est d’autant plus violente qu’elle reste souvent cachée, sous des dehors de courtoisie.
Dans la littérature, voici quelques autres œuvres dédiées à la jalousie:
«Un amour de Swann» de Marcel Proust (1913): Proust y décrit la jalousie comme une maladie mentale. Swann n’aime Odette que lorsqu’il soupçonne qu’elle lui échappe. La jalousie y est une quête de vérité impossible qui transforme l’être aimé en un puzzle insoluble. « Un amour de Swann » de Marcel Proust montre une jalousie « analytique ». Pour Proust, la jalousie n’est plus une explosion de colère, mais une sort de maladie de l’intelligence. Swann est un homme raffiné qui tombe amoureux d’Odette, une femme « qui n’est pas son genre ». Sa jalousie devient une quête maniaque de vérité. Il épie ses sorties, déchiffre ses lettres, analyse ses silences.
Pour Proust, la jalousie est un instrument de connaissance. On ne s’intéresse jamais autant à la vie de l’autre que lorsqu’on a peur de le ou de la perdre. Mais c’est une connaissance qui ne mène qu’à la souffrance. En réalité la jalousie n’est pas une maladie de l’intellect mais bien une maladie de l’âme. L’intellect ne fait que se mettre au service de cette maladie de l’âme.
«La Jalousie» d’Alain Robbe-Grillet (1957) est un roman expérimental, où le narrateur n’est jamais nommé. Le récit se focalise sur l’observation maniaque des objets et des gestes de sa femme. Le titre joue sur le double sens: le sentiment et le store vénitien à travers lequel on épie.
« La Sonate à Kreutzer » (1889) de Léon Tolstoï est peut-être l’œuvre la plus brutale et la plus radicale jamais écrite sur la jalousie amoureuse. C’est un exposé sur la jalousie selon Tolstoï. Ce n’est pas seulement un récit de crime passionnel, mais c’est aussi un véritable réquisitoire contre l’institution du mariage et la nature même du désir charnel. Pour Tolstoï (qui traversait alors une crise mystique et ascétique), la jalousie n’est pas un accident de l’amour, mais une conséquence inévitable de la passion charnelle. Le principal protagoniste de l’histoire, Pozdnychev, explique, en effet, que l’amour physique est une forme d’égoïsme. Puisque l’on considère l’autre comme un objet de plaisir, l’on vit dans la peur perpétuelle que cet objet soit dérobé et utilisé par un autre. La jalousie naît ici d’une saturation: Après les phases de plaisir viennent les phases de dégoût et de haine, où chaque geste de l’autre devient insupportable.
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Jalousie – Prinet – La Sonate à Kreutzer
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Le titre de la nouvelle de Tolstoï fait référence à la Sonate pour violon et piano n° 9 de Beethoven. Dans le récit, la femme de Pozdnychev joue cette pièce avec un violoniste, Troukhatchevsky. Pozdnychev est convaincu que la musique a un pouvoir hypnotique et sensuel capable de mettre les âmes dans un état de réceptivité dangereuse. Pour le jaloux, la complicité artistique entre les deux musiciens est une forme d’«adultère spirituel», plus intime et plus insaisissable qu’un acte physique. La musique devient le langage même de leur trahison. L’œuvre décrit avec une précision terrifiante la «mécanique» du soupçon: Pozdnychev surveille les regards, les nuances de voix, les silences. Il passe de l’indifférence feinte à une rage contenue, puis à une explosion de violence. Il veut savoir la «vérité», mais chaque réponse de sa femme le plonge dans un doute plus profond. S’il ne voit rien, c’est qu’elle cache bien son jeu; s’il voit quelque chose, c’est la preuve de sa culpabilité.
Le dénouement témoigne d’une violence froide. Rentrant de voyage plus tôt que prévu, Pozdnychev trouve le violoniste chez lui, en train de souper avec sa femme. Soupçonnant l’ainsi-dénommé adultère, fou de rage, il poignarde sa femme. Dans son récit Tolstoï montre que le crime n’est pas commis «par amour», mais pour faire cesser la souffrance intolérable de l’incertitude. En quelque sorte, le jaloux tue pour «arrêter le temps» et posséder enfin l’autre dans la mort, là où elle ne peut plus lui échapper que ce soit par le regard ou par la pensée.
A sa sortie l‘œuvre fut perçue comme tellement choquante qu’elle fut interdite par la censure en Russie et aux États-Unis (par la poste américaine). Tolstoï y dépeignait une vérité si crue sur les rapports hommes-femmes que même sa propre femme, Sophie Tolstoï, se sentit personnellement visée et écrivit une réponse sous forme de nouvelle pour défendre ce qu’elle considérait être la dignité féminine.
Musique et opéra
Dans la musique et l’opéra, il y a, bien sûr, le célèbre opéra «Carmen» de Georges Bizet (1875): Don José incarne la jalousie possessive. Sa descente aux enfers, d’un soldat respecté à un meurtrier désespéré, montre comment la jalousie détruit celui qui l’éprouve autant que celui ou celle (en l’occurrence, Carmen) qui en est la victime.
La chanson «Ne me quitte pas» de Jacques Brel: Bien que souvent perçue comme une chanson d’amour, c’est, en fait, plutôt un hymne à la jalousie humiliée. Pour ne pas être remplacé, l‘homme bafoué et humilié, est prêt, vis-à-vis de la femme qu’il désire, à devenir « l’ombre de son chien ».
En peinture
«La Jalousie» d’Edvard Munch (1895): Munch, hanté par ses propres démons amoureux, a créé une série de peintures intitulée « La Jalousie ». Munch a, en effet, peint plusieurs versions de ce thème. L’on y voit souvent, au premier plan,un visage verdâtre, livide et déformé,(celui de l’homme jaloux) les yeux écarquillés par une vision intérieure obsédante, tandis que, derrière lui, comme dans une bulle de pensée, dans un jardin d’Eden sombre, la femme qu’il aime, souvent nue ou à moitié dévêtue semble séduire un autre homme. La souffrance est purement psychique et déforme les traits du visage du jaloux. Contrairement à d’autres peintres qui qui peignent l’acte (par exemple, René-Xavier Prinet), Munch peint l’état mental du jaloux. La jalousie est ici comme une cage psychique qui isole l’homme du reste du monde. Les couleurs sombres et les formes sinueuses soulignent que le jaloux est « dévoré » de l’intérieur.
«Le Verrou» de Fragonard (1777): Plus subtil, il illustre la jalousie sous l’angle de la conquête et de la peur de l’intrusion.
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Le Verrou – Jean-Honoré Fragonard – Musée du Louvre
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Au cinéma
«Fenêtre sur cour» d’Alfred Hitchcock (1954): Le voyeurisme est le bras armé de la jalousie. Jefferies (James Stewart), coincé dans son appartement, projette ses propres doutes amoureux sur les voisins qu’il espionne.
«L’Enfer» de Henri-Georges Clouzot / Claude Chabrol (1994): (D’après un scénario de H.G. Clouzot). François Cluzet y incarne un hôtelier qui sombre dans une paranoïa totale. Le film utilise des distorsions sonores et visuelles pour montrer comment la jalousie altère la perception même de la réalité. Ce film (initialement un projet inachevé de Clouzot dans les années 60, repris par Chabrol) montre la jalousie comme une altération de la perception. Le protagoniste, Paul, commence à entendre des voix, des rires moqueurs, et à voir des images déformées de sa femme (Romy Schneider dans la version d’origine). La jalousie n’est plus une pensée, c’est une hallucination. L’œuvre témoigne de la paranoïa clinique. Le jaloux finit par s’enfermer dans un monde où tout (un regard, une mèche de cheveux, un sourire) est un signal de tromperie. « L’enfer … c’est les autres! »
«Amadeus» de Miloš Forman (1984): Ici, c’est la jalousie professionnelle (l’envie) qui est décrite. Le compositeur Antonio Salieri est « torturé » par le talent « insolent » de Mozart, qu’il juge indigne de la Grâce Divine.

Jalousie professionnelle – Salieri jaloux de Mozart
La jalousie amoureuse est sans doute le « poison » le plus documenté de l’histoire de l’art, car – en tant que caricature de l’Amour véritable – elle transforme l’Amour (un élan désintéressé vers l’autre) en son opposé: une volonté de contrôle total.
Pourquoi ces œuvres ont-elles du « succès » auprès du public? Peut-être parce qu’elles décrivent toutes la même tragédie: Le jaloux cherche une certitude (être sûr que l’autre l’aime et ne le trompe pas), mais comme cette certitude absolue est impossible, la quête devient sans fin et destructrice, de sorte que la personne supposée être aimée peut être détruite par celui qui, prétendument, l’aime.
« Le jaloux ne souffre pas de ce qu’il voit, mais de ce qu’il imagine. » De ce qu’il imagine en interprétant – le plus souvent faussement – ce qu’il voit. Car s’il est un adage disant « L’amour est aveugle », combien bien plus la jalousie – l’opposé de l’Amour – est aveugle!
Quelques peintres ont de façon saisissante restitué cette tension électrique et destructrice propre à la jalousie amoureuse, parfois en s’inspirant directement de l’œuvre de Tolstoï. Par exemple, René-Xavier Prinet, avec son tableau « L’étreinte interdite », datant de 1901 (voir plus haut dans la page). Le tableau de Prinet est sans doute l’illustration la plus célèbre de la Sonate à Kreutzer. On y voit le violoniste et la pianiste interrompre leur jeu pour s’abandonner à un baiser passionné au-dessus du clavier. Le peintre capture ici précisément ce que le mari jaloux, Pozdnychev, redoute le plus, c’est-à-dire que la musique serve de « pont » charnel entre ces deux êtres, dont son épouse. L’instrument est délaissé au profit du corps, confirmant la croyance du jaloux: L’art n’est qu’un prélude à l’adultère.
Dans sa version de « La Sonate à Kreutzer » (voir ci-dessous) de Tolstoï, Lionello Balestrieri insiste sur l’atmosphère. L’on y voit un intérieur sombre, une lumière tamisée, des personnages absorbés par la musique.
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Jalousie – Lionello Balestrieri – La Sonate à Kreutzer
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Ici, la jalousie est plus diffuse. C’est l’ombre portée sur les murs, le silence entre les notes, le regard fuyant du mari dans l’ombre. On sent que le drame n’a pas encore éclaté, mais qu’il est déjà « écrit » dans la mélancolie de la mélodie.
Ces œuvres montrent que la jalousie existe déjà beaucoup dans le regard. Le peintre, comme le jaloux, cadre une scène, l’interprète et lui donne un sens dramatique. La différence est que le peintre, à partir de cette douleur, crée une œuvre esthétique, là où le jaloux de Tolstoï finit par commettre un acte de destruction. Alors que Tolstoï considère la jalousie comme une tempête de la chair, Proust la dissèque comme un vertige de l’intellect et des sentiments..
La jalousie dans l’histoire
Saül a jalousé David. Les Juifs ont jalousé les Gentils devenant Chrétiens et, pour d’autres raisons, les Chrétiens les Juifs. Toujours la jalousie est prête à ériger une forteresse… S’il fallait tout raconter, les (mauvais) exemples seraient innombrables…
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Jalousie – Jalousie de Saül envers David – Julius Schnorr von Carolsfeld
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Jalousie des Juifs à la vue des gentils qui se convertissent au Christianisme

Jalousie – La jalousie érige une forteresse
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La jalousie professionnelle
La jalousie peut revêtir de très nombreuses formes. La jalousie professionnelle est l’une d’entre elles. Elle peut parfois donner lieu à des scènes proprement « hallucinantes »…!
Comme déjà vu plus haut avec le film « Amadeus » de Milosz Forman, la jalousie supposée de Antonio Salieri à l’égard de Wolfgang Amadeus Mozart a d’abord donné lieu à la pièce « Mozart et Salieri » d’Alexandre Pouchkine et aussi à l’opéra « Mozart et Salieri » de Nicolaï Rimski-Korsakov.
Que la jalousie donnant aussi lieu à la rivalité puisse aussi exister entre des religieux est une chose a priori incroyable, mais l’histoire démontre amplement que lorsqu’il s’agit de se disputer l’emprise sur les âmes de nombreux cléricaux seraient même prêts, par exemple, à en venir aux mains ou même pire…
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Jalousie professionnelle entre deux prêtres en chaire – Achille Beltrame
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Si l’on y réfléchit bien, même à l’égard du Christ Jésus, ce n’était pas non plus l’amour de l’être humain qui y poussait les prêtres du Sanhédrin à s’opposer à Lui, mais la jalousie professionnelle, rien d’autre! La Vérité apportée par le Fils de Dieu les dérangeait profondément, parce qu’ils savaient bien que ce qu’ils enseignaient au peuple n’était pas la « vraie Vérité ». Ils ne pouvaient pas l’enseigner, pour la simple et bonne raison qu’avant la Venue de Jésus ils ne la connaissaient pas!
Ce que ces soi-disant serviteurs de Dieu voulaient par dessus tout, c’était à toujours jalousement maintenir et même si possible étendre leur influence terrestre sur leurs ouailles, dans le but de renforcer leur puissance terrestre et d’assurer leur « gagne-pain »!
Les jaloux sont souvent railleurs. Mais celui qui raille n’est pas réfléchi, mais seulement aigri. Dans la dérision et la raillerie réside l’aveu manifeste de la propre insuffisance, de la propre faiblesse, de l’incapacité en face d’une chose pour laquelle la compréhension fait défaut au railleur. Ou bien c’est l’envie ou la jalousie qui parle à partir de lui. L’envie de ce qu’un autre puisse saisir quelque chose qui lui demeure à lui-même insaisissable. Justifiée ou non, la jalousie des autres vous crée beaucoup d’ennemis…
Oui, il y a des êtres humains qui s’efforcent péniblement de montrer toujours à l’extérieur un manteau d’honorabilité, de distinction et aussi de correction, de façon frappante. Mais soudain ils s’imaginent, pour une raison quelconque, devoir montrer une sainte indignation à l’égard d’un être humain auquel ils croient devoir nuire d’une quelconque manière, soit par jalousie, soit par envie. Les deux sont très proches.
A l’opposé de la jalousie … le véritable Amour!
Le véritable Amour surmonte tout, le véritable Amour peut tout. Naturellement, un tel Amour est complètement exempt de jalousie et d’autres tares de ce genre. A l’opposé de la possessivité du jaloux, le véritable Amour est toujours prêt à renoncer à l’être aimé, si le véritable Bien de l’être aimé passe par là.
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Jalousie – Pêche aux âmes – Adriaen Pietersz van de Venne


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