Ecole de l'art de vivre
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Les Entéaux existent-ils?

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Les plantes aussi ont une âme.

La Liaison avec les êtres de la Nature ne doit jamais être rompue.

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Introduction

Les Occidentaux sont, de façon générale, très sûrs de leur savoir intellectuel.

Pourtant, le Savoir réel est uniquement le produit de l’expérience vécue. De ce point de vue, s’il est beaucoup d’érudits parmi les Occidentaux, il est beaucoup moins de réels Sachants.

L’érudition n’est, pourtant, jamais qu’un savoir appris, lequel ne peut jamais apporter à l’esprit – seul élément réellement vivant en l’être humain, de réelles Valeurs.

Les «sociétés primitives», qui, même s’ils ne le disent pas toujours ouvertement, semblent «inférieures» à de nombreux Occidentaux, comportent souvent, en leur sein, des êtres humains porteurs d’un réel Savoir expérimental et traditionnel.

De ce fait, un réel Savoir expérimental personnel a bien plus de Valeur qu’un savoir théoriquement supérieur mais seulement appris.

Et parmi ceux qui tirent leur Savoir de leur propre expérience vécue personnelle les chamanes [l’on trouve aussi les orthographes «chamans» (sans e) et «shamans» (commençant par s)] occupent une place de choix.

Qu’est-ce que le chamanisme?

Le chamanisme, du mot «samane» en langue toungouze (Sibérie), désigne un ensemble de pratiques et d’expériences remontant à de nombreux millénaires, que l’on retrouve dans diverses cultures (en Amérique du Nord et du Sud, en Sibérie, en Scandinavie, en Europe orientale, en Asie centrale, en Afrique du Sud, en Australie aborigène).

Le chamane, quant à lui, est l’autorité spirituelle d’une communauté, qui guérit les âmes et les corps en équilibrant les forces (spirituelles, humaines, naturelles) présentes dans les différents plans de la Réalité, par le moyen de l’«extase» et du sacrifice (animal, végétal ou minéral).

Voyant et médecin de l’âme, le chamane absorbe parfois des substances (le peyotl au Mexique et aux états-Unis, l’ayahuasca en Haute-Amazonie, l’Amanita muscaria – ou amanite tue-mouche – en Sibérie), qui accélèrent son voyage à destination du Monde invisible. Le plus souvent, il se passe, toutefois, de l’usage de ces produits, leur préférant parfois des instruments de musique comme le tambour, dont les rythmes aident l’esprit à se déplacer vers les différents niveaux «extra-ordinaires» de la Réalité.

Le néo-chamanisme, redécouverte du chamanisme originel et mouvement spirituel et culturel, qui a suivi la remise en cause occidentale de la fin des années soixante, s’efforce de prendre en compte la sensibilité écologique du monde moderne et son besoin de revitalisation spirituelle.

Jeremy Narby

Un jeune anthropologue américain, Jeremy Narby, a découvert que les peuples indigènes de l’Amazonie avaient une surprenante connaissance de nombreuses plantes de la forêt amazonienne et connaissaient même la structure de l’ADN bien avant les scientifiques occidentaux. Est-ce possible? Son livre «Le Serpent Cosmique» raconte comment le dialogue entre deux modes de pensée peut aboutir à de troublantes découvertes. Jeremy Narby nous incite à nous poser de nombreuses questions sur les fondements mêmes de notre conception de la réalité, les moyens d’accéder au véritable Savoir.

En 1985, le jeune anthropologue Jeremy Narby, rempli d’excellentes intentions morales, part en Amazonie péruvienne rencontrer les peuples indigènes. Issu d’une prestigieuse université américaine, il est, bien évidemment, pétri de culture occidentale, et ainsi – comme la plupart de nos contemporains – un fervent adepte du sain rationalisme, considéré comme le mode de connaissance supérieur et universel. Il ne peut donc pas être soupçonné de complaisance envers les croyances dites «primitives» et «animistes» ou même «fétichistes» de ceux qu’il va rencontrer. L’objectif de son travail consiste à démontrer que les indigènes utilisent rationnellement les ressources de la forêt, contrairement à ce qu’affirme le gouvernement péruvien, pour justifier le fait d’envoyer des colons sur leurs territoires. Jeremy Narby effectue là un excellent travail de relevé des modes de culture, chasse, cueillette et récolte de plantes des indigènes.

Une troublante expérience

Mais, suite à l’absorption d’ayahuasca  (boisson dite «hallucinogène» utilisée par les chamanes pour communiquer avec les «esprits»), ne voilà-t-il pas qu’il connaît une traumatisante expérience de visions «psychédéliques». à cette occasion, il voit, entre autres «choses», des serpents lumineux fluorescents, tels qu’il n’en a jamais vu dans sa vie ou dans ses rêves, et qui, en principe, ne proviennent donc pas de son inconscient. Chose étrange, la plupart des gens qui ont des visions avec l’Ayahuasca voient les mêmes choses.

Mais que signifie le serpent?

Le serpent est, pour beaucoup, pensé comme étant le symbole de tout mal.

Pourtant, il est clair que le serpent, même s’il signifie aussi cela, ne signifie pas toujours le mal.

Celui qui est un peu cultivé sait que le Serpent, lorsqu’il se mord la queue, peut aussi signifier quelque Chose de tout à fait différent et même contraire, comme, par exemple, la Notion de l’Infini.

L'Alpha et l'Omga

Le Commencement et la Fin

 

Le Serpent, lorsqu’il se met en cercle, est donc en relation avec l’Infini, avec ce qui se trouve entre le Commencement et la Fin.

Ceci est donc aussi la signification du Serpent.

L’Ayahuasca

L’ayahuasca [«liane de l’âme» ou encore «vigne de la petite mort»] est le nom quechua [1] donné au mélange, utilisé depuis près de 5000 ans par les peuples

Ayahuasca

Plante Ayahuasca (Banisteriopsis Caapi)

amazoniens, de deux plantes: la Banisteriopsis caapi – appelée communément ayahuasca – une liane des forêts de l’Ouest du bassin amazonien, connue sous plusieurs autres dénominations locales (caapi, dapa, mihi, kahi, natema, pindé, yajé), et un additif, en général la Psychotria viridis (chacruna en espagnol) ou la Diplopterys cabrerana.

Pendant la préparation de l’Ayahuasca les chamanes chantent:

«L’esprit de la forêt a révélé dans la vision des lianes de l’esprit,
donnez-nous la connaissance de ce royaume,
le mouvement imperceptible du boa,
le regard pénétrant du faucon et de hibou
l’oreille aiguë du cerf
la force brute du tapir,
la grâce et la puissance du jaguar
Esprit de la famille des feuilles parfumées,
nous sommes toujours ici encore passionnés
 pour connaître vos secrets.».

Pourtant, l’ingestion du mélange, macéré et éventuellement bouilli, commence par provoquer des nausées et des vomissements – ce qui montre que l’âme se sent alors très mal dans le corps, ce qui l’incite à en sortir – puis «libère l’âme du corps», permettant au sujet de découvrir, au travers d’intenses visions  (considérées par la mentalité courante – y compris «scientifique» – comme des «hallucinations»), des plans jusque là insoupçonnés de la Réalité.

En réalité, il n’y a pas d’«hallucinations», car tout existe réellement dans la Création du Créateur, même si ce ne sont que des formes fabriquées par le vouloir ou le penser humains.

Les plus puissants mélanges provoquent souvent des visions de serpents et/ou de jaguars. Or, il se trouve que ces deux animaux sont au cœur de la Mythologie Inca, puisque le Serpent correspond au plan inférieur, tandis que le Jaguar [2] correspond au plan médian supérieur.

L’Univers Inca est, en effet, constitué de trois «Pachas», qui sont à la fois un concept de temps et d’espace:

«Hanan Pacha» (le Monde du Dessus, associé au Condor),

«Kay Pacha» (le Monde d’Ici, associé au Jaguar),

«Urin Pacha» (le Monde d’En-dessous, associé au Serpent).

L’ayahuasca aurait – dit-on – la particularité de «révéler» les propriétés des plantes (fougères, cactus, roseaux, tabac, plantes psychotropes) que l’on mélange avec elle.

Les Indiens s’en serviraient comme d’une espèce de «microscope» pour observer et répertorier les plantes de la forêt amazonienne.

Les chamanes amérindiens «Ayahuasqueiros» en parlent clairement avec leurs propres mots:

«Pour comprendre le Monde, il faut prendre la Grand-Mère Ayahuasca.

Elle est une plante enseignante, intelligente, maîtresse.

Elle travaille en moi.

Tout ce que je dis vient de la plante.

C’est elle qui me l’a appris.

Elle permet de voir le corps en transparence et de localiser le siège de la maladie.

 Elle fait venir à moi les plantes qui conviennent à mon patient.».

Les chamanes disent:

«L’on ne trouve pas les vertus thérapeutiques d’une plante, c’est elle (la plante) qui se manifeste à nous.».

Ils disent encore:

«Les plantes se mettent en travers de notre chemin, elles nous appellent, elles changent d’attitude si on leur parle.».

A noter, enfin, que les expériences sous ayahuasca correspondent, en termes neurophysiologiques, à un état de vigilance plutôt qu’à un classique état hallucinatoire.

Les plantes parlent-elles?

En réalité, ce n’est pas l’ayahuasca elle-même qui révèle les propriétés – et en particulier les propriétés guérissantes – ou «médicinales» – des plantes, car l’ayahuasca ne fait que rendre possible ou favoriser le relâchement ou même le détachement de l’âme à partir du corps, de sorte qu’elle devienne réceptive à une partie de la réalité que l’opacité du corps gros-matériel l’empêche ordinairement de percevoir.

Quant à la nature précise de cette autre «réalité», c’est précisément le sujet de notre propos et nous en reparlons plus bas.

Les Européens n’ont, eux, découvert l’ayahuasca qu’en 1851, grâce au botaniste anglais Spruce, mais ne l’ont chimiquement analysée qu’en 1969.

Pourtant, cela n’empêche pas que, aujourd’hui, certains individus peu scrupuleux tentent de s’approprier ce patrimoine des peuples amazoniens avec un incroyable aplomb. Lorsque l’on songe, en effet, que l’ayahuasca, plante sauvage poussant dans la forêt amazonienne, utilisée pour réaliser un breuvage sacré dans les cérémonies religieuses des peuples indigènes de la région, de même qu’à des fins thérapeutiques, fait l’objet de la convoitise de «déposeurs de brevets», imaginons ce qui se passerait si un indigène tentait de faire breveter l’hostie et le vin qui sont utilisés dans les rites catholiques, pour ensuite en faire payer l’utilisation aux fidèles, lors de chaque utilisation.

Le système des droits de propriété intellectuelle dont se réclament les compagnies occidentales ou américaines pour obtenir un monopole exclusif sur la commercialisation de «leurs inventions», oublie complètement la contribution de ceux qui, les premiers, ont découvert les propriétés de ces plantes et les ont développées sans faire preuve de leur insatiable mercantilisme.

Surtout lorsque l’on sait que «74 % des remèdes ou des drogues d’origine végétale utilisés dans la pharmacopée moderne ont, en premier lieu, été découverts par les sociétés «traditionnelles». à ce jour, moins de 2 % de toutes les espèces végétales ont subi des tests scientifiques complets en laboratoire. La grande majorité des 98% restants se trouvent dans les forêts tropicales. L’Amazonie contient plus de la moitié de toutes les variétés de plantes du monde.» (Cf. «Le Serpent Cosmique» de Jeremy Narby.)

La Médecine des signatures

La «Médecine des Signatures» – ou «Médecine par Analogie» – permet de reconnaître les concordances existantes entre certains organes du corps ou certaines maladies, et les formes, les couleurs ou les goûts de certaines plantes.

La Médecine des Signatures est basée sur un postulat défendu par Robert Turner, botaniste anglais du XVIIème siècle, et qui stipule que:

«Dieu a imprimé sur les plantes, les herbes et les fleurs, des hiéroglyphes, en quelque sorte la signature même de leurs Vertus.».

Toujours au XVIIème siècle, en 1624, Oswald Crollius explique, dans son traité «La Royale Chimie»:

«Les herbes parlent au médecin curieux par leur signature, lui découvrant, par quelque ressemblance, leurs Vertus intérieures, cachées sous le voile du silence de la Nature.».

Par exemple, la pharmacopée traditionnelle, pour soigner les maladies du foie, recommande l’anémone hépatique (Hepatica triloba), dont les feuilles rappellent la forme du foie.

De même, pour soigner les affections de la vésicule biliaire, la chélidoine (Chelidonium majus), dont le suc jaune rappelle la bile, serait tout indiquée.

La ficaire (Ficaria ranunculoides), dont les tubercules valident l’appellation d’Herbe aux hémorroïdes, constituerait une très bonne préparation anti-hémorroïdaire, etc.

Plusieurs de ces remèdes ont, depuis, été validés par la pharmacopée moderne.

Sources: Les plantes des Dieux, par Richard Evans Schultes et Albert Hofman (Paris, Berger-Levrault, 1981), Le pouvoir des plantes, par Brenda Lehane (Paris, Hachette, 1977), Les simples entre nature et société, par Pierre Lieutaghi (EPI, Mane, 1983).

La pratique de l’Ayahuasca

L’Ayahuasca, on l’appelle aussi la «Télévision de la Forêt».

«Elle parle, elle guérit et prend l’apparence d’une Grande Dame.
Le Grand Serpent porte les mémoires de la Vie…
La guérison viendra lorsque la Dame maîtrisera le Serpent!».

Le mot ayahuasca désigne bien des choses, à différents niveaux. C’est d’abord, comme déjà vu, en Quechua, le nom d’une plante: «aya», «la mort», et «huasca», «vigne» ou «liane». «Vigne de la petite mort». C’est aussi le nom d’un breuvage de vision (chose intéressante, les Shipibos, une des principales ethnies à manipuler l’ayahuasca, n’ont pas de mot dans leur langue pour traduire «halluciner» ou «hallucinogène»). Ce breuvage est le produit de la longue cuisson de deux plantes, l’ayahuasca qui donne le mareacion, le vertige, le mal de mer, et la chacruna qui donne la vision (absorbées séparément, ces plantes ne produisent pratiquement aucun effet).

L’un des effets les plus spectaculaires de l’ayahuasca est de provoquer, chez la plupart, le vomissement, d’où son surnom de «purga». Réputé salutaire, le vomissement est, en premier lieu, vu comme un nettoyage du corps gros-matériel. Mais c’est aussi, dans le contexte de la lutte d’influence entre les différents sorciers, une manière de se débarrasser des influences néfastes et des ensorcellements. D’une manière générale, l’on peut constater que le vomissement est directement relié à l’état physique et psychique de la personne. Relié également au contenu des visions. Et l’ingestion du breuvage se faisant à jeun, il est surprenant de constater qu’on vomit souvent bien plus que ce qu’on a pu ingurgiter…

«Ayahuasca» est aussi le mot employé pour désigner une pratique, ou même un ensemble de pratiques complexes, hautement codifiées, pratiques d’apprentissage, de divination et de guérison, au cœur desquelles on retrouve le concept de «dieta», la diète. Les préceptes de la dieta varient quelque peu d’un «curandero» (soigneur) à un autre. Mais, pour l’essentiel, cela consiste en un régime alimentaire sobre fait de riz, plantain, manioc et poisson, sans sucre, ni sel ou autres condiments; il faut aussi pratiquer l’abstinence sexuelle, ne pas avoir de contacts avec l’autre sexe, ou avec tout individu n’observant pas la dieta au même moment; il faut, enfin, avaler une «plante-maîtresse».

L’objet de la dieta est justement de recevoir les enseignements d’une plante-maîtresse, de même que la protection de la dite plante, et d’apprendre les icaros (chants psalmodiés par les chamanes lors de la cérémonie de l’ayahuasca) qui vont avec. L’on reçoit ces enseignements en rêve ou au cours d’une vision, rarement du maestro. Les périodes de dieta varient de deux semaines à … six ans.

Les curanderos sont parfois appelés vegetalistas, en ce sens qu’ils utilisent les plantes non seulement pour en fabriquer des médicaments, mais aussi pour acquérir un savoir. Mis à part l’ayahuasca, l’on a donc une véritable «université» où chacune des plantes-maîtresses dispense un enseignement particulier. Même si la plupart de ces plantes provoquent des effets physiques et psychiques notables, la majorité ne sont pas à proprement parler «hallucinogènes».

Enfin, pour beaucoup, l’Ayahuasca est un esprit, un guide, un professeur, une entité.

Il est difficile de traduire en mots ce qu’on ressent durant une séance d’ayahuasca, de «comprendre» ou de «savoir» ce qui se passe. Lorsque les scientifiques identifièrent l’alcaloïde qu’ils croyaient responsable des visions, ils l’appelèrent «télépathine». Il s’agit, en fait, d’une sensation non équivoque de participation à la réalité. Quelque chose comme une absence de doute face au senti: le senti est la réalité. En comparaison, notre «monde normal» se caractérise par une impression d’exclusion, dans laquelle le senti et la réalité sont perçus comme deux choses distinctes (dualisme).

L’on pourrait dire que cette école – car cela en est une – est pour les autodidactes. Mais, en fait, le mot «autodidacte» traduit mal l’expérience, car, selon les curanderos, le professeur, c’est avant tout la plante elle-même.

La science va-t-elle re-découvrir les êtres de la Nature?

Avoir une plante comme professeur, surtout lorsque la plante elle-même parle, voilà qui n’est pas banal! Les plantes auraient-elles une âme?

En ce cas, de quoi serait faite cette âme?

Les Indiens qui racontent cela, du fait des effets de l’ayahuasca sur leur psychisme, ne serait-il pas en train de complètement délirer?

Mais alors, d’où vient leur incroyable connaissance des plantes?

Après son expérience avec l’ayahuasca, Jeremy Narby observe, en effet, que les Indiens d’Amazonie maîtrisent l’utilisation des plantes d’une manière incroyablement précise.

Et cela l’interpelle fortement, car voilà des primitifs ignorants qui, à ce sujet, en savent bien plus que lui, l’universitaire occidental!

Comment cela est-il possible?

L’exemple de l’étonnant curare

L’exemple du curare est très frappant. Il y a plusieurs millénaires, les chasseurs amazoniens avaient développé ce paralysant musculaire pour répondre à un besoin précis: il leur fallait une substance qui tue sans empoisonner la viande et fasse lâcher prise aux animaux vivant dans les arbres. Par exemple, bon nombre de singes atteints par une flèche non traitée, avant de s’affaisser, enroulent leur queue autour d’une branche et meurent hors de portée de l’archer.

Le curare constitue aujourd’hui un très important adjuvant de la chirurgie tout à fait moderne et scientifique. Dans les années 1940, les scientifiques se sont, en effet, rendu compte que ce «poison de sarbacane» pouvait grandement faciliter les opérations de l’abdomen et des organes vitaux: le curare interrompt la transmission des impulsions nerveuses, provoquant la relaxation complète de tous les muscles, y compris ceux de la respiration. Les chimistes ont alors synthétisé des dérivés de la mixture végétale en modifiant légèrement la structure moléculaire de l’un de ses ingrédients actifs. Actuellement, les anesthésistes qui « curarisent » leurs patients emploient exclusivement des produits synthétiques.

Comme déjà vu, d’après Jeremy Narby, «74% des remèdes ou des drogues d’origine végétale utilisées dans la pharmacopée moderne ont été découverts en premier lieu par les sociétés “traditionnelles”». La plupart du temps, les scientifiques rechignent à reconnaître que des Indiens «vivant à l’âge de la pierre» aient pu développer quoi que ce soit: ils affirment que c’est par hasard que ces cultures «primitives» seraient tombées sur des molécules toutes faites par la Nature.

Le «dieu hasard» est décidément très fort!

Pourtant, dans le cas de ce paralysant musculaire, cet argument paraît peu probable. D’une part, il existe à travers l’immensité du bassin amazonien une quarantaine de genres de curare élaborés à partir de quelque soixante-dix espèces végétales différentes. D’autre part, lorsqu’on examine les techniques de sa préparation, il devient évident qu’il n’y a pas beaucoup de place pour le hasard. Par exemple, pour fabriquer le genre de curare utilisé par la médecine occidentale, il est nécessaire de combiner plusieurs plantes et de les cuire dans l’eau pendant soixante-douze heures, tout en évitant de respirer les vapeurs parfumées, mais mortelles, que la mixture dégage. De plus, le produit final, qui se présente sous la forme d’une pâte concentrée, n’est actif que par voie sous-cutanée. Si on l’avale ou si on l’étale sur sa peau, par exemple, il est anodin.

Comment des chasseurs de la forêt tropicale, soucieux de préserver, avant tout, la qualité de la viande, ont-ils pu imaginer une solution intra-veineuse? Lorsque l’on questionne ces peuples sur l’invention de cette substance, ils répondent quasi invariablement que son origine est céleste, de sorte qu’elle est devenue mythique. Ainsi, les Tukanos de l’Amazonie colombienne disent que c’est le Créateur de l’Univers Lui-même qui a inventé le curare, et qui le leur a donné. Invariablement, les Indiens affirment que ce sont les plantes elle-mêmes qui leur indiquent où prendre ce dont ils ont besoin et comment le préparer.

Visions chamaniques

Sornettes et sottes croyances que tout cela… Le chercheur Jeremy Narby met ces questions au placard et, en bon rationaliste, rend alors ses travaux sans mentionner ses constatations. Ce n’est que près de sept ans plus tard, après le «Sommet de la Terre» de Rio de Janeiro en 1992,  que le déclic viendra pour lui:

«C’est à Rio que je me suis rendu compte de la profondeur du dilemme posé par le savoir hallucinatoire indigène. D’un côté, ses résultats sont confirmés empiriquement et sont utilisés par l’industrie pharmaceutique. De l’autre, son origine ne peut même pas être discutée scientifiquement, puisqu’elle contredit les axiomes de la connaissance occidentale.».

Au-delà de l’interrogation strictement logique et intellectuelle, Jeremy Narby a probablement été motivé par son amitié pour les Ashaninca ou d’autres peuples autochtones qu’il a alors côtoyés. Par exemple, dans son livre, il narre ses fréquentes conversations avec Carlos, un chamane, qui était très certainement aussi son ami. Jeremy Narby se voit obligé d’admettre que les êtres humains indigènes qu’il rencontre ne sont pas tous des imbéciles. Pourtant ils affirment, de très logique et naturelle manière, qu’ils conversent avec les «esprits»  des plantes et de la Nature…

(En fait – voir plus loin -, les plantes ont – si l’on veut – une «âme» mais pas réellement d’«esprit». Les «âmes» des plantes sont, en fait, des «entités» du genre «entéallique», donc des «entéaux».)

Le chercheur Jeremy Narby décide alors de résoudre ce paradoxe: comment la découverte en grandes quantités de molécules peut-elle être expliquée par des principes qui contredisent les fondements mêmes de la science? Il se consacre alors à une lecture systématique des données ethnologiques disponibles sur les expériences chamaniques à travers toute la planète. Au terme de plusieurs mois de cogitations acharnées, les pièces du puzzle s’emboîtent enfin: Tous les témoignages chamaniques décrivent le principe essentiel de la vie comme un double serpent enroulé, une échelle de corde ou un escalier tournant.

Jeremy Narby finit par faire le rapprochement avec … la description scientifique de l’ADN, principe commun à toute forme de vie selon notre science. En observant des peintures figuratives des «visions» chamaniques, il reconnaît (des photographies dans son livre en témoignent) certains composants de la vie cellulaire décrits par la biologie moléculaire actuelle (tels les ribosomes) ainsi que la représentation de phases de division de l’ADN et sa duplication.

L’A.D.N.

Qu’est-ce que l’ADN?

L’ADN, ou Acide Désoxyribo-Nucléique, est présent dans tout organisme vivant. Il contient, sous forme de chromosomes et de gènes, l’ensemble des caractères héréditaires, et permet donc aux cellules de chaque organisme vivant de se reproduire, de se structurer et de fonctionner. La structure moléculaire de l’ADN a la forme caractéristique d’une échelle en spirale.

Bien sûr, face à cela, l’on peut préférer croire que Jeremy Narby est un «illuminé farfelu». S’en tenir à ce jugement permet de tranquillement continuer à railler les stupides croyances obscurantistes des sociétés «primitives» et de perpétuer le «développement» d’un monde technocratique, en apparence « très rationnel », mais à l’origine de tout aussi rationnels destructions massives et saccages planétaires…

Mais l’on peut aussi agréer ce que dit le livre au sujet des étonnantes conjonctions existant entre deux modes de savoir fondamentalement aux antipodes l’un de l’autre, de sorte que s’impose la maxime:

«Tout compte fait, la Sagesse exige non seulement l’investigation de nombreuses choses, mais aussi la contemplation du Mystère.».

«Le Serpent cosmique – l’ADN et les origines du savoir», de Jeremy Narby, dans la collection «Terra Magna», chez Georg éditeur S.A. (Adresse: 46, Chemin de la Mousse CH 1225 Genève), publié en 1995.

Le Serpent cosmique

Texte paru dans Le Temps stratégique No 73, de Décembre 1996.

Extrait du site: http://www.archipress.org/narby/serpent.htm

Se pourrait-il que, au cours de leurs visions, les chamanes d’Amazonie entendent parler les plantes et voient la double hélice (le double serpent) de l’ADN, cette molécule de base, commune à tous les êtres vivants, et accèdent ainsi aux plus intimes secrets de la Nature?

Il existe une relation entre les serpents entrelacés que perçoivent les chamanes amazoniens dans leurs visions, et la double hélice de l’ADN aujourd’hui familière aux biologistes moléculaires.

Jeremy Narby raconte son histoire:

(Les commentaires sont de l’auteur du présent article)

Jérémie Narby

Jérémie Narby

«Les choses avaient commencé onze ans plus tôt. Je venais d’arriver à Quirishari, dans la vallée du Pichis, en Amazonie péruvienne, dans l’intention d’étudier la manière dont les Indiens Ashaninca utilisent leurs ressources naturelles, une recherche de terrain qui devait durer deux ans et me conduire à un doctorat en anthropologie de l’Université de Stanford.

Pour me familiariser avec la vie des habitants du village, je me mis à les accompagner dans leurs activités, en forêt notamment. Au cours de ces balades sylvestres, je leur posais souvent des questions sur les plantes que nous rencontrions. Je me rendis compte très tôt qu’ils maîtrisaient un savoir botanique littéralement encyclopédique. Ils savaient tout des plantes qui accélèrent la cicatrisation, guérissent la diarrhée, soignent le mal de dos, neutralisent le venin de tel ou tel serpent. Chaque fois que l’occasion s’en présentait, j’essayais moi-même ces remèdes, vérifiant empiriquement que ce que mes consultants indigènes disaient était exact. Inévitablement, j’en vins à leur demander comment ils avaient appris ce qu’ils savaient.

Ils me répondirent, d’une manière qui me parut fort énigmatique, que leur savoir leur venait des plantes elles-mêmes, que les chamanes, après avoir bu une mixture hallucinogène, parlaient, au sein de leurs visions, avec les essences animées ou « esprits » des plantes, qui sont les mêmes pour tous les êtres vivants, et en obtenaient de l’information. »

Nous avons donc ici, très clairement décrit, le processus permettant à des êtres humains devenus incapables de voir avec d’autres yeux que les yeux gros-matériels et d’entendre avec d’autres oreilles que les oreilles gros-matérielles, de voir avec leurs yeux gros-matériels fins et d’entendre avec leurs oreilles gros-matérielles fines.

Il faut juste bien comprendre ce qu’il en est des « esprits » des plantes, car une plante n’est pas un être humain!

«Ils ajoutaient que la Nature est intelligente et parle un langage visuel, non seulement au travers d’hallucinations et de rêves, mais aussi de signes concrets quotidiens.

C’est ainsi, par exemple, disaient-ils, que la plante qui à la base de ses feuilles possède deux crochets blancs similaires à ceux du serpent « fer-de-lance », guérit de la morsure de ce dernier.

«Regarde la forme», me disaient-ils, «c’est le signe que la Nature nous donne». Comme si une même «intelligence» animait le buisson et le reptile.»

La Loi Universelle d’Attraction du Genre Semblable est, bien sûr, ici au travail!

«Il va sans dire que je me refusais à prendre leurs déclarations au pied de la lettre. J’avais une formation universitaire et m’estimais capable de distinguer ce qui est réel de ce qui ne l’est pas. Ces Indiens des forêts pouvaient me dire tout ce qu’ils voulaient, ils ne réussiraient pas à me convaincre qu’ils avaient appris la botanique en dialoguant, au cours de leurs hallucinations, avec je ne sais quelle intelligence cachée dans la nature. D’ailleurs, il ne pouvait y avoir aucune information vérifiable dans les hallucinations: après tout, confondre hallucinations et réalité s’appelle psychose…»

Les habituels préjugés {du dominé} de l’intellect sont ici bien mis en évidence…

«En outre, mes recherches de doctorat sur l’utilisation que les Ashaninca font de leurs ressources naturelles n’étaient pas neutres. à cette époque en effet, c’était au début des années 1980, de grands organismes internationaux comme la Banque Mondiale rêvaient de « développer » l’Amazonie péruvienne à coups de centaines de millions de dollars. A cette fin, ils tentaient d’obtenir que les territoires des collectivités indigènes de la région soient juridiquement attribués à des colons individuels, venant de la partie non-amazonienne du pays, animés d’une mentalité de « marché », dans l’espoir qu’ils se mettraient alors à « développer la jungle », c’est-à-dire à la déboiser pour la transformer en pâturages pour le bétail. Une expropriation justifiée, affirmaient-ils, puisque les Indiens sont incapables d’utiliser rationnellement leurs ressources naturelles. Je voulais, à travers mes recherches, démontrer le contraire et avais donc le sentiment qu’en mettant en exergue l’origine prétendument hallucinatoire du savoir écologique des Ashaninca, j’affaiblirais mon argument.

Un soir, pourtant, après quatre mois de terrain, alors que je discutais avec quelques Indiens devant la maison en buvant de la bière de manioc, que je faisais l’éloge de leur savoir botanique et leur posais une fois de plus la question : « Mais comment avez-vous appris tout cela? », Ruperto me répondit:

– «Vous savez, frère Jeremy, si vous voulez vraiment le comprendre, vous devez boire de l’ayahuasca» – une mixture hallucinogène, qu’il compara à une «télévision de la forêt», ajoutant:

– «Si vous voulez, je peux vous montrer ça, à l’occasion».

La curiosité me poussa à accepter, d’autant plus volontiers d’ailleurs que Ruperto avait suivi une formation complète d’ayahuasquero et semblait connaître son sujet.

Une nuit, plusieurs semaines plus tard, nous nous sommes donc retrouvés pour boire à quelques-uns de l’ayahuasca, assis sur la plate-forme d’une maison tranquille. L’expérience qui s’ensuivit ébranla ma vision de la réalité.»

 
Peinture de Pablo Amaringo

«J’avalai le liquide amer, et, presque aussitôt, fus pris de nausées. Ruperto se mit alors à chanter des mélodies d’une saisissante beauté [Il s’agit des fameux «icaros»]. Des images commencèrent à inonder ma tête. Je me retrouvai entouré d’énormes serpents, aux couleurs vives et fluorescentes. J’étais terrifié. Les serpents, qui paraissaient plus vrais que nature, m’expliquèrent sans mots que je n’étais qu’un être humain. Je me rendis compte qu’ils disaient profondément vrai, et que ma compréhension habituelle et rationnelle de la réalité avait des limites – à preuve l’incapacité dans laquelle je me trouvais de saisir ce que mes yeux étaient en train de voir. Je m’étais toujours considéré capable de tout comprendre, mais, là, tout à coup, l’arrogance de cette prétention me submergea. Puis, je me mis à vomir des couleurs et quittai mon corps pour voler au-dessus de la Terre. Je vis également des images défiler à une vitesse ahurissante, par exemple les nervures d’une main humaine alternant avec les nervures d’une feuille végétale. Les visions défilaient sans relâche, je ne pouvais les retenir toutes. Peu après minuit, elles s’estompèrent, et je m’endormis.

Le lendemain, j’eus, pour la première fois de ma vie, le sentiment d’appartenir intégralement à la Nature. J’allai me promener au bord de la rivière. La végétation scintillait au Soleil. Je regardai les veines de ma main et vis qu’elles étaient aussi belles que celles d’une feuille.

L’expérience était troublante, parce qu’elle confirmait les dires des Ashaninca, à savoir qu’il est possible d’apprendre des choses dans la sphère hallucinatoire des ayahuasqueros. Et puis, qui étaient ces serpents qui semblaient si bien connaître les êtres humains?

J’étais jeune alors et craignis que mes collègues ne me prennent point au sérieux. Je renonçai donc à creuser la question et évitai soigneusement de la mentionner dans mes recherches. Fin 1986, je regagnai la Suisse pour rédiger ma thèse; deux ans plus tard, j’obtenais le titre de docteur en anthropologie.

En 1989, je commençai à travailler pour Nouvelle Planète, une organisation non-gouvernementale qui s’efforce d’aider les populations locales sur le terrain. Je me mis à sillonner le bassin amazonien afin d’enregistrer les projets d’organisations indigènes anxieuses de démarquer et de titulariser leurs territoires, et à parcourir l’Europe afin de récolter des fonds pour les y aider. Ce travail m’occupa à plein pendant quatre années. J’étais heureux que ma formation d’anthropologue puisse être utile à ceux qui m’avaient servi de sujets d’étude. Je donnais des conférences pour expliquer qu’il est écologiquement sensé de démarquer les territoires des peuples indigènes de la forêt amazonienne, et que leurs techniques agricoles, fondées sur la polyculture et le déboisement de petites surfaces, sont parfaitement rationnelles.

Mais plus je discourais, et plus j’étais conscient de taire certaines choses, en particulier que les Indiens affirment tenir leur savoir botanique d’hallucinations provoquées par l’ingestion d’une décoction de plantes.

En Juin 1992, j’assistai au Sommet de la Terre de Rio. Les gouvernements participant à cette méga-conférence sur le développement et l’environnement manifestèrent formellement leur intention de prendre en considération les peuples indigènes et leurs connaissances spécifiques. Subitement, tout le monde s’était en effet mis à parler du savoir écologique des peuples indigènes – sans que personne d’ailleurs ne mentionne jamais l’origine éventuellement hallucinatoire de ce savoir. Je me sentis donc le devoir de reprendre cette question qui, me dis-je, ne manquerait pas de surgir si, un jour, le dialogue avec les peuples indigènes se nouait vraiment. Et puis j’avais, je l’avoue, une autre motivation, personnelle: je voulais éclaircir la question de l’identité des serpents aperçus dans mes hallucinations, à Quirishari, sept ans plus tôt.

Je me lançai sur la piste du serpent, de manière tout à fait délibérée, cette fois-ci.

Douze mois après la conférence de Rio, je décidai même de mener une enquête suffisamment approfondie sur l’énigme du savoir hallucinatoire amazonien pour en tirer la matière d’un livre, que j’intitulai provisoirement «Hallucinations écologiques». Le directeur de l’organisation qui m’emploie me donna son accord, ajoutant même:

– «Prends ton temps.»

J’étais prêt à entamer mes recherches.

Mais par devais-je commencer?

Ma réaction instinctive eût été de retourner en Amazonie péruvienne, pour y vivre, quelque temps encore, avec des ayahuasqueros. Mais ma vie avait changé. Je n’étais plus un jeune anthropologue sans attache, mais un père de famille avec deux enfants en bas âge. Mon enquête allait donc devoir se centrer autour de mon bureau villageois en Suisse et de la bibliothèque universitaire la plus proche.

Je commençai par me plonger dans la littérature anthropologique sur le chamanisme. Je lus pendant des mois et pris des centaines de pages de notes catégorisées. Ce travail me fit apparaître qu’à travers l’immensité de l’Amazonie occidentale, des dizaines de peuples indigènes utilisent l’ayahuasca et affirment qu’il est la source de leur savoir botanique. Les anthropologues ont souvent signalé leurs propos, mais n’y ont jamais vu cependant que des métaphores, tant ils étaient convaincus que les Indiens ne pouvaient avoir acquis leur savoir botanique que par expérimentation aléatoire.

Or, il suffit de considérer les recettes de certaines mixtures indigènes, le curare par exemple, pour se rendre compte que pareille explication est insuffisante. L’on sait que ce poison, d’origine amazonienne, a révolutionné la médecine moderne, du jour où, dans les années 1940, les scientifiques ont découvert qu’il paralyse tous les muscles, y compris ceux de la respiration, et facilite donc grandement la chirurgie des organes vitaux. Il existe dans le bassin amazonien quarante sortes de curare, élaborés à partir de quelque soixante-dix espèces végétales différentes. Pour fabriquer le curare qu’utilise la médecine moderne, il faut combiner plusieurs plantes et les cuire dans de l’eau pendant soixante-douze heures, en évitant de respirer les vapeurs parfumées mais mortelles qu’elles dégagent. Le produit de cette cuisson est une pâte concentrée, active seulement par voie sous-cutanée : si on l’avale ou si on l’étale sur la peau, ses effets sont anodins. Il est difficile de comprendre comment quelqu’un aurait pu tomber sur une recette aussi compliquée en expérimentant au hasard – surtout si l’on considère qu’il existe dans la forêt amazonienne au moins 80.000 espèces différentes de plantes.

Après avoir examiné de façon relativement détaillée les données ethnographiques, botaniques et neurologiques, j’en vins à considérer la possibilité que les chamans amazoniens accèdent réellement à de l’information dans leurs hallucinations. S’il en était ainsi, me dis-je, l’énigme du savoir hallucinatoire se réduit à une seule question : l’information qu’ils acquièrent vient-elle de l’intérieur du cerveau (comme la science le dit des hallucinations) ou vient-elle du monde extérieur, du monde des plantes (comme ils le disent eux-mêmes) ?

De l’intérieur ou de l’extérieur? Telle était la question.

Le premier jour de Printemps où il fit Soleil, je pris congé et partis me promener dans une réserve naturelle. En marchant, je réfléchissais à cette question devenue obsessionnelle: De l’intérieur ou de l’extérieur? Tout à coup, il me vint à l’esprit que les deux possibilités étaient peut-être vraies en même temps; que l’information pouvait venir à la fois de l’intérieur de la tête et du monde extérieur des plantes. Je ne voyais pas encore ce que cette idée pouvait bien signifier, mais elle me plaisait, car elle conciliait deux points de vue apparemment divergents.

Le lendemain, de retour dans mon bureau, je me mis à parcourir mes notes de lecture. Je venais de lire sans discontinuer pendant six mois, et il ne me restait plus qu’à classer mes notes pour pouvoir commencer à écrire mon livre. Avant de m’atteler à ce travail systématique, je décidai cependant de consacrer une journée entière à feuilleter librement les piles de papier que j’avais amassées au cours de l’Automne et de l’Hiver.

J’examinai mes notes sur les expériences personnelles que certains anthropologues ont faites avec de l’ayahuasca, et relus, pour le plaisir, le texte complet du premier compte-rendu du genre, celui de Michael Harner.

Harner raconte l’expérience qu’il a vécue, en 1961, chez les Indiens Conibo de l’Amazonie péruvienne. Lorsqu’il eut ingéré de l’ayahuasca, des créatures reptiliennes géantes surgirent dans son cerveau et lui montrèrent comment elles avaient créé la vie sur Terre, insistant sur le fait qu’une telle information était réservée aux mourants et aux morts. Harner vit alors des espèces de dragons arriver du cosmos et créer la vie en se cachant sous des formes multiples. «J’appris», écrit-il, «que les créatures-dragons résidaient à l’intérieur de toutes les formes de vie, homme y compris». Par un astérisque, Harner renvoie alors le lecteur à une note au bas de la page (qui, étrangement, n’apparaît pas dans la traduction française originale, mais a été intégrée dans le texte publié dans ce numéro du «Temps stratégique»), qui affirme ceci: «Je dirais, en rétrospective, que [les créatures] étaient presque comme de l’ADN. Mais en ce temps-là, en 1961, je ne savais rien de l’ADN.».

Je marquai une pause. Il y a effectivement de l’ADN à l’intérieur du cerveau humain, ainsi que dans le monde extérieur des plantes, puisque la molécule de la vie

Brin d'ADN

Brin d’ADN

qui contient l’information génétique est la même pour toutes les espèces. L’ADN peut donc être considéré comme une source d’information à la fois externe et interne – précisément ce que je cherchais à imaginer la veille, en déambulant dans la forêt.

Brin d’ADN

Harner ne fait aucune autre mention de l’ADN dans son texte. En revanche, quelques pages plus loin, il note que « dragon » et « serpent » sont synonymes, ce qui me fit penser que la double hélice ressemblait, par sa forme, à deux serpents entrelacés.

C’est ainsi que je suis tombé sur l’idée qu’il existe un lien entre l’ADN et le savoir hallucinatoire.

Au début, je ne prenais pas vraiment cette idée au sérieux. Après tout, il semblait hautement improbable que des Indiens consommateurs de drogue et vivant dans des forêts profondes aient pu communiquer dans leurs hallucinations avec l’ADN. Mais aucune autre explication concernant le savoir chamanique ne me paraissait satisfaisante. Si les ayahuasqueros accédaient réellement à de l’information botanique, d’où provenait-elle? L’hypothèse de l’ADN présentait au moins l’avantage de répondre à la question.

Les jours suivants, je classai l’ensemble de mes notes et repérai plusieurs autres cas où des serpents cosmiques sont associés à la création de la vie. Mais je n’étais pas plus avancé pour autant.

A l’époque où je séjournais à Quirishari, je savais déjà que la croyance animiste selon laquelle tous les êtres vivants sont, précisément, animés par les mêmes essences avait été corroborée en 1953 par la découverte de la structure de l’ADN. J’avais appris au collège, en classe de biologie, que la molécule de la vie est la même pour toutes les espèces et que l’information génétique nécessaire à l’élaboration d’une rose, d’une bactérie ou d’un être humain est codée dans un langage universel à quatre lettres, A, C, G et T, qui désignent quatre composés chimiques formant la double hélice de l’ADN. La correspondance entre l’ADN et les essences animées perçues par les chamans n’était pas donc pas nouvelle pour moi. Le classement de mes notes ne me révéla aucune autre correspondance intéressante.

Avant de commencer à rédiger mon livre, je tins néanmoins à vérifier en bibliothèque une dernière piste. Dans plusieurs mythes de création où j’avais trouvé des serpents cosmiques, j’avais également trouvé des jumeaux – peut-être était-ce là une correspondance avec la double hélice. Je fouillai quelques livres sur la mythologie et découvris avec surprise que le thème des jumeaux était très répandu dans les mythes de création, non seulement en Amérique du Sud, mais dans le monde entier. Ainsi, le serpent à plumes des Aztèques, Quetzalcóatl, qui symbolise l’énergie vitale sacrée, est-il un enfant jumeau du serpent cosmique Coatlicue – en aztèque, le mot coatl ayant le double sens de « serpent » et de « jumeau ».

Comment se faisait-il que les Aztèques parlaient également d’un serpent double, d’origine cosmique, et symbole de l’énergie vitale?»

Notons ici que ce double serpent est en relation avec la «Koundalinî», c’est-à-dire la force sexuelle du corps, laquelle est ce que la matière grossière peut produire de plus fin et de plus rayonnant.

La force sexuelle, se manifestant de façon doublement hélicoïdale et montant et descendant depuis la base de la colonne vertébrale jusque au-dessus de la tête et inversement est destinée à faire la liaison entre la matière et l’esprit, l’esprit et la  matière. C’est «La Force du Serpent».

«Je quittai la bibliothèque et rentrai à la maison. J’avais besoin de réfléchir. Que signifiait donc tout cela? Je partis à nouveau me promener en forêt, afin de mettre de l’ordre dans mes idées. Après avoir récapitulé les éléments que j’avais en main, je me rendis compte que j’étais dans une impasse. Ruminant sur ce blocage, je songeai tout à coup au conseil que m’avaient prodigué les Ashaninca: «Regarde la forme», m’avaient-ils dit. Le matin même, à la bibliothèque, j’avais consulté plusieurs encyclopédies à propos de l’ADN, et noté que sa forme y était le plus souvent décrite comme une échelle, ou une échelle de corde torsadée, ou un escalier en colimaçon. Le déclic eut lieu dans le quart de seconde suivante: «LES ÉCHELLES! Les échelles des chamanes «symboles de la profession» (selon Métraux), présentes dans les thèmes chamaniques du monde entier (selon Eliade)!».

Echelle de Jacob

Echelle de Jacob

«Je revins précipitamment à mon bureau et entrepris de parcourir rapidement les livres de Mircea Eliade, en particulier «Le chamanisme et les techniques archaïques de l’extase» (1951). Selon Eliade, il existe «d’innombrables exemples» d’échelles chamaniques sur les cinq continents: ici des «échelles tournantes», là des «escaliers» ou des «cordes tressée », impliquant nécessairement une communication entre le Ciel et la Terre. Eliade cite également l’Ancien Testament, où l’on voit Jacob rêver une échelle dont le sommet atteint le Ciel, par laquelle  les Anges du Seigneur montent et descendent».

«Eliade mentionne aussi des serpents cosmiques, en Australie cette fois.

Les correspondances que je commençais à percevoir dépassaient de loin la portée de mon enquête. Mais je ne pouvais plus m’arrêter. Je saisis les quatre tomes de l’œuvre de Joseph Campbell consacrée à la mythologie mondiale pour voir s’il mentionnait d’autres serpents cosmiques. L’un des premiers dessins que j’aperçus en ouvrant le volume intitulé Mythologie occidentale était un sceau mésopotamien datant de 2200 av. J.-C. environ, montrant le Dieu Serpent sous forme humaine avec son symbole caducée: deux serpents entrelacés en une double hélice.

Feuilletant fiévreusement le livre de Campbell, je trouvai des serpents torsadés dans la plupart des images représentant une scène sacrée. Grâce à l’index je

Adam & Eve et le Serpent

Adam & Eve et le Serpent

découvris qu’il y a des serpents cosmiques créateurs de vie non seulement en Amazonie, au Mexique et en Australie – mais à Sumer, en Égypte, en Perse, dans le Pacifique, chez les Hindous, en Crète, en Grèce et en Scandinavie. Campbell écrit à propos de ce symbolisme omniprésent: «Partout où la Nature est vénérée comme étant animée en elle-même, et donc divine de façon inhérente, le Serpent est révéré comme son symbole».

«Je consultai aussitôt le Dictionnaire des Symboles, à la rubrique « Serpent » et lus:

«Il joue des sexes comme de tous les contraires; il est femelle et mâle aussi, jumeau en lui-même, comme tant de grands Dieux créateurs qui sont toujours, dans leur représentation première, des serpents cosmiques. […] Le serpent visible n’apparaît donc que comme une brève incarnation d’un Grand Serpent Invisible, causal et a-temporel, maître du principe vital et de toutes les Forces de la Nature. C’est un vieux Dieu premier que nous retrouverons au départ de toutes les cosmogénèses, avant que les Religions de l’Esprit ne le détrônent.».

Serpent et Adam & Eve

Serpent et Adam & Eve

«Face à l’énormité de ce que je croyais être en train de découvrir, ma tête se mit à tourner. Il apparaissait, en effet, que, partout dans le monde, les chamanes utilisent certaines techniques pour réduire leur conscience au niveau moléculaire et accéder ainsi à la connaissance du Serpent/Principe Vital, alias ADN. Depuis des mois, les indices de cette découverte se trouvaient à portée de ma main, dans ma propre bibliothèque, mais je n’avais pas su les voir. D’ailleurs, personne ne semblait les avoir remarqués. Ni Eliade, ni Campbell ne mentionnent l’ADN. Est-ce parce que le savoir occidental sépare les choses pour les comprendre: d’un côté la mythologie, de l’autre la biologie, et laisse entre deux s’étendre un no man’s land?».

 

En fait, l’ADN nous apparaît lui-même comme une expression de la Force sexuelle dans la cellule…

«Il était plus de 20 heures. Je n’avais rien mangé. Je sortis une bière du frigo et posai un disque de violon sur la platine. Puis, je me mis à arpenter le bureau en réfléchissant à haute voix. Au bout de quelques minutes, je me rendis compte que je pourrais peut-être tester mon hypothèse selon laquelle les chamanes voient de l’information moléculaire, en examinant les peintures de Pablo Amaringo, un ayahuasquero péruvien doué d’une mémoire photographique, qui peint ses hallucinations de façon hyperréaliste.»

Fécondée par un Anconda

Fécondée par un Anconda


« Pregnant by an Anaconda », peinture de Pablo Amaringo (détail)

«Ces toiles sont reproduites dans un beau livre intitulé, en traduction littérale, «Visions d’Ayahuasca: l’iconographie religieuse d’un chamane péruvien». Je les avais souvent admirées, frappé par leur ressemblance avec mes propres visions hallucinatoires. Mais cette fois-ci, en ouvrant le livre, je restai bouche bée. Il y avait non seulement des escaliers en zigzag, des lianes entrelacées ou des serpents torsadés dans presque chaque image, mais aussi des doubles hélices, comme celle-ci:

 

Peinture Pablo Amaringo

Peinture Pablo Amaringo

C’était ahurissant. Il y avait là, au beau milieu d’une imagerie chamanique réputée, des doubles hélices, mais personne ne semblait avoir remarqué leurs liens possibles avec la biologie moléculaire. Une correspondance aussi manifeste devait sûrement avoir déjà été remarquée, me dis-je. Et si tel n’était pas le cas, je n’étais sûrement pas la personne digne de la découvrir. Avais-je entrevu là quelque chose que j’étais censé ne pas voir? Je me rappelai que les dragons de Michael Harner l’avaient averti qu’ils lui donnaient une information réservée aux mourants et aux morts.

Subitement, une peur irrationnelle m’envahit, et je sentis le besoin urgent de partager mes idées avec quelqu’un. Je téléphonai à un vieil ami et me mis à lui débiter les correspondances que j’avais trouvées au cours de la journée: les jumeaux, les serpents cosmiques, les échelles d’Eliade, les doubles hélices de Campbell et celles d’Amaringo. Mon ami écouta patiemment, puis me suggéra de tout noter.

Je suivis son conseil. Alors que je jetais sur le papier tout ce que je venais de découvrir sur le langage de l’ADN, je me souvins du premier verset du premier chapitre de saint Jean: «Au début était le Logos» – le Mot, le Verbe, le Langage.».

En fait, c’est la Création tout entière qui est le Langage du Seigneur!

«Cette nuit-là, j’eus de la peine à m’endormir.

Au cours des semaines qui suivirent, je fus obsédé par les serpents et par l’ADN, et me mis à voir des échelles partout: dans les parquets, dans les carrelages, dans les fenêtres à carreaux, dans les rayons des bibliothèques, dans les escaliers, dans les clôtures, dans les barrières, dans les ponts, dans les antennes, dans les pylônes électriques, dans les rails de chemin de fer, dans les claviers de piano et les frettes de guitare. Il m’apparaissait que le motif de la vie se cachait non seulement dans les feuilles et les arbres, mais dans nos symboles et nos artefacts. Mais chaque fois que j’essayais d’en parler aux gens autour de moi, en leur montrant par exemple le motif d’échelle formé par les fenêtres de la pièce où nous nous trouvions, ils regardaient d’un air incertain, comme s’ils ne voyaient pas.

Je continuai à lire des ouvrages de mythologie et de biologie moléculaire. Chaque jour apportait un nouveau lot de correspondances. J’émergeais de longues séances dans mon bureau en déclamant des phrases comme: «La duplication d’une double hélice d’ADN donne deux doubles hélices qui sont des copies exactes l’une de l’autre, c’est-à-dire des jumelles, et les peuples indigènes associent les jumeaux à la création de la vie depuis des millénaires». Ou: «Francis Crick, le co-découvreur de la structure de l’ADN, dit que les formes de vie les plus simples sont d’une telle complexité qu’elles n’ont pu émerger sur Terre par pur hasard. C’est pourquoi il suggère que la vie à base d’ADN est d’origine extra-terrestre – tout comme les peuples indigènes affirment que le serpent est d’origine cosmique.».

Ma femme écoutait avec inquiétude ces fragments de savoir réarrangés; ils lui semblaient relever davantage de la folie que d’un bricolage inspiré.

Mais dans ma folie il y avait de la méthode. Alors que le regard rationnel tend à séparer les choses pour les comprendre, je cherchais au contraire à appliquer à la réalité une vision stéréoscopique, en lisant en parallèle des livres sur le chamanisme et sur la biologie moléculaire. Et ça marchait! Plus j’avançais, et plus je voyais clair et riche. Seul ennui, cette démarche ouvrit les vannes à des correspondances étranges ou extravagantes, dont le déluge m’emporta.

Je ne citerai que quelques exemples.

Les taoïstes chinois représentent le Yin et le Yang, Principe vital d’origine cosmique, par l’enroulement de deux formes serpentines et complémentaires:

Yin & Yang

Yin & Yang

Le Tai Chi, principe ultime de toute chose

Selon le biologiste moléculaire Christopher Wills, « les deux chaînes d’ADN ressemblent à deux serpents enroulés autour d’eux-mêmes dans une sorte de rituel amoureux ». En effet, l’ADN est une seule molécule constituée de deux chaînes complémentaires. C’est parce qu’il est à la fois simple et double qu’il peut être dupliqué:
  

Dans les traditions mythologiques, bon nombre des serpents cosmiques sont figurés comme étant à la fois simples et doubles. Voici, par exemple, le serpent cosmique des anciens Égyptiens:

Serpent Cosmique

Serpent Cosmique

Les serpents mythiques sont souvent énormes. La tête du monstre-serpent Typhon (mythologie grecque) touche les étoiles; le poisson-oiseau du taoïste Chuang-Tsu mesure «je ne sais combien de milliers de stades»; certaines représentations africaines du serpent Ouroboros le montrent faisant le tour de la terre. Mais l’ADN des cellules humaines n’est pas en reste. L’ADN d’une seule cellule aurait, si on le déroulait, deux mètres de long, soit un fil qui serait un milliard de fois plus long que large – comme si, toutes proportions gardées, votre petit doigt s’étendait de Paris à Los Angeles. Si l’on pouvait attacher tous les fils d’ADN d’un corps humain les uns aux autres, ils formerait un filament de deux cent milliards de kilomètres de long – l’équivalent de soixante-dix allers et retours entre Saturne et le Soleil.

Sur la piste du serpent, il est facile de se perdre.

Je m’y suis donc perdu, tel un astronaute hypnotisé par ce qu’il découvre à travers son hublot. Une dizaine de semaines plus tard, cependant, ma femme réussit à me convaincre qu’il était temps de redescendre et de rapporter aux autres ce que j’avais vu.

Pour revenir sur Terre, j’entrepris d’étudier la biologie moléculaire de la même manière que j’avais étudié le chamanisme: en lisant beaucoup et en prenant des notes catégorisées. Par ailleurs, je résolus qu’après tant d’années d’incrédulité systématique, j’allais prendre les chamanes au mot. Je me mis donc à explorer la biologie moléculaire avec le rationalisme comme véhicule et le chamanisme comme boussole.

Les chamanes amazoniens affirment que certaines plantes psycho-actives [contenant des molécules agissant sur le cerveau humain] influencent les esprits de façon précise. Ils disent, par exemple, que «le tabac donne aux esprits un « appétit quasi insatiable » pour leur « feu »».

Je partis à la recherche d’une connexion analogue entre la nicotine et l’ADN d’une cellule nerveuse du cerveau humain, et trouvai que lorsqu’une molécule de nicotine s’insère dans le récepteur nicotinique d’une cellule cérébrale, elle provoque un influx d’atomes électriquement chargés qui incitent l’ADN à construire d’autres récepteurs nicotiniques. Donnez de la nicotine à l’ADN de votre cerveau, et il en redemande, aussi insatiable de tabac que le sont les esprits

La preuve est ainsi apportée que le tabagisme est un penchant qui effleure la vie intuitive; c’est la raison pour laquelle il subsiste après la mort!

«Il me fallut plusieurs semaines pour trouver, puis comprendre, les différents fragments de savoir scientifique concernant les récepteurs neurologiques et la stimulation de l’ADN par la nicotine. Mais au bout du compte, je me trouvai avec, en mains, une traduction des notions chamaniques en concepts scientifiques actuels, qui les rendait compréhensibles et démontrait leur pertinence.

Je passai une année à explorer la biologie moléculaire. Il me serait difficile de dire ici tous les points où elle recoupe le chamanisme: ces deux domaines de connaissance, qui semblaient séparés jusqu’à présent, s’emboîtent à de multiples niveaux. J’ai essayé d’en faire la démonstration détaillée dans un livre, «Le serpent cosmique, l’ADN et les origines du savoir».

Peu après que j’eus fini de rédiger cet ouvrage, en Juillet 1995, je fis le voyage du Pérou pour discuter des conséquences éventuelles de mes hypothèses avec les représentants de plusieurs organisations indigènes. Si elles étaient vérifiées, en effet, cela signifierait que les peuples indigènes disposent, à travers les visions de leurs chamanes, d’un savoir bio-moléculaire d’une valeur inestimable.

La première fois que j’en parlai aux étudiants indigènes de l’École pour l’éducation bilingue et interculturelle d’Iquitos, un seul d’entre eux, du fond de la salle, prit la parole: «Vous avez finalement compris, me dit-il, que ce que nous disons est vrai. Mais si vos collègues scientifiques prennent notre savoir au sérieux, qui nous garantit qu’ils agiront de manière éthique? La façon dont ils se sont comportés jusqu’à présent ne nous rassure guère, d’autant que travailler avec les esprits sans éthique est suicidaire.».

Je lui répondis que la question était bonne, mais qu’ils allaient devoir y réfléchir eux-mêmes.

C’est, en effet, l’une des choses que j’ai découvertes au cours de cette enquête: que nous soyons biologistes moléculaires, Indiens d’Amazonie ou anthropologues, nous avons tous tellement à apprendre, et d’abord les uns des autres.

Dix mois plus tard, je retournai à nouveau à Iquitos. Le motocarro me déposa devant le dortoir des étudiants indigènes qui m’avaient invité à faire un nouvel exposé. Je me dirigeai vers la salle de réunion, où quelque quatre-vingts jeunes hommes et jeunes femmes étaient en train de s’asseoir sur des bancs alignés devant un tableau noir. C’était un vendredi soir, la nuit était moite, les étudiants me semblaient un peu distraits.

Pour animer l’assistance, je lui demandai d’emblée si elle avait des questions. Après un long silence, quelqu’un lança: «Nous aimerions savoir si vous avez pu tester les hypothèses que vous nous avez présentées ici l’an passé».

Promettant de ne point éluder la question, je commençai par évoquer devant les étudiants l’histoire de la vie sur Terre telle que la science la présente aujourd’hui, depuis la naissance de notre planète sous la forme d’une boule de magma, jusqu’à l’apparition à sa surface, il y a quatre milliards d’années, de la vie évolutive: des bactéries qui se sont transformées peu à peu en plantes, en poissons, en amphibiens, en reptiles, en dinosaures, en mammifères, et enfin en singes et en hominidés. Je leur dis que le cerveau des hominidés avait triplé de volume au cours des derniers quatre millions d’années: de ce que l’on sait de l’histoire de la biologie, jamais un autre organe ne s’est développé de façon aussi spectaculaire. Je leur parlai de fossiles, des techniques de datation au carbone 14, je leur expliquai que la science elle-même est un phénomène récent: la biologie n’a que deux cent ans, la technique du carbone 14 a moins de soixante ans, et le rôle de l’ADN est compris depuis moins d’un demi-siècle.

Je leur dis que la biologie est née par opposition à la religion et se fonde sur l’idée qu’il n’y a dans la Nature aucune intelligence ni aucun plan. Je leur montrai des dizaines de pages de publicité de compagnies pharmaceutiques, arrachées dans des numéros récents de la revue Nature, couvertes de doubles hélices et autres références à l’ADN. Dans le monde matérialiste où je vis, leur dis-je, la biologie est un business. Elle considère les deux serpents entrelacés comme un simple produit chimique, un vulgaire «acide désoxyribonucléique». Elle ne peut admettre que l’ADN soit animée par une conscience, sauf à contredire les présupposés fondateurs de la discipline. Jacques Monod dit que l’on ne peut envisager que la Nature ait un but, «fût-ce provisoirement ou dans un domaine limité», à moins de sortir du domaine même de la science.

Bref, leur dis-je, il faudrait, pour que mes hypothèses puissent être testées, que des biologistes moléculaires institutionnellement respectés trouvent de l’information bio-moléculaire dans les hallucinations des ayahuasqueros – mais comme ces biologistes institutionnels ne peuvent admettre d’y trouver une telle information, mes hypothèses ne peuvent pour l’instant être testées!

Cette fois-ci, les questions fusèrent. Par exemple: «Docteur, est-ce que vous pensez que dans dix mille ans nos têtes seront beaucoup plus grandes qu’aujourd’hui?». Je répondis que je n’en savais rien, mais que tout était possible. Jusqu’à ce qu’une dernière question surgisse du fond de la salle: «Est-ce que vous êtes en train de nous dire que les scientifiques nous rattrapent? – Oui, répondis-je, exactement».

Sur la piste du serpent, on finit par s’apercevoir que souvent les choses sont à l’envers, ou sens dessus dessous, ou les deux à la fois.

Extrait du livre «Le Serpent Cosmique» de Jeremy Narby:

«Voici un fait que j’appris au cours de mes lectures: nous ne savons pas comment fonctionne notre système visuel. Lorsque vous lisez ces mots, vous ne voyez pas réellement l’encre, le papier, vos mains et le décor qui vous entoure, mais plutôt une image interne à trois dimensions qui les restitue presque parfaitement et qui est construite par votre cerveau. Cette page émet des photons, qui viennent frapper la rétine de vos yeux, qui les transforment en information électrochimique, que les nerfs optiques relayent au cortex visuel situé à l’arrière de la tête.

Là, tout un ballet de cellules nerveuses réagit à ces données, qu’elles traitent par catégories séparées (forme, couleur, mouvement, profondeur, etc.). Comment le cerveau fait pour refondre en une image cohérente cet ensemble d’informations préalablement catégorisées demeure un mystère plus ou moins total.

Ce qui veut aussi dire que le siège neurologique de la conscience reste totalement inconnu. […]

D’un bout à l’autre du matériel fourni dans les volumes de ce travail consacré à la mythologie primitive, orientale et occidentale, les mythes et les rites relatifs aux serpents apparaissent fréquemment, et avec une signification symbolique remarquablement consistante. Partout où la Nature est vénérée comme étant animée en elle-même, et donc divine de façon inhérente, le serpent est révéré comme son symbole. […] Héraclite d’Éphèse disait de l’oracle pythien (du grec puthôn, serpent), qu’il “ne parle pas, ne dissimule pas, mais donne un signe”. […]

Comme l’axis mundi des traditions chamaniques, l’ADN possède la forme d’une échelle torsadée (ou d’une vigne…). Et, selon mon hypothèse, l’ADN devrait être, comme l’axis mundi, la source du savoir et des visions chamaniques. Cependant, pour en être sûr, il me fallait comprendre comment il pouvait transmettre de l’information visuelle. Or, je savais que l’ADN émettait des photons, c’est-à-dire des ondes électromagnétiques, et j’avais encore en tête les paroles de Carlos Perez Shuma, qui avait précisément comparé les esprits à des “ondes radio” («une fois que tu allume la radio, tu peux les capter. La même chose pour les âmes, avec l’ayahuasca et le tabac, tu peux les voir et les entendre»). Je me mis ainsi à parcourir la littérature sur les photons d’origine biologique, ou “biophotons”.

Au début des années 1980, des chercheurs démontrèrent, grâce à la mise au point de techniques de mesures sophistiquées, que les cellules de tous les êtres vivants émettaient des photons à un taux allant jusqu’à une centaine d’unités par seconde et par centimètre carré de surface de tissu. Ils montrèrent également que l’ADN était la source de ces émissions.

Au cours de mes lectures, je découvris avec stupeur que la longueur d’onde à laquelle l’ADN émettait ces photons correspondait exactement à la bande étroite de la lumière visible : “Sa distribution spectrale varie au moins de l’infrarouge (à environ 900 nanomètres) à l’ultraviolet (jusqu’à environ 200 nanomètres)”.

La piste était sérieuse, mais je ne savais pas dans quelle direction la suivre. Je n’avais aucune preuve que la lumière émise par l’ADN était celle que les chamanes voyaient dans leurs visions; de plus, il y avait un aspect fondamental de cette émission de photons que je ne saisissais pas: selon les chercheurs, sa faiblesse était telle qu’elle correspondait ”à l’intensité d’une bougie située à une dizaine de kilomètres”, mais, en même temps, elle exhibait “un degré étonnamment élevé de cohérence, comparable à celle d’un laser”. […] »

[Suite dans le livre de Jeremy Narby…]

Le Serpent Cosmique de Jérémy Narby

Le Serpent Cosmique de Jérémy Narby

«Le Serpent cosmique»
Couverture de l’ouvrage de Jeremy Narby

Au sujet des serpents

Extrait du Livre «Zoroastre»:

«Les oiseaux appartiennent à Vayn, les poissons, les serpents et les grenouilles à la gracieuse Anahita.»

Saadi s’approcha doucement et aperçut un petit serpent gris-vert portant sur sa fine tête une couronne en Or. Il se prélassait au Soleil et levait sa tête gracile, faisant ainsi briller sa petite couronne.

Saadi eut beaucoup de mal à retenir un cri de Joie. Et sur le sol, il entendit un bruissement; un second serpent, un peu plus grand que le premier, portant lui aussi une petite couronne, s’avança et se glissa gracieusement sur la pierre. L’ondine s’était approchée à la nage et regardait les yeux brillant ce ravissant tableau.

Les serpents semblaient s’entretenir ; ce faisant, leurs corps brillants s’enroulaient et se déroulaient. Et subitement, sans aucun motif extérieur, ils partirent dans différentes directions.

Alors Saadi laissa éclater sa Joie. Il remercia l’ondine de lui avoir montré cette Merveille. Puis il voulut savoir pourquoi les serpents avaient le droit de porter une couronne.

– «Pourquoi les hommes portent-ils des couronnes?», dit en riant l’ondine.

– «Parce que ce sont des Princes!», répondit rapidement Saadi.

– «Est-ce que les deux serpents sont-ils aussi des princes?»

– «Ils sont roi et reine. Ahuramazda leur a donné plus qu’aux autres serpents. C’est pourquoi ils doivent aussi être des exemples pour les autres. Ils le font fidèlement. Chez les animaux, il n’y a pas de princes égoïstes et avides.»

Extrait du Livre «Verwehte Zeit erwacht II » [3]:

– «Oh, mais qu’est-ce que c’est?», demanda Nahomé.

D’un petit palmier descendait un Serpent d’Argent, véritable merveille d’orfèvrerie.

– «Est-ce qu’il existe des animaux de cette sorte?»

–  Oui, au Pays d’où Je viens, il y a beaucoup de serpents. Mais ils n’ont jamais fait de mal ni aux êtres humains ni aux bêtes. Ils se contentent d’être beaux.»

La présence de plusieurs entéaux dans une même plante

Lors des apparitions d’«esprits végétaux» (qui sont, en fait, des entéaux des plantes) l’on peut voir des particularités  intrinsèques à la nature des plantes. C’est le cas des êtres entéalliques associés, faisant, comme pour les âmes animales, ressortir la notion d’âmegroupe.

Il semble, en effet, parfois, que les chamanes reconnaissent, pour une seule et même plante, la présence de nombreux entéaux. Pour certaines d’entre elles, il est possible de dénombrer ainsi des entéaux des racines, des entéaux des feuilles et d’autres pour les écorces, etc… Ces êtres sont, le plus souvent, d’apparence humaine, souvent décrits comme de petits enfants ou des êtres minuscules. Ce sont les elfes et les lutins, bien connus du  folklore européen.

Ces nombreux petits entéaux perçus, avec ou sans ayahuasca, lors de leurs visions, par les chamanes, pourraient, d’un point de vue « scientifique », être considérés comme des perceptions personnalisées de la diversité génétique de chaque plante.

Pour comprendre ce point de vue, il suffit de se débarrasser des préjugés anthropocentriques, qui empêchent de percevoir la plante autrement que sous l’aspect d’une individualité. Car il est important de comprendre que la notion d’individu ne s’applique pas, avec la même rigueur que pour les animaux, aux plantes. Les plantes sont, à la fois, une(s) et potentiellement multiples.

En effet, si l’on découpe une plante en plusieurs morceaux, il sera possible, dans de bonnes conditions, d’obtenir, à partir des racines ou des branches, de nouvelles plantes; c’est le bouturage et le marcottage bien connus des horticulteurs et des jardiniers, mêmes amateurs.

L’on peut voir la même chose, au niveau animal inférieur, lorsque, avec une bêche, l’on découpe involontairement un ver de terre ou une néréis des sables pour en faire deux!

Il serait donc plus opportun de se représenter la plante comme un ensemble de nombreuses plantes potentielles, plutôt qu’un être unique individuel.

Mais, d’un point de vue terrestre, c’est la génétique qui corrobore le mieux cette vision des végétaux. En effet, le génome des plantes tend à montrer que, rigoureusement considéré, les plantes ne sont pas des êtres individuels.

Tout d’abord, la diversité génétique au sein de la plante peut se manifester, chez certaines plantes, par un nombre de gènes allant de 12 à 200 gènes. Il est possible à une plante de posséder des différences génétiques, montrant des gènes de formes différentes, en fonction de la répartition de ceux-ci dans la structure végétale. C’est ainsi qu’il a été montré que  des arbres  de la forêt équatoriale de Guyane possédaient des génomes différents au sein de leurs frondaisons.

La diversité génétique au sein des grands arbres de la forêt est très grande. Cela tend à montrer que ces grands arbres peuvent être comparés à des colonies d’entéaux végétaux, correspondants à des génomes différents.

Un autre élément plaidant en la faveur de la nature d’âme-groupe des plantes sont les réitérats. Selon le concept de la réitération les rejets d’un arbre sont à considérer comme des arbres plus jeunes poussant sur des plus vieux, stipulant que les arbres devraient être reconnus comme des architectures d’entités végétales croissant les unes sur les autres, tout comme une colonie d’insectes.

Partant de là, il serait plus juste de considérer les plantes sous l’aspect de colonie, de sous-unités autonomes constituées par l’ensemble des réitérats.

Or c’est bien une telle vision des plantes que l’on perçoit sous l’effet de l’Ayahuasca. Pour se faire une idée plus précise de cette réalité, l’ouvrage «Ayahuasca vision» de Pablo Amaringo et Luis Eduardo Luna, montre des plantes anthropomorphes avec de multiples visages.

L’on n’a donc pas toujours l’équation: 1 plante = 1 âme, mais, pour les grandes plantes, c’est souvent: 1 plante = de nombreuses «âmelettes», constituant ensemble une «âme-groupe» [«Gruppenseele»].

Ajoutons encore à cela – ce que la science ni même les chamanes ne semblent encore avoir reconnu – que les fleurs abritent des elfes féminins, tandis que les arbres abritent des elfes masculins

Cela aussi confirme la diversité des entéaux sur une même plante, car si un grand entéal masculin peut correspondre à un grand arbre ses nombreuses fleurs pourront abriter de nombreux petits entéaux féminins

Cet Univers des âmes-groupes, d’une grande complexité, attend encore d’être précisément décrit, en partant d’En Haut…, de sorte que la science humaine, partant d’en bas arrive, au milieu, à faire la connexion…

L’évolution du Germe d’Esprit humain

Après le compte-rendu de ces expériences amazoniennes et cette tentative d’appréhension du phénomène en partant d’en bas, considérons, maintenant, en partant d’en haut, la chose d’un point de vue non plus naturel – ni même «scientifique» mais, cette fois, «carrément» spirituel.

Et considérons notre course en tant que Germe d’Esprit humain à travers la Création:

Nous les êtres humains de la Terre, nous sommes, en fait, des germes d’esprits incarnés en cours d’évolution dans la matière grossière.

Le germe d’esprit humain est, tout d’abord, inconscient, mais il doit devenir conscient de lui-même. Sinon, à quoi bon vivre? Pour cela, il a besoin d’une évolution. Cette évolution se passe dans les plans inférieurs à celui du Spirituel, en allant jusqu’au plus bas, dans la matière la plus grossière, agissant sur lui comme la terre qui l’entoure agit sur un grain de blé.

Notre But est donc de progressivement devenir conscients de nous-mêmes vers l’état d’esprit humain accompli. Pour cela, nous nous entourons d’enveloppes, adaptées aux environnements correspondants, incluant la matière la plus grossière, dans laquelle nous séjournons présentement.

Si nous observons bien, nous pouvons voir que notre processus d’évolution se manifeste tout à fait nettement en direction de l’extérieur.

Ceci est donc la réponse à la question de Jeremy Narby: «Vers l’intérieur ou vers l’extérieur?».

Pour mieux comprendre cela, nous avons seulement besoin d’observer certaines races humaines, qui, aujourd’hui encore, se trouvent sur la surface de notre planète, la Terre.

Les peuples dits primitifs

Nous pouvons y voir des peuples considérés comme étant «des plus primitifs», parmi lesquels se trouvent même des peuples dits «sauvages». Le germe d’esprit individuel de chaque être humain de ces peuples n’est pourtant pas depuis moins longtemps dans la matière grossière que ceux d’autres êtres humains appartenant à des peuples considérés comme évolués, mais si ces êtres humains sont tels qu’ils le sont, c’est seulement parce qu’ils ne se sont pas maintenus dans le Processus normal de l’évolution spirituelle.

Il existe aussi une autre possibilité: Après une ascension spirituelle préalable déjà effectuée dans l’en deçà gros-matériel ou dans l’au-delà fin-matériel, ils ont, de nouveau, tellement régressé qu’ils n’ont pu être incarnés que où ils se trouvent.

Donc, ils ont soit stagné soit rétrogradé.

Il s’agit donc là de peuples se tenant, sur l’échelle de l’évolution spirituelle, bien plus bas que les «Indiens» d’Amazonie.

Ces êtres humains faussement considérés comme «primitifs» sont donc, de par leur propre fait, soit encore, soit de nouveau, à un bas niveau d’évolution (insistons bien sur le fait que l’on ne parle ici que d’évolution spirituelle, ce qui n’a que peu à voir avec le développement technique ou l’érudition), les faisant, à tort, passer pour des «primitifs», c’est-à-dire des êtres qui ne seraient qu’au commencement de leur évolution spirituelle.

Au stade où nous en sommes, cela ne peut plus exister, sur la Terre, depuis bien longtemps…

Ce que voient eux-mêmes les voyants des peuples dits «sauvages» de leur entourage extragros-matériel correspond donc à ce qu’ils sont eux-mêmes intérieurement.

Si l’on veut comprendre ce que peuvent voir des êtres humains «primitifs» dotés du Don de la Clairvoyance il faut, tout d’abord, être bien conscient du fait que l’on ne peut {perce}voir, dans l’Au-delà, que ce qui se trouve au même niveau que soi-même ou bien alors juste au-dessus.

Cela consiste à tendre à s’élever au-dessus de soi-même…

«Et quand Tu seras arrivé au Sommet de la Montagne… continue à monter!»

Les Principes de Base régissant la Clairvoyance

Cette possibilité de voir ou pressentir uniquement  le degré se trouvant juste au-dessus de son propre degré découle d’une Loi de la Création, appelée la Loi de l’Ascension.

Selon cette Loi, l’on peut toujours voir le barreau immédiatement supérieur de l’échelle de l’Ascension Spirituelle, mais pas plus haut!

C’est pour cela que des âmes se tenant plus bas, parce que, par paresse spirituelle, elles se sont laissé aller ou n’ont pas fait l’effort de s’élever, ne peuvent, par clairvoyance, pressentir ou voir que, de façon correspondante à la Loi d’Attraction du Genre Semblable, des «entités» existant sur les bas plans de l’Au-delà.

Des médiums ou des clairvoyants, il y en a, en effet, parmi toutes les races, quel que soit le degré auquel elles sont parvenues.

Cela est voulu par l’Omnisagesse Divine, car c’est ainsi que chaque race peut s’élever du degré qu’elle a déjà atteint jusqu’au suivant se trouvant juste au-dessus d’elle.

Telle est la véritable raison d’être de la Clairvoyance et de la Médialité, lesquelles ne sont pas des Facultés destinées à tous mais seulement à certains en fonction du Service qu’ils doivent rendre à l’humanité.

Un être humain devant spirituellement guider un peuple peut donc s’appuyer sur les {voyances des} Clairvoyants de son peuple pour pouvoir ainsi lui montrer le Chemin.

Les clairvoyants doivent donc, à des moments bien déterminés, être des portails ouverts en vue de l’évolution ultérieure du peuple considéré.

Ils sont ainsi comme des échelons pour l’échelle de l’ascension spirituelle, devant être parcourue par chaque peuple et chaque être humain individuel.

La Vision des clairvoyants voyant tout en bas

Les voyants des peuples ou races humaines qui ne peuvent réellement voir qu’au niveau le plus inférieur, ne voient que ce qui se trouve le plus en bas, c’est-à-dire les démons. Les démons sont les formes prises par le vouloir d’intuition des êtres humains.

Chez ces peuples n’existe, de façon prédominante, que la crainte et l’adoration des démons. Car c’est tout ce que les voyants de tels peuples sont capables de voir ou de pressentir.

En fait, ils ne vénèrent donc – ce que, bien sûr, ils ignorent! – que des «entités» «créées» – ou, plutôt formées – par eux-mêmes!

Chez eux, l’esprit, demeuré en friche ou bien rabougri, est, bien évidemment, encore ou bien de nouveau, aveugle et sourd. De tels êtres humains ne sont pas capables de «voir» avec l’œil spirituel.

Du reste, aucun être humain, se trouvant, aujourd’hui, sur la Terre, n’est encore capable de voir avec ses yeux spirituels!

Celui qui se trouve encore tout en bas de l’échelle ne peut, bien évidemment, pas, non plus, voir avec l’œil entéallique (permettant de voir les êtres entéalliques de la Nature ou «entéaux»), pas plus qu’avec l’œil fin-matériel (permettant de voir les âmes désincarnées), mais, au contraire, exclusivement avec l’œil gros-matériel (permettant de voir la matière grossière).

Exemple de clairvoyance au niveau le plus bas

Considérons, par exemple, les Bochimans [4] et les Hottentots [5].

Ils vivent dans des contrées sauvages, dans la jungle des forêts primaires ou bien dans la savane. De ce fait, ils sont confrontés à l’adversité d’autres êtres humains «sauvages» comme eux, des animaux, eux, réellement sauvages et ils doivent aussi affronter les éléments de la Nature sauvage, elle aussi. Le résultat en est que leurs yeux gros-matériels (donc ceux de leur corps physique terrestre) se sont de plus en plus aiguisés; la conséquence en est que, peu à peu, ils en arrivent à pouvoir distinguer la matière grossière plus fine et même la matière grossière la plus fine.

Il s’agit là de deux genres appartenant toujours à la matière grossière mais ordinairement non visibles des yeux terrestres. Beaucoup de voyants désignent ces deux genres ne faisant pas encore partie du réel Au-delà par le «Monde astral». En réalité, l’on peut dire, si l’on emploie cette désignation, que cela recouvre l’Astral inférieur (matière grossière moyenne) et l’Astral supérieur (matière grossière fine).

Ils peuvent donc voir le Monde astral où se trouvent les formes-pensées, oui, mais toujours avec l’œil gros-matériel terrestre!

Ainsi, perçoivent-ils, tout d’abord, les fantômes. Les fantômes ne sont même pas encore des démons (lesquels ne se trouvent que dans la matière fine), mais ce sont des figures uniquement formées par les pensées de crainte ou de peur ressenties par eux-mêmes et aussi entretenues par elles.

Ces fantômes, sans aucune vie propre, sont complètement dépendants des pensées des êtres humains. Ils sont attirés ou repoussés par elles. Ici, encore une fois, agit la loi de la Force d’attraction du Genre Semblable. La crainte attire constamment ces figures nées des pensées de crainte ou de peur, de sorte qu’elles fondent littéralement sur les êtres humains craintifs.

Les démons nés de la peur

Lorsque la peur est encore plus profondément ressentie, elle provient alors de l’intuition des êtres humains et donne naissance à de véritables démons.

Lorsque l’on connaît ce fait, l’on n’est pas étonné des expériences réellement vécues par certains êtres humains consommant de l’ayahuasca ou d’autres substances dites «psycho-actives». Ils sont, du fait que leur âme n’est plus protégée par leur corps gros-matériel, tout simplement la proie de leurs propres démons et/ou fantômes, étroitement connectés à ceux des autres.

Ce qu’ils ne savent pas c’est que, dans de tels environnements, rien n’est réel, en ce sens que rien n’est réellement vivant, qu’euxmêmes! Une âme animale, pourtant largement encore inconsciente (un animal peut parvenir à la conscience de son entourage, mais ne sera jamais conscient de lui-même), est bien plus vivante que de tels démons nés des émotions négatives des expérimentateurs.

Et si un expérimentateur d’une telle substance s’imagine pouvoir porter un jugement objectif au sujet des expériences procurées par l’ingestion de tels «psychotropes» il se trompe largement, car, le plus souvent, le jugement qu’il portera ne concernera que sa propre vie intérieure; c’est elle qu’il jugera et non le phénomène en soi, qu’il est impossible de véritablement appréhender de l’extérieur.

Etant donné que les démons et les fantômes sont reliés à leurs auteurs, donc les êtres humains fortement craintifs ou peureux, par des fils de nutrition extensibles, chaque poltron entre ainsi, constamment, indirectement en liaison, aussi, avec la masse des craintifs et des angoissés, reçoit de ceux-ci un nouvel afflux, qui ne fait que multiplier encore sa propre crainte et sa propre angoisse, et, pour finir, peut même le pousser jusqu’au désespoir, et même, encore plus, jusqu’à la folie.

C’est pourquoi personne ne doit être poussé vers de telles expériences, car chacun ne conserve sa protection que pour autant qu’il reste tranquillement dans son corps gros-matériel, sous l’emprise terrestre

L’intrépidité, en revanche – donc le Courage – repousse de tels démons et fantômes, de façon toute naturelle. C’est pourquoi l’intrépide a, comme c’est bien connu, toujours l’avantage de son côté. «La fortune sourit aux audacieux», dit fort justement le proverbe.

Pour mieux comprendre ce que sont les démons, le récit d’une expérience vécue peut s’avérer utile. Dans le livre «Lao-Tsé» il est raconté comment Lao-Tsé avait reçu la Mission d’affronter et de vaincre les démons, lesquels occupent, encore aujourd’hui, une grande importance dans la culture et la tradition chinoise.

Le combat contre les démons

Voici, en tant que jeune homme appelé «Li-Erl», sa première expérience avec un démon:

«Les yeux grands ouverts, Li-Erl contemplait le tableau qui s’offrait à ses yeux. L’autre serviteur était couché par terre et un monstre d’un aspect répugnant était agenouillé sur lui. Velu et hirsute, il rappelait une bête sauvage et ses yeux injectés de sang y contribuaient également. Cependant, les mouvements et l’habillement étaient entièrement humains. En ricanant, le monstre leva le regard.

Puisque nul trait du visage de Li-Erl ne bougeait, le démon perdit de l’assurance. De nouveau, il lança un regard rapide sur le jeune homme, mais il détourna aussitôt son regard. Ce faisant, il sembla au jeune homme que le démon diminuait. à aucun moment, la peur ne le saisit.  Un désir de savoir ardent le pénétrait et l’obligeait à ne pas quitter des yeux cette apparition toute nouvelle pour lui.

Il avait appris que des démons existaient. Il en avait souvent entendu parler, mais n’en avait encore jamais vus.

Il voulut lui parler et le sommer d’abandonner le serviteur terriblement apeuré. Mais, à sa propre surprise, il ne put prononcer un seul mot. Il lui sembla que quelqu’un l’empêchait d’intervenir activement.  Il fut contraint de regarder inlassablement.

Maintenant, cela devenait évident : plus ses yeux perçants et scrutateurs fixaient le monstre, plus ses contours se faisaient vagues. Il semblait diminuer de plus en plus. Les yeux ardents s’éteignirent. Les bras armés de griffes rétrécirent et lâchèrent ainsi la victime. Et l’apparition entière s’était subitement évanouie! Encore transi d’horreur, le serviteur couché à terre se releva.

Li-Erl s’apprêta à partir, profondément absorbé par de ce qu’il venait de voir et d’éprouver. Les serviteurs éteignirent le feu et le suivirent. Ils se sentaient plus en sécurité près de lui.

En silence, le jeune homme s’assit en face de son maître qui, lui non plus, ne prononça pas un seul mot. Et pourtant Li-Erl ressentit la compassion la plus fervente de Lié-Tsé à son égard. Une merveilleuse vibration existait entre eux, meilleure que la conversation la plus animée.

Les jours suivants non plus on ne fit pas allusion à l’événement qui avait laissé une si profonde impression sur l’âme de Li-Erl. Plus il y réfléchissait, plus il était certain que son observation intrépide avait eu un effet destructeur sur le démon. S’il venait quelqu’un qui, selon la Prophétie, anéantirait les démons, il aurait à combattre avec des armes spirituelles et non pas avec l’épée et la hache.

Que la Bonté des Dieux envoie bientôt un autre démon sur son chemin, afin que Li-Erl puisse mettre son savoir tout récent à l’épreuve!  Le jeune homme le souhaita à d’innombrables reprises. Puis son désir fut exaucé.

Cette fois, le démon l’affronta personnellement. Alors que, éloigné des autres, il traversait une haute forêt, un monstre habillé en guerrier couvert de peaux, lui barra le chemin en brandissant une pesante massue bardée de fer.

Au premier instant, l’âme du jeune homme fut saisie d’effroi, l’aspect horrible l’avait pris trop au dépourvu. Mais il reprit rapidement contenance. Il recula d’un pas pour s’adosser à un arbre, puis appuya les mains sur son bâton de voyage et fixa l’horrible monstre. Ce faisant, il pensait:

«Tu n’es pas une créature de Dieu. Le Plus-Haut ne peut pas créer de telles figures! D’où sors-tu alors?».

Et le démon hurla à tue-tête:

– «De Ton for intérieur!».

Le fait que le démon réponde à une question non prononcée ne surprit pas Li-Erl. Grâce à sa fréquentation des bons esprits, il en avait l’habitude. Mais le sens de la réponse faillit ébranler son équilibre intérieur.

«Si une chose pareille est sortie de moi, quel aspect dois-je avoir?», pensa-t-il, ahuri.

En même temps, son attention s’était relâchée et le démon en profita pour s’approcher dangereusement.

«Oh, tu crois avoir le jeu plus facile si tu me poses des énigmes sur mon être intérieur», lui répliqua, à haute voix, un Li-Erl réveillé.

Et, sans s’émouvoir, il dirigea ses yeux rayonnants sur l’ennemi.  Et, comme la première fois, la figure diminua lentement jusqu’à sa disparition totale.

Li-Erl fut secoué de frissons. Il avait appris bien des choses. Dans un tel danger, il ne fallait pas un seul instant s’absorber dans des réflexions. Pour vaincre les démons, il fallait être constamment vigilant. Il fut convaincu de renfermer en lui-même la Force de la Victoire. Donc, il ne dépendait que de lui que le monstre puisse représenter un danger pour lui.

Le jeune homme acquit la certitude de tout ceci. Mais autre chose ne cessait de le préoccuper. Le démon avait affirmé être issu de son for intérieur. Cette affirmation pouvait être un pur mensonge destiné à détourner sa Vigilance. Mais le jeune homme avait le sentiment qu’une certaine vérité y était cachée.

«Est-ce là mon for intérieur?», demandait-il, sans arrêt.

Il se creusa la tête à ce sujet des journées entières. Finalement, il résolut de questionner son maître. à cet effet, il lui fallut l’informer de sa double rencontre avec des démons, ce qu’il avait jusqu’alors passé sous silence.

Le vieillard écouta tranquillement. Et lorsque, enfin, Li-Erl lui posa la question concernant l’origine du démon, question qui le touchait si fortement, Lié-Tsé sourit discrètement.

«Le monstre avait raison. Il était le produit de Ton for intérieur.  Tout comme le premier que Tu as vu, il avait été créé par des êtres humains. Là où il était issu de la peur des serviteurs, il avait pris forme dans cette peur et était revenu, intensifié, vers eux. Chez Toi, ce ne fut pas la peur qui fit apparaître le démon. Réfléchis, quelle a pu en être la cause?».

«Mon propre désir!», s’écria Li-Erl, fortement surpris. «Certes, je ne pensais plus à autre chose qu’à rencontrer à nouveau un tel monstre et à éprouver ma force sur lui.».

Puis il retomba dans le silence, car ses pensées se succédaient sans interruption.».

Nul doute que cet épisode de la vie du jeune Li-Erl, alias Lao-Tsé, ne constitue une clef fondamentale pour la bonne compréhension des expériences vécues de ceux qui, au cours de leurs «voyages» sous psychotropes, voient des monstres et des dragons.

À noter que Gautama Bouddha avait aussi, grâce à sa pureté intérieure, le pouvoir de chasser, d’un seul acte intérieur de Confiance en la Lumière, une armée de démons!

Hommes-médecines, sorciers et chamanes

C’est ainsi que, parmi les races dites «primitives», sont apparus les ainsi dénommés hommes-médecine et les sorciers ou magiciens en tous genres. Leurs castes furent fondées par des médiums ou des clairvoyants, car ceux-ci étaient capables d’observer comment de telles figures, considérées par erreur comme des entités personnellement vivantes, des figures qui effrayaient grandement leurs co-êtres humains, pouvaient être chassées ou mises en fuite par divers procédés ou artifices, ou par des incantations destinées à favoriser la concentration ou à susciter le courage.

Même si, vu de l’extérieur, nous n’y comprenons rien ou pas grand chose, lorsque l’on considère le niveau de conscience qui est présentement le leur ou la capacité de compréhension à laquelle ils sont actuellement parvenus, ils font quelque chose de tout à fait naturel et judicieux.

Le problème est juste que lorsque de tels magiciens ou hommes-médecine décèdent et qu’il faut les remplacer, il arrive, bien sûr, que beaucoup de leurs continuateurs n’ont pas, comme leurs devanciers, de réel don médial, ni ne sont, non plus, réellement clairvoyants, mais étant donné qu’à une telle fonction s’attachent, simultanément, influence, prestige et gains variés, ces êtres humains peu scrupuleux s’efforcèrent alors de conserver les avantages inhérents à l’enviable statut.

Ces non-voyants imitèrent alors, tout simplement, les comportements de leurs prédécesseurs, sans en comprendre le réel bien-fondé, et, pour faire bonne mesure, y ajoutèrent même encore quelques simagrées supplémentaires. étant donné qu’ils n’accordaient de valeur qu’à l’apparente satisfaction des autres membres de leurs tribus respectives, ils devinrent ainsi ces fieffés escrocs qui ne cherchent en cela que leur propre avantage, mais qui, au sujet de la réelle signification de ces choses, n’ont eux-mêmes pas le moindre pressentiment.

Tintin au Congo

Tintin au Congo

Dans «Tintin au Congo», lorsque Tintin, après avoir démasqué un tel sorcier imposteur, joue ensuite son rôle à sa place, l’on voit une illustration de cela très nettement!

Il arrive donc que, parmi les races humaines en lesquels se trouvent incarnés des germes d’esprits ayant rétrogradé, nous ne puissions trouver, en premier lieu, que la crainte et l’adoration des démons. C’est tout ce qu’en tant qu’entités non gros-matérielles différentes des êtres humains ils sont capables de voir.

Les clairvoyants voyant un peu plus haut

Lorsque nous considérons, maintenant, les degrés d’évolution se trouvant un tant soit peu plus haut, nous voyons des clairvoyants qui, que ce soit par pure clairvoyance ou – ne serait-ce qu’inconsciemment – par pressentiment – ce qui fait aussi partie de la vision intérieure – sont capables de voir plus loin et donc plus haut. Chez ces êtres plus hautement-évolués, les autres couches d’enveloppes sont transpercées par l’esprit enchâssé, s’éveillant toujours plus, du dedans vers le haut.

Toujours l’évolution va vers l’extérieur.

Ils voient alors déjà des entités plus sympathiques telles que les «bons génies» (formes-pensées lumineuses), ou bien les connaissent par pressentiment, et, de ce fait, perdent, peu à peu, l’habitude d’adorer les démons. Et cela continue ainsi, en allant toujours plus haut. De ce fait, cela devient toujours plus lumineux. L’esprit, lors d’une évolution normale, perce toujours plus, à travers ses enveloppes, et gagne la faculté de reconnaître des entités plus élevées et  donc plus lumineuses.

Les entités en questions sont alors, non plus des démons (expressions du vouloir de l’esprit) ou des fantômes (expression des pensées ou formes-pensées) mais des entéaux, des êtres de la Nature, à commencer par les plus petits, et pour les peuples vivant dans les forêts, les entités des bois, qui sont, bien sûr, dans les forêts primaires, d’une exceptionnelle diversité.

Les grands Entéaux

Mais s’il existe de petits entéaux des forêts et des plantes, il peut alors aussi exister, sur des plans plus élevés, de grands Entéaux. Et c’est pour cela que, plus tard, notamment les Grecs, les Romains, les Germains en virent encore plus. Leur vision intérieure arriva à dépasser le cadre de la matière, jusqu’à atteindre le Plan de l’entéallique lui-même se trouvant encore plus haut. Ils purent, du fait de leur évolution plus poussée, parvenir à voir les grands Guides de l’entéallique et des éléments.

Voir, sentir, entendre les grands Entéaux fut, pour l’évolution de l’époque de ces peuples, le plus haut sommet de ce qu’ils étaient capables d’atteindre. Il est compréhensible que, par la suite, ces peuples aient considéré les puissants Guides des éléments, dans leur activité et leur genre différent du leur, comme étant les plus hauts qui puissent exister et, même si ce fut à tort, ils les considérèrent alors comme des Dieux.

Il est, maintenant, bien connu que des voyants ne rapportent pas leurs visions de façon purement objective, mais le font, au contraire, toujours de façon subjective. Ceci est dû au fait que la vision et l’écoute intérieures des êtres humains, au moment de leur expression, dépendent toujours de leur capacité de formulation et d’expression personnelle au moment de la relation. C’est pour cela que les Grecs, les Romains et les Germains décrivirent, bien sûr, les mêmes guides des éléments et de tout l’Entéallique en fonction des conceptions de leur entourage du moment. À part quelques différences dans les descriptions, il s’agissait pourtant, chez tous ces peuples, des mêmes grands Guides, différemment décrits.

Tout cela nous montre que les différents cultes religieux de l’humanité, dans leur étonnante diversité, ne proviennent absolument pas de la fantaisie, mais reflètent, tout simplement, fidèlement les subdivisions existant dans la vie dans l’au-delà.

C’est ainsi que l’«homme-médecine» d’une tribu pygmée ou le chamane d’une tribu indienne ont leur profonde raison d’être en regard du niveau effectif alors atteint par leur peuple.

Les démons, les entités de la forêt et celles de l’air, et aussi les anciens «Dieux», sont, encore aujourd’hui, exactement les mêmes, ils se tiennent aux mêmes places et ils ont la même activité qu’à l’époque où ils furent, pour la première fois, reconnus par des peuples entiers.

Et, en ce qui concerne les entéaux des plantes, c’est bien cela que nous montrent les expériences chamaniques avec ou sans ayahuasca!

De même, la plus haute Forteresse de ces grands guides de tous les éléments, l’Olympe ou le Walhalla, entourée de l’Ashgard – le Jardin des Dieux -, ne fut jamais une fable, mais, jadis, fut, au contraire, montrée et, par quelques-uns, contemplée dans sa réalité.

La Mythologie – Mot qui signifie spirituellement la «Parole des Dieux» -, qu’elle soit nordique, germanique, grecque ou latine, nous parle encore de cela…

Tout cela correspond au niveau effectivement atteint par certains Peuples ayant eu et ayant encore connaissance des Entéaux, lesquels existent bel et bien, même si nous les avons relégués dans le royaume des contes, fables et légendes…

Encore plus haut!

Bien sûr, le Spirituel – degré normalement atteint, notamment, avec l’arrivée du Christianisme – se tient au-dessus de l’Entéallique, mais comment un «enseignant» n’ayant aucune connaissance de l’Entéallique et des Entéaux peut-il prétendre enseigner à d’autres le Spirituel!?!

Ne serait-ce pas comme quelqu’un voulant déjà enseigner les équations du troisième degré alors qu’il ignorerait tout des tables d’addition, soustraction, multiplication et division?

Vis-à-vis des peuples vivant au-delà des mers, les missionnaires, les prédicateurs et les enseignants, soucieux d’une réelle Ascension des Peuples ayant déjà la connaissance des Entéaux, doivent procéder sans faire de bonds ni laisser de lacunes.

Cela implique qu’ils possèdent déjà eux-mêmes – donc redécouvrent – la connaissance des Entéaux, que, du fait de leur étroit rationalisme dogmatique, ils avaient perdue. Alors seulement ils fonderont leur activité sur la Base du réel Savoir de l’évolution naturelle se manifestant dans toute la Création.

Ce faisant, ils œuvreront sur la Base de la connaissance exacte des lois de la Création exprimant la Volonté divine, en fonction de l’échelle de l’Ascension Spirituelle, et pourront enfin «faire du bon Travail», c’est-à-dire, par leur activité, susciter, dans la conscience des autres peuples, de réels progrès.

De tels progrès consistent à susciter l’émergence non pas de croyants dogmatiques mais d’êtres humains spirituellement libres, capables de, après avoir déjà reconnu les Entéaux, reconnaître aussi, en tant que marche plus élevée, par eux-mêmes, le Spirituel, donc des êtres humains qui soient spirituellement vivants.

Et c’est la même chose pour les scientifiques! Eux aussi doivent reconnaître le réel Savoir entéallique des peuples indigènes, car un tel vivant Savoir se tient déjà, dans la Création, bien plus haut que leur actuel mort savoir purement intellectuel et matérialiste!

Alors seulement, loin de s’opposer, le Savoir spirituel partant d’En Haut et le savoir scientifique partant d’en bas ne feront plus qu’un!

 

Échelle de Jacob

Échelle de Jacob

 

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Notes:

[1] Langue des Incas.

[2] À noter que la ville originelle de Cuzco, au Pérou, capitale traditionnelle de l’Empire Inca, a la forme d’un Jaguar, dont la dentition est formée par la forteresse de Sacsahuaman.

[3] Le Récit d’où est tiré cet extrait est disponible sur Internet.

[4] «Bushmen»: «hommes de la jungle/des bois/de la forêt»; étant donné que ce mot désigne le nom générique d’un peuple précis d’Afrique du Sud, il n’est pas nécessaire de le traduire en français, sinon par «Bochiman{s}» (francisation du nom anglais).

[5] «Hottentott(en)»: «Hottentot(s)»; peuple nomade d’Afrique du Sud et de Namibie parlant une langue à clic.

 

Licorne volante

Licorne volante

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