La responsabilité des juges
Les procès de Nüremberg
La plupart des lecteurs – si ce n’est tous – connaissent le grand procès tenu à Nüremberg, après la deuxième guerre mondiale, au cours duquel furent jugés par un tribunal militaire international mais essentiellement américain les plus grands criminels nazis, dont les crimes étaient particulièrement évidents.
Certains procès, également tenus à Nüremberg, mais n’ayant jugé que des fonctionnaires subalternes du régime nazi sont toutefois moins connus. Ils ne manquent pourtant pas d’intérêt, car ils interrogent la responsabilité de ceux qui accomplissent le mal en se soumettant à d’autres se tenant hiérarchiquement au-dessus d’eux.
Jugement à Nüremberg
C’est ainsi que, décrivant le « Procès des juges », le film « Jugement à Nüremberg », avec l’acteur américain Spencer Tracy dans le rôle de président du tribunal décrit le procès de quatre juges allemands reconnus coupables de crimes contre l’humanité au cours de l’exercice de leur métier.
En particulier, le juge en chef Dan Haywood cherche à comprendre comment l’accusé Ernst Janning a pu commettre les atrocités dont il est accusé, notamment la condamnation à mort de personnes innocentes. En effet, Janning est un juriste et un spécialiste du droit très instruit et respecté dans le monde entier. Comment un tel spécialiste du droit peut-il ensuite être lui-même le premier à le bafouer?, voilà la question. La réponse est simple: La conscience devant dicter le juste comportement à suivre pour un être humain n’a rien à voir avec l’intellect et le sentiment mais tout à voir avec l’esprit et l’Intuition!
En fréquentant différentes personnes occupant des positions particulières, ainsi que les cafés et restaurants de la ville de Nüremberg, le juge en chef Haywood cherche alors à comprendre comment le peuple allemand a pu fermer les yeux et faire la sourde oreille face aux crimes du régime nazi..
Mais – coup de théâtre et grand moment du film! -, cédant à une irrésistible insurrection de sa conscience, contredisant jusqu’à son propre avocat et allant ainsi dans le sens du procureur, Janning, quant à lui décide soudain de reconnaître sa pleine culpabilité relativement au crime dont il est accusé, à savoir la condamnation à mort d’un Juif pour la soi-disante « souillure du sang », à la suite de ses relations intimes avec une jeune Allemande âgée de seize ans.
L’ancien juge reconnaît alors qu’il savait qu’il n’y avait, en réalité, aucune preuve pour soutenir un tel verdict. Au cours de son témoignage, il explique aussi que d’autres Allemands, comme lui bien intentionnés en faveur du régime, bien que conscients de leur caractère fondamentalement injuste, ont approuvé les politiques antisémites et racistes par « patriotisme », à la suite de l’humiliation de l’Allemagne et du peuple allemand par le traité de Versailles ayant suivi la première guerre mondiale.
Au cours du procès qui se poursuit, l’on comprend pourquoi les trois autres accusés ont soutenu le régime nazi: l’un avait peur, l’autre était un suiveur qui se contentait de suivre les « ordres » et le dernier croyait réellement au nazisme. Les quatre accusés sont alors reconnus coupables et condamnés à la prison à vie.
Le mot de la fin
Après le procès, sur le point de prendre l’avion devant le ramener dans sa patrie américaine, le juge en chef Haywood – sur demande formelle de celui-ci – rend visite à Janning désirant lui parler, dans sa cellule de prisonnier. Celui-ci déclare alors qu’il respecte le juge et son verdict – qu’il estime juste et mérité par lui. Toutefois, juste après, il lui demande de croire qu’il ignorait qu’autant de personnes mourraient ainsi et que la situation prendrait une telle ampleur («Those people, those millions of people… I never knew it would come to that.») [« Ces gens, ces millions de gens, je n’ai jamais su que cela en viendrait à cela »].
A cela, d’irréfutable manière, le juge Haywood lui réplique qu’il [Janning] a lui-même initié cette situation lorsqu’il a pour la première fois condamné à mort un homme qu’il savait innocent («Herr Janning, it came to that the first time you sentenced a man to death you knew to be innocent.») [« Monsieur Janning, cela en est arrivé là, {le jour où, pour} la première fois, vous avez condamné à mort un homme que vous saviez innocent. »]. Puis Haywood par à l’aéroport, prendre son avion.











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