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La pulvérisation de l’ego

par | 1 Juil 2026 | Education, Formations, Vivre en Conscience, Moralité et comportement | 0 commentaires

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Contenus de la page

La pulvérisation de l’ego

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Ego ou esprit?

L’ego est une caricature de l’esprit. L’ego se vexe, mais l’esprit, lui, ne se vexe pas. L’ego est certes capable de « faire de l’esprit », mais il est incapable d’être l’esprit. C’est juste un parasite qui vit aux dépens de lui, aussi longtemps qu’il … le peut! Autrement dit, aussi longtemps qu’on le laisse faire son numéro de bluff! Alors « pas de pitié pour les canards boîteux! ». Étant donné que, de lui-même, l’ego ne veut pas disparaître, alors il convient de le … pulvériser! 

A ce propos, jusqu’ici nous avons parlé de l’Abnégation en tant que Cœur de l’Enseignement de Jésus, du vieil homme qui doit mourir, du nécessaire effacement du moi tel que préconisé par Jacob Beilhart, de l’indispensable disparition du sens personnel obstiné, de la nécessaire Humilité à cultiver en toutes circonstances… Qu’est-il encore possible d’ajouter de plus à ce sujet?

Cela devrait, en fait, largement suffire, mais comme – malgré toutes les exhortations adressées à l’esprit – l’ego, sa caricature, de lui-même, ne veut pas disparaître et, pour sa survie, déploie toutes les stratégies possibles, il est, en fait, devenu indispensable de le pulvériser, ce que seul peut, peut-être, parvenir à faire … un « voyage à Canossa »!

Le voyage à Canossa

De quoi s’agit-il avec ce « voyage à Canossa »? Il s’agit là d’une expression devenue populaire pour désigner une expérience d’humiliation extrême volontairement auto-infligée. L’expression « voyage à Canossa » vient d’un événement historique…

L’expression «aller à Canossa» ou faire le «voyage à Canossa» signifie céder complètement devant son adversaire, s’humilier publiquement et implorer le pardon de quelqu’un après avoir vainement tenté de lui résister.

Aujourd’hui, on l’utilise surtout dans le langage politique ou diplomatique, lorsqu’un dirigeant doit faire machine arrière et subir une humiliation publique pour préserver son pouvoir ou sortir d’une crise.

Cette expression vient d’un événement réel et spectaculaire qui s’est déroulé en janvier 1077 au château de Canossa (situé dans le nord de l’Italie).

La pénitence de Canossa de janvier 1077 est une clef du conflit médiéval entre la papauté et le souverain germanique, au cours duquel le roi des RomainsHenri IV vient s’agenouiller devant le pape Grégoire VII afin que celui-ci lève l’excommunication prononcée contre lui.

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A Canossa le roi des Romains Henri IV, le roi des Romains, s'humilie devant le pape Grégoire VII

A Canossa le roi des Romains Henri IV, le roi des Romains, s’humilie devant le pape Grégoire VII

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L’origine historique: Le choc entre l’Empereur et le Pape

Au cœur de l’histoire, on trouve une lutte de pouvoir totale (appelée la « Querelle des Investitures ») entre deux hommes:

Henri IV, le puissant empereur du Saint-Empire romain germanique.

Grégoire VII, le pape, bien décidé à libérer l’Église de l’influence des souverains.

Cet épisode resté célèbre s’inscrit dans la querelle des Investitures, controverse qui a opposé les empereurs allemands (puis les rois de France) à la papauté dans la désignation des évêques.

Le , le pape Grégoire VII ayant refusé que les évêques soient nommés par des laïcs, le roi des Romains Henri IV, futur empereur, fait prononcer la déposition du souverain pontife par le concile de WormsL’empereur ayant défié l’autorité du pape, dès le mois de février 1076, le pape Grégoire VII frappe un grand coup: il réplique en excommuniant le souverain germanique Henri IV (à ne pas confondre avec le roi Henri IV français, lequel ne viendra, en France, que des siècles plus tard!) et en déliant ses vassaux de leur serment de fidélité vis-à-vis de leur souverain.

Au Moyen Âge, c’est une sentence politique terrible. Les sujets de l’empereur sont déliés de leur serment de fidélité, et les princes allemands en profitent immédiatement pour se révolter contre Henri IV et, en , à Trebur, menacent de déposer Henri IV si l’excommunication n’est pas levée avant le , date à laquelle ils ont demandé aux deux adversaires de se rendre à Augsbourg. Dans cette ville, lors d’une diète générale d’Empire, présidée par le Pape, après les avoir entendus tous les deux, ils prendront alors une décision définitive.

Pour sauver sa couronne, l’empereur n’a plus le choix: il doit obtenir le « pardon » du pape à tout prix. Pour ne pas laisser un « trop tard » survenir, Henri IV doit absolument agir avant que le Pape vienne à Augsbourg. Il apprend que le Pape est en villégiature chez la comtesse Mathilde de Toscane à Canossa et décide donc d’aller à sa rencontre. Au plus fort de l’hiver, il doit traverser les Alpes; le col du Brenner est le chemin le plus facile en raison de sa faible altitude, mais il est fermé par les princes du sud.

Henri IV se résout donc, avec l’autorisation de la comtesse régente de Savoie, Adélaïde de Suse, à passer donc par le col du Mont-Cenis, qu’aucun souverain n’a plus emprunté depuis près de deux siècles. Ce passage est négocié par la maison de Savoie qui souhaite obtenir cinq évêchés en Italie. Le comte de Savoie recevra le Bugey, ainsi que la reconnaissance des droits et l’inféodation du marquisat d’Ivrée à Adélaïde de Suse.

Au sujet du franchissement des Alpes par le roi Henri IV existe la chronique de Lambert d’Hersfeld. En effet, le moine chroniqueur Lambert d’Hersfeld, adversaire déclaré d’Henri IV, écrit dans ses Annales:

«Les montagnes élevées dont les cimes touchaient les nuages, et par lesquelles passait le chemin, étaient couvertes de masses de neige et de glace tellement monstrueuses qu’aucun cavalier, aucun homme à pied ne pouvait faire un pas sans danger sur les pentes raides et glissantes… Le roi loua donc quelques personnes qui connaissaient le terrain, des gens du cru, familiers des sommets abrupts, pour marcher devant sa suite sur les rochers escarpés et les immenses névés, et faire tout ce qui était possible pour rendre cet horrible chemin plus facile à parcourir pour ceux qui les suivaient. Ceux-ci avançaient tantôt à quatre pattes, tantôt en s’agrippant aux épaules de leurs guides, parfois le pied de l’un d’eux dérapait sur le sol verglacé, il tombait en glissant sur une bonne partie de la pente. Cependant, la reine et sa cour furent assises sur des peaux de bœuf et traînées par les guides de montagne. Les chevaux ont pu être, pour une partie d’entre eux, descendus à l’aide de dispositifs spéciaux, tandis que d’autres étaient tirés par les pattes qu’on leur avait attachées. Mais parmi ceux-ci beaucoup succombèrent, beaucoup furent gravement blessés, quelques-uns seulement sortirent indemnes de ce péril.»

Par conséquent, franchissant les Alpes en plein hiver par un chemin terriblement escarpé, accompagné d’une troupe mal équipée et inexpérimentée qui subira de nombreuses pertes au cours du voyage, Henri IV finit tout de même par parvenir au pied de la ville de Canossa, le . Apprenant l’approche du roi, le Pape a fait fermer les portes de la ville. La légende veut qu’Henri IV, sa femme et ses enfants, en chemise de bure, aient dû attendre, les pieds dans la neige, que le Pape change d’avis, ce qu’il fait pour finir, trois jours plus tard, le

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A Canossa Henri IV, le roi des Romains, s'humilie devant le pape Grégoire VII

A Canossa Henri IV, le roi des Romains, s’humilie devant le pape Grégoire VII

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Acceptant enfin de le recevoir, le Pape ne peut faire moins que de se décider à lever l’excommunication du roi Henri IV. D’un point de vue religieux, c’est aussi le devoir de tout prêtre – quel que soit son degré dans la hiérarchie –  de donner la supposée absolution (encore faut-il qu’il en ait le réel pouvoir!) à tout être humain qui la sollicite humblement. La levée de l’excommunication permet à Henri de triompher des seigneurs féodaux révoltés en Allemagne.

Mais – aussi étonnant que cela puisse paraître -, par la suite – l’heure de la revanche ayant sonné! – il rompt de nouveau avec le pape Grégoire VII, le fait déposer et, en 1980, à sa place, fait élire l’antipape Clément III (Guibert de Ravenne), qu’il ne réussit pourtant pas à imposer hors de l’Empire. Ce seul fait suffit, bien évidemment, à jeter, pour le moins, un fort doute au sujet de la sincérité de la repentance précédemment affichée par Henri IV à Canossa!

Revenons sur …

La scène de l’humiliation

Henri IV devant Canossa - Eduard Schwoiser

Henri IV devant Canossa – Eduard Schwoiser

Le pape Grégoire VII s’est retranché dans le château-fort de la comtesse Mathilde de Canossa. Henri IV – ce qui constitue déjà une éprouvante performance! – a traversé les Alpes en plein hiver et s’est présenté devant les remparts.

Le rituel de la pénitence est terrible:

Pendant trois jours et trois nuits (du 25 au 27 janvier 1077), l’empereur attend en grelottant devant les portes du château que, peut-être, le pape veuille bien lui faire ouvrir.

Il est, en effet, pieds nus dans la neige, vêtu d’une simple robe de bure (de façon générale, le vêtement en laine grossière des pénitents).

Il pleure et supplie le pape de lui ouvrir.

Au bout de trois jours, possiblement touché par cette marque d’extrême humilité (et respectant ainsi son devoir de prêtre qui lui impose de pardonner au pécheur qui se repent) ou son ego intérieurement satisfait de l’humiliation de celui qui avait antérieurement osé défier son autorité, le pape cède, ouvre les portes et lève l’excommunication.

Henri IV a certes sauvé son trône, mais au prix d’une humiliation historique gravée pour toujours dans les mémoires.

En 1872, des siècles plus tard, le chancelier allemand Otto von Bismarck, alors en plein conflit politique avec l’Église catholique, a prononcé une phrase restée célèbre: «Nous n’irons pas à Canossa!» (signifiant par là que l’Allemagne « moderne » ne s’humilierait plus jamais devant le Vatican).

D’un point de vue spirituel, l’on peut évidemment s’interroger au sujet de la valeur d’une auto-humiliation faite en tant que stratagème et donc par calcul. Devant les Lois de la Création cela compte donc pour autant que rien. C’est, en fait, bien pire, car à cette absence de sincérité se rajoute une grande hypocrisie et une volonté de duper!

L’expression «aller à Canossa»

Nach Canossa gehen wir nicht - Bismark

Nach Canossa gehen wir nicht – Bismark

En référence à la pénitence d’Henri IV, l’expression «aller à Canossa» désigne le fait de céder complètement devant quelqu’un, d’abdiquer toute dignité, d’aller soi-même délibérément s’humilier devant son ennemi. L’expression a notamment été employée par Bismarck dans le cadre du Kulturkampf allemand où, après l’introduction du Kanzelparagraph et la loi anti-jésuite, le pape Pie IX avait refusé d’accréditer le cardinal Gustave-Adolphe de Hohenlohe-Schillingsfürst en tant qu’ambassadeur auprès du Saint-Siège. Le chancelier du Reich, en s’opposant au pape Pie IX et en proclamant le devant le Reichstag: «Nous n’irons pas à Canossa!», a définitivement immortalisé le dicton.

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Le « Canossa » de l’ego

Dans l’histoire originale de Canossa telle qu’évoquée ci-dessus nous avons vu que la démarche de Henri IV n’était pas sincère. Sa motivation fondamentale – si ce n’est la seule – était de rester le « roi des Romains », de conserver son autorité au-dessus des princes allemands, donc de garder le pouvoir. Il ne voulait pas réellement humilier son ego, il voulait juste – afin de traverser une mauvaise passe – lui faire jouer un rôle de composition qui puisse faire illusion auprès du pape et du monde. A l’arrivée l’ego d’Henri IV n’en est pas ressorti affaibli, mais, au contraire, s’en est trouvé encore accru

A notre époque, non seulement l’ego humain doit vivre une humiliation, mais il doit même être complètement anéanti! L’humiliation en soi n’est pas le but mais le moyen de parvenir à l’anéantissement! Il est un dicton qui dit « Le ridicule ne tue pas! ». Pourtant, si!, le ridicule peut tuer l’ego, il doit même le tuer!

La mort de l’ego

Le Temps est là, il y a des signes! L’esprit doit se redresser et l’ego doit retourner dans son néant, dont il n’aurait jamais dû sortir. Considérons, aujourd’hui, tranquillement, l’ego, qui voulait ainsi nous opprimer! L’habit d’apparat porté par lui jusqu’ici est déjà très sévèrement élimé et mangé par les mites. Par tous les trous creusés par celles-ci, l’on voit, enfin, sa silhouette dans sa véritable forme. Mal assuré, mais pas moins infatué pour autant, l’ego, qui se faisait élever au rang de l’Esprit, regarde à travers et surgit soudain à la vue de tous, sans rien comprendre à ce qui se passe! C’est pourtant simple, c’est juste la fin qui arrive pour lui, le moment où l’ego – complètement mis à nu et ne pouvant plus illusionner personne, même pas lui-même! -, est, de ce fait, enfin pulvérisé et se dissout en rien!

Par conséquent, pour chacun, il faut juste trouver la « pénitence de Canossa » susceptible d’infliger à son ego la punition définitive, celle qui – au sens propre – le fera mourir de honte, de sorte que, enfin, il s’effondre complètement sur le sol et se réduise ainsi à un … petit tas de poussière! A chacun son Canossa! Alors, où se trouve votre Canossa à vous? Où irez-vous chercher l’expérience d’humiliation ultime qui fasse disparaître votre ego à jamais?!

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A Canossa le roi des Romains Henri IV, le roi des Romains, s'humilie devant le pape Grégoire VII

A Canossa le roi des Romains Henri IV s’humilie devant le pape Grégoire VII

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