Ecole de l'art de vivre

Un véritable Ami

par | 21 Jan 2024 | Contes | 0 commentaires

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Un véritable Ami

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 «Il n’y a pas de plus grand Amour que de donner sa vie pour ses Amis

(Jean XV-13)

 

C’était la fin d’un bel après-midi d’Été.

Ibrahim Ben Abdullah se tenait, au soir de sa vie, sur le seuil de sa porte et regardait son jardin, et il lui semblait voir là une image de sa vie se tenant derrière lui…

Son fils Ahmed arriva alors, de retour d’une visite à la ville.

Ibrahim questionna son fils Ahmed:

– Mon fils, as-Tu vécu de beaux moments?

– Oui, mon père, dit joyeusement Ahmed, car j’étais avec mes amis!

Alors Ibrahim le questionna encore:

– Mon fils, connais-Tu le nombre de Tes Amis?

Ahmed répondit:

– Mon père, c’est bien difficile, car ils sont nombreux, mais je crois bien en avoir une bonne centaine, au moins!

Ibrahim lui dit alors:

– Mon fils, n’appelle jamais un homme Ton Ami avant de l’avoir mis à l’épreuve! Moi qui suis beaucoup plus âgé que Toi et qui suis tout près de partir pour le grand Pays, je n’ai connu, au cours de toute ma présente vie terrestre, qu’un demi-Ami. Alors, comment pourrais-Tu en avoir plus d’une centaine? Mets-les tous à l’épreuve, alors Tu sauras si, parmi eux, Tu peux posséder un seul véritable Ami.

– Mon père, répondit Ahmed, toujours prêt à apprendre de son père, dont il avait toujours reconnu la grande Sagesse, qu’est-ce qu’un véritable Ami?

– Un véritable Ami, c’est quelqu’un qui T’aime plus qu{’il ne s’aim}e lui-même!

– Mon père, reprit alors Ahmed, comment pourrais-je reconnaître un véritable Ami?

– Abats l’un de nos veaux gras, dit-il en désignant du regard le pâturage où se prélassaient quelques beaux veaux, coupe-le en morceaux et mets-le dans un sac maculé de son sang. Portant ce sac, va alors trouver celui que Tu considères être Ton meilleur Ami, et demande-lui de bien vouloir enterrer cet homme que Tu as été obligé, pour sauver la vie de quelqu’un d’autre, de tuer et dont Tu portes le cadavre sur Ton épaule. Et Tu ajouteras: «Personne d’autre ne le saura et Tu me rendras un très grand service, car je suis dans une situation désespérée et dois immédiatement fuir.».

Ahmed mit aussitôt en application le conseil de son père, et se dirigea vers le pâturage, chercher le veau dont il avait besoin.

Sa besogne faite, il alla trouver celui qu’il considérait être son plus grand Ami. Mais, lorsque, son sac dégoulinant de sang sur le dos, il eût, sur un ton désespéré, exprimé sa requête, l’ami, horrifié, lui répondit:

– Malheureux! N’entre pas chez moi avec Ton cadavre! Enterre Ton mort Toi-même, car Tu as commis un crime, un meurtre, un assassinat! Je ne veux pas être souillé de son sang et ne veux rien avoir à faire avec un criminel, un meurtrier, un assassin!

Accablé par cette inattendue et dure réaction, Ahmed se rendit alors chez tous ses «amis», mais partout il reçut le même glacial «accueil». Alors il revint chez son père, Ibrahim, et, tristement, lui raconta ce qui lui était arrivé.

– Ah ! Ah ! Lorsque tout va bien, tout le monde a beaucoup d’amis, dit son vieux père Ibrahim, tout en lissant sa longue barbe blanche, mais quand ça va mal, ils deviennent aussi nombreux que les poils de barbe sur le menton d’un jeune blanc-bec! Et, maintenant, je Te suggère d’aller trouver l’homme dont je T’ai dit qu’il était un demi-Ami et écoute bien ce qu’il va Te dire!

Ahmed se rendit chez l’homme dont son père lui avait si chaleureusement fait l’éloge et il lui demanda s’il pouvait enterrer son cadavre.

L’Ami fidèle entre tous, aussitôt, lui répondit:

– Entre, Ami, fils de mon Ami, dans ma maison, sans faire de bruit, afin que les voisins ne T’entendent pas.

Et il demanda à sa femme, à ses enfants et à tous les gens de sa maison de sortir, par-devant, dans la rue. Lorsqu’il se trouva enfin seul avec Ahmed, il l’entraîna dans un champ qu’il possédait, derrière sa maison, et, devant lui, il y creusa, au milieu d’un carré de manioc, un trou pour y enterrer le cadavre, à tout jamais.

Lorsqu’il eut creusé un trou assez grand, il y jeta le sac sanguinolent, sans en regarder le contenu.

Alors qu’il s’apprêtait à le recouvrir de terre, et que Ahmed eut vu à quel point fidèle était le cœur de cet homme, Ami de son père, il l’arrêta dans son geste, lui avoua la vérité et le remercia de son accueil, de sa confiance et de ses efforts, en lui offrant le veau, pour sa consommation et celle de sa famille.

Il rentra alors chez lui et raconta à son père tout ce qui s’était passé. Puis il demanda au vieil homme:

– Mon père, pourquoi dis-Tu que cet homme si fidèle n’est qu’un demi-Ami?

– Parce que je ne sais pas encore s’il accepterait de donner sa propre vie pour moi. S’il le faisait, alors je pourrais dire de lui que c’est un Ami entier.

– As-Tu jamais rencontré un homme qui fût un Ami tout entier?

Moi?, non, je n’en ai encore jamais moi-même rencontré, dit rêveusement Ibrahim, mais je crois savoir que cela existe, car j’ai entendu parler d’un cas que je considère être celui d’un Ami entier

– Père! Je T’en prie! Raconte-moi ce que Tu sais au sujet d’un Ami entier! 

Et c’est ainsi que Ibrahim se mit à relater à son fils Ahmed l’histoire de deux hommes qui, tour à tour, avaient su se montrer, l’un pour l’autre, un véritable et entier Ami:

– L’on m’a raconté que deux hommes, qui habitaient des villes très éloignées l’une de l’autre et, au départ, ne se connaissaient pas personnellement, étaient de grands Amis. La raison de cet état de fait était que leurs pères avaient été de très grands Amis et que cela leur suffisait pour qu’il en soit, pour eux, de même. Un jour, l’un des deux, qui s’appelait Rassan et était commerçant, décida de se rendre dans la ville où vivait le second, qui s’appelait Youssouf et était producteur de spectacles féeriques.

Lorsque Youssouf eut appris, par une caravane l’ayant précédé, que son Ami Rassan était en route vers lui, il alla aussitôt à sa rencontre, le serra dans ses bras, et le conduisit dans sa somptueuse demeure. Alors il donna en son honneur une très grande fête, qui dura une semaine entière et il montra à son hôte toutes ses richesses, qui étaient grandes, ainsi que ses serviteurs – hommes et femmes –, et il lui fit voir ses danseuses dansant avec grâce au son de la musique de ses musiciens, jouant avec Art de nombreuses mélodies orientales.

Huit jours plus tard, juste après la fête, curieusement, Rassan tomba malade. Son amphitryon en fut très affligé et fit venir les meilleurs médecins et les plus grands sages du pays, qu’il connaissait ou dont il avait entendu parler, lesquels examinèrent le malade, mais ne surent, tout d’abord, trouver la cause de son mal. Pour finir, quelques-uns d’entre eux affirmèrent qu’il était, tout simplement, «malade d’amour».

Aussitôt, Youssouf alla trouver son Ami Rassan et le questionna pour savoir si l’objet de sa Flamme vivait dans sa maison.

Le malade, alité, lui répondit:

– Si Tu me montres toutes les femmes qui habitent chez Toi, je Te désignerai celle que j’aime.

Youssouf fit, tout d’abord, défiler devant lui toutes les danseuses attachées à sa maison pour que son Ami Rassan désigne l’élue de son cœur. Mais le malade d’amour n’en désigna aucune.

Ensuite, Youssouf fit paraître toutes les servantes de sa maison, lesquelles étaient fort nombreuses, mais Rassan n’en trouva aucune à son goût.

Youssouf, qui était veuf, fit alors venir ses propres filles, prêt à lui céder celle qu’il choisirait, mais Rassan n’en choisit aucune.

Youssouf demeura perplexe; l’état de son Ami empirait, menaçant de devenir fatal, et il s’apercevait avec consternation qu’il ne pouvait rien pour lui.

Toutefois, il se souvint qu’il y avait encore, dans sa maison, une radieuse jeune fille. Elle était, tout simplement, «belle comme la nuit». Youssouf l’avait recueillie chez lui, en tant qu’orpheline, depuis son enfance; il ne l’avait, tout d’abord, pas montrée à Rassan, parce qu’elle lui était promise et devait, lorsque le temps en serait venu, devenir sa propre femme. Ce temps n’était plus loin.

Youssouf, voyant qu’aucune autre n’avait suscité l’approbation de Rassan et ne voulant négliger aucune possibilité, se décida enfin, quand même, à la faire appeler et, aussitôt que Rassan la vit, il se dressa sur son séant et s’écria:

– C’est elle!

Après cela, la mort dans l’âme mais sans aucune hésitation, Youssouf expliqua à son hôte qu’il devait voir la jeune fille en aparté, afin de voir s’il pouvait obtenir son consentement.

Les yeux de Rassan brillaient; il était rempli d’espoir.

Youssouf, faisant un signe à la jeune fille, sortit de la grande salle de réception, aussitôt suivi par elle.

Lorsque, dans un tranquille petit salon privé rose, elle fut seule devant lui, Youssouf, sans préambules, demanda à Fatima (c’était son nom):

– Voudrais-Tu épouser le seigneur Rassan?

Fatima le regarda avec un tendre regard et dit:

– Ma volonté est d’accomplir la volonté de Youssouf; je lui dois tout ce que je suis et tout ce que j’ai.

– Ma volonté est que mon Ami guérisse.

Fatima poussa un léger soupir, presque imperceptible, sourit et dit:

– Alors, par Amour pour Toi, j’épouserai celui que Tu veux que j’épouse.

Sans lui dire que cette jeune fille était, en fait, {prévue} pour lui, c’est ainsi que Youssouf offrit à son Ami Rassan d’épouser Fatima, et il la dota richement, ainsi que c’était l’usage.

Rassan guérit alors très rapidement, épousa Fatima et retourna dans sa ville natale, accompagné de sa jeune et radieuse épouse, qui faisait que tous se retournaient sur leur passage en disant:

– Que cet homme est donc comblé par la vie d’avoir une si magnifique épouse!

Plusieurs années s’écoulèrent, et il arriva alors que Youssouf, qui s’était montré si amicalement généreux envers son Ami Rassan, subit successivement de tels revers de fortune qu’il en vint à être complètement ruiné. L’explication pour cela provenait de ce que les féeries étaient passées de mode, les regards des spectateurs étant désormais tournés vers ce qui se faisait en Occident.

Il se dit alors:

– Je vais aller trouver mon Ami, auquel j’ai jadis offert mon hospitalité et à qui j’ai permis de guérir en lui donnant ma bien-aimée comme épouse. Il aura certainement de la compassion pour moi et pourra me secourir en ces jours d’adversité…

Et Youssouf se mit en route, dépourvu de tout, y compris du plus nécessaire. Il marcha longtemps, pendant des jours et pendant des semaines, et atteignit enfin le but de son voyage (il avait espéré arriver avant la tombée du jour), alors que c’était le milieu de la nuit. Il décida alors d’attendre qu’il fasse jour pour se rendre jusqu’à la belle maison de son Ami Rassan et s’allongea – car sa fatigue était extrême – sur le bord du chemin, à l’entrée de la ville de Rassan, pour se reposer.

A peine était-il allongé sur le sol sablonneux que des hommes de la ville arrivèrent. Ils étaient lancés à la poursuite d’un meurtrier, lequel, par cupidité, avait assassiné un riche négociant de la ville. Ils étaient très frustrés, parce qu’ils le cherchaient depuis deux jours et ne le trouvaient pas. Voyant l’étranger, exténué, allongé au bord de la route, l’un s’écria:

– C’est lui! Regardez comme il a l’air abattu après son forfait!

Youssouf fut réveillé par les cris et se dressa un peu; il était tellement fatigué et se sentait tellement éreinté qu’il n’eut pas la force, ni même l’envie, de se défendre.

Ils se saisirent de lui et le traînèrent donc jusqu’à la prison de la ville, où il fut placé, derrière les barreaux, dans une cellule isolée, en laquelle il se rendormit pesamment sur une couche très dure (une planche fixée au mur par des crochets et des chaînes, avec un peu de paille dessus) et, le lendemain, il fut conduit devant le tribunal, qui, pour toute forme de procès, et, faute d’avocat, sans qu’il puisse se défendre ni plaider son innocence, le condamna à avoir la tête tranchée par une hache, afin de servir d’exemple aux autres.

L’exécution devait avoir lieu dès le jour suivant, en fin de matinée. Étant donné que dès le début de la matinée des hérauts avaient défilé dans les rues pour annoncer l’exécution publique, une grande foule s’était rendue sur la place centrale de la ville pour assister à la décapitation; au milieu de cette foule, passant par là «par hasard», se trouvait, oui …, Rassan, dont Youssouf s’était montré un si fidèle Ami.

Quand il vit qui était celui qu’on allait décapiter et qui attendait si placidement son sort, il reconnut son Ami Youssouf et il se souvint aussitôt de sa fidélité, de sa générosité et de tous les bienfaits qu’il avait reçus de lui.

D’un trait il fendit la foule, se dirigeant vers l’esplanade où devait avoir lieu l’exécution et où le bourreau cagoulé affûtait déjà tranquillement sa hache…

– Pourquoi donc voulez-vous décapiter cet homme?, s’écria-t-il à l’adresse des juges présents pour l’exécution. Ce n’est pas lui le meurtrier!

Comment pourrais-Tu le savoir? Il a été jugé et reconnu «coupable»! (c’était le cas de le dire!), dit le plus ancien des trois juges présents, et c’est pourquoi sa tête doit être coupée!

Rassan, qui savait, sans qu’il soit besoin d’un seul mot de lui, que, bien évidemment, Youssouf était totalement innocent du crime crapuleux qu’on lui reprochait, comprit alors aussi soudainement qu’il ne pourrait rien {faire} pour {sauver} son Ami, s’il ne mettait pas aussitôt dans la balance un irréfutable argument, pesant un très grand poids!

– Je le sais pour une très bonne raison, dit Rassan: Le coupable …, c’est … moi!

Alors, passé le premier moment de surprise muette, les trois juges se concertèrent rapidement, puis l’ancien s’adressa de nouveau à Rassan:

– Tu Te rends compte de ce que Tu viens de dire: Nous pouvons, suite à Ta déclaration, immédiatement T’arrêter et Te faire décapiter, séance tenante, à la place de l’accusé!

– Oui, je le sais parfaitement!, dit Rassan sans {sour}ciller.

Les trois juges se concertèrent de nouveau rapidement, puis ordonnèrent aux soldats présents pour l’exécution de relâcher l’homme qu’ils étaient sur le point de faire décapiter par le bourreau et de procéder à l’arrestation de celui qui, devant toute la foule présente, venait d’avouer son crime.

Rassan grimpa alors de son plein gré sur l’estrade, tendit ses poignets aux soldats pour qu’ils l’enchaînent et se prépara donc à perdre la tête et la vie, à la place de son ami Youssouf.

Mais, une fois passé le premier moment de stupeur, Youssouf, qui, une fois libéré, avait commencé à se précipiter vers Rassan pour l’embrasser et le serrer contre son cœur, après un seul pas, s’arrêta net dans son élan, et, regardant les juges et la foule, cria fortement:

– Il est impossible que cet homme soit le meurtrier, puisque je suis le meurtrier!

– Et pourquoi ne l’as-Tu pas dit au cours de Ton procès?, demanda l’un des juges, qui commençaient à perdre leur arabe…

– Et pourquoi, demanda le troisième juge en désignant Rassan, cet homme voudrait-il être exécuté et mourir à Ta place?

– Parce que…, dit Youssouf, hésitant, et regardant soudainement Rassan dans les yeux, cet homme est … mon Ami!

– C’est faux!, s’écria alors Rassan, je ne connais pas cet homme! Je ne l’ai jamais vu! Si je veux être exécuté, c’est uniquement parce que je suis le criminel, que le remords me torture et que je ne peux plus vivre, sur cette Terre, avec ce crime sur ma conscience! Cet homme, que je ne connais pas, n’a absolument rien à voir avec mon crime!

De plus en plus perplexes, les trois juges se demandaient comment ils allaient se sortir de cette fort embarrassante situation, lorsque la solution arriva de l’extérieur

Dans la foule massée sur la place se trouvait, en effet, le véritable assassin, qui, médusé, regardait deux hommes s’affronter pour se faire décapiter à sa place! Personne, ici, ne le connaissait, car il était venu d’une ville voisine. Il voyait, avec le plus grand abasourdissement qui soit, deux innocents voulant mourir à la place l’un de l’autre, alors que lui seul – il était bien placé pour le savoir! – était le coupable.

En proie à une irrépressible insurrection de sa conscience, il se mit à hurler:

– Ils sont innocents tous les deux!

Devant ce nouveau rebondissement de cette fort étrange affaire, tous les regards de la foule jusque là rivés vers l’estrade se tournèrent alors vers lui.

Le meurtrier, qui était de taille moyenne, regrettait presque, maintenant, d’avoir attiré l’attention sur lui et s’apprêtait à fuir, mais il fut intercepté par un fort gaillard, qui, aidé par d’autres, l’amena jusque devant les juges, sur la plate-forme.

– Pourquoi dis-Tu que ces deux-là sont innocents?, questionna le plus vieux juge.

Devant l’absence de réponse du lascar, le deuxième juge le questionna à son tour:

– Ne serait-ce pas Toi, par hasard, le vrai coupable?

– ….

Le meurtrier, pris de tremblements, ne pouvait plus {rien} répondre; soit il disait «non» et mentait, tout en risquant de ne pas être cru et de ne plus pouvoir innocenter les deux autres, soit il disait «oui» et sa tête allait bientôt être posée sur le billot, lequel se trouvait juste sous ses yeux et tomber dans le panier juste en-dessous… À travers les fentes de la cagoule, il aperçut soudain le regard cruel du bourreau et il frémit. Il s’écria alors:

Non! Ce n’est pas moi!

– Alors, qui est-ce?, questionna le troisième juge.

– C’est … quelqu’un d’autre!

est-il? Qui est-il? Comment s’appelle-t-il?

– … Je ne sais pas!

– Si! Tu le sais!

Alors, il s’effondra:

– Oui, je le sais!, sanglota-t-il.

– Alors, qui est-ce?, dit le plus vieux juge, en faisant signe à deux soldats de le saisir et de l’agenouiller devant lui.

Maintenu, par de fortes mains, à genoux devant son juge, enfin, le meurtrier craqua:

– C’est…, c’est … moi!

Puis il s’affaissa sur le sol.

Lorsque les juges eurent entendu cet incontestable aveu, ils ordonnèrent l’arrestation et la condamnation immédiate du criminel, pour pouvoir enfin procéder à l’exécution tant attendue par la foule et ils firent libérer Youssouf et Rassan.

Rassan conduisit alors aussitôt son Ami Youssouf dans sa maison. Il lui offrit à manger, à boire, à se vêtir.

Puis, très vite, et en dépit de toutes les protestations du bénéficiaire, il lui donna toute sa fortune et lui céda même sa maison…

Pour finir, il lui donna aussi, oui, … sa femme!

Car il avait reconnu que le cœur de Fatima, bien que fidèle et dévoué envers lui, depuis toujours, aimait, en fait, Youssouf!

Et il partit, seul, dans la montagne, vivre une vie d’anachorète… Il avait, en effet, besoin de longuement méditer au sujet du destin de l’être humain et au sujet de Celui Qui a fait des Lois par lesquels les êtres humains peuvent eux-mêmes se juger et se racheter…

Son long récit terminé, Ibrahim, le regard embué et perdu dans les nuées, se plongea dans un très long silence, puis, pour finir, la voix cassée par l’émotion et sans regarder Ahmed, sur les joues duquel ruisselaient de grosses larmes, il le questionna en ces termes:

– Sais-Tu, maintenant, mon fils, ce qu’est un véritable et entier Ami?

 

Hommes du désert

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