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Le Mystère de la Circoncision

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Le Signe de l’Alliance

 

La Bible présente la Circoncision comme le Signe de l’Alliance. Pour beaucoup le pourquoi de la Circoncision – de nos jours tombée en presque totale désuétude dans la Chrétienté – demeure un grand Mystère. La Circoncision est pourtant l’un des thèmes les plus structurants de la Bible. Elle correspond au passage d’un rite physique d’appartenance à un Peuple à un Concept spirituel d’Appartenance à Dieu.

Dans la Bible, c’est dans le chapitre VII de la Genèse que Dieu fait Alliance avec Abraham qui, à cette époque, s’appelait encore « Abram ») et, dans le cadre de cette Alliance, lui demande de se circoncire, de circoncire son fils déjà né (Ismaël), de circoncire son fils à naître (Isaac) et d’ériger en Loi la circoncision à l’âge de huit jours de tous les enfants mâles de sa descendance:

« 01 Lorsque Abram eut atteint quatre-vingt-dix-neuf ans, le Seigneur lui apparut et lui dit: «Je suis le Dieu-Puissant; marche en ma présence et sois parfait.

02 J’établirai Mon Alliance entre Moi et Toi, et Je multiplierai Ta descendance à l’infini.».

03 Abram tomba face contre terre et Dieu lui parla ainsi:

04 «Moi, voici l’Alliance que Je fais avec Toi: Tu deviendras le père d’une multitude de nations.

05 Tu ne seras plus appelé du nom d’Abram, Ton nom sera Abraham, car Je fais de Toi le père d’une multitude de nations.

06 Je Te ferai porter des fruits à l’infini, de Toi je ferai des Nations, et des rois sortiront de Toi.

07 J’établirai Mon Alliance entre Moi et Toi, et après Toi avec Ta descendance, de génération en génération; ce sera une Alliance éternelle; ainsi Je serai Ton Dieu et le Dieu de Ta descendance après Toi.

08 À Toi et à Ta descendance après Toi je donnerai le pays où Tu résides, tout le pays de Canaan en propriété perpétuelle, et Je serai leur Dieu.».

09 Dieu dit à Abraham: «Toi, Tu observeras Mon Alliance, Toi et Ta descendance après Toi, de génération en génération.

10 Et voici l’Alliance qui sera observée entre Moi et vous, c’est-à-dire Toi et Ta descendance après Toi: Tous vos enfants mâles seront circoncis.

11 La chair de votre prépuce sera circoncise, et cela deviendra le Signe de l’Alliance entre Moi et vous.*

12 À chaque génération, tous vos enfants mâles âgés de huit jours seront circoncis, les enfants nés dans la maison, ou les enfants étrangers qui ne sont pas de Ta descendance mais sont acquis à prix d’argent.

13 Né dans la maison ou acquis à prix d’argent, tout mâle sera circoncis. Inscrite dans votre chair, Mon Alliance deviendra une Alliance éternelle.

14 L’incirconcis, le mâle dont la chair du prépuce n’aura pas été circoncise, celui-là sera retranché d’entre les siens: il aura rompu Mon Alliance.».

15 Dieu dit encore à Abraham: «Saraï, Ta femme, Tu ne l’appelleras plus du nom de Saraï; désormais son nom est Sara (c’est-à-dire: Princesse).

16 Je la bénirai: D’elle aussi Je Te donnerai un fils; oui, Je la bénirai, elle sera à l’origine de nations, d’elle proviendront les rois de plusieurs peuples.».

17 Abraham tomba face contre terre. Il se mit à rire, car il se disait: «Un homme de cent ans va-t-il avoir un fils, et Sara va-t-elle enfanter à quatre-vingt-dix ans?».

18 Et il dit à Dieu: «Accorde-moi seulement qu’Ismaël vive sous Ton regard!».

19 Mais Dieu reprit: «Oui, vraiment, Ta femme Sara va T’enfanter un fils, Tu lui donneras le nom d’Isaac. J’établirai Mon Alliance avec lui, comme une Alliance éternelle avec sa descendance après lui.

20 Au sujet d’Ismaël, Je T’ai bien entendu: Je le bénis, Je le ferai fructifier et se multiplier à l’infini; il engendrera douze princes, et Je ferai de lui une grande nation.

21 Quant à Mon Alliance, c’est avec Isaac que Je l’établirai, avec l’enfant que Sara va Te donner l’an prochain à pareille époque.».

22 Lorsque Dieu eut fini de parler avec Abraham, Il s’éleva loin de lui.

23 Abraham prit son fils Ismaël, et tout mâle né dans sa maison ou acquis à prix d’argent; il circoncit la chair de leur prépuce, en ce jour même, comme Dieu le lui avait dit.

24 Abraham avait quatre-vingt-dix-neuf ans quand fut circoncise la chair de son prépuce,

25 et Ismaël avait treize ans quand fut circoncise la chair de son prépuce.

26 En ce jour même, Abraham et son fils Ismaël furent circoncis.

27 Tous les hommes de sa maison, nés dans la maison ou acquis d’un étranger à prix d’argent, furent circoncis avec lui.».

Voici maintenant, au sujet de la Circoncision, un tour d’horizon biblique, de la Genèse aux Épîtres de Paul.

L’Ancien Testament: Le Signe de l’Alliance

Dans le texte hébreu, la circoncision (Brit Milah) – faisant partie des 613 Commandements du Judaïsme – est l’acte fondateur de l’identité juive. Comme nous venons de le voir, c’est en Genèse XVII que Dieu ordonne à Abr{ah}am de se circoncire, ainsi que tous les « mâles » de sa maison, à l’âge de 8 jours. C’est le « Signe de l’Alliance » entre Dieu et la descendance d’Abraham. Plus tard, dans le Livre de l’Exode, au chapitre XII, il apparaît que la Circoncision est la condition sine qua non pour pouvoir participer au repas de la Pâque. Aucun incirconcis n’est autorisé à manger l’Agneau Pascal.

La Circoncision du fils de Moïse et de Zippora

Puis, dans Exode IV un passage assez mystérieux raconte que Dieu veut faire mourir Moïse, mais sa femme Zippora sauve la situation en circoncisant leur fils en urgence avec un silex, appelant Moïse son « époux de sang ». Voici les circonstances: Alors qu’il réside au pays de Madian avec son épouse Zippora, Moïse va voir son beau-père Jéthro et lui dit: «Je dois m’en aller et retourner chez mes frères, en Égypte, pour voir s’ils vivent encore.». Jéthro lui dit: «Va en paix.».

« 19 Au pays de Madian, le Seigneur dit à Moïse: «Va, retourne en Égypte, car ils sont morts, tous ceux qui en voulaient à Ta vie.».

20 Moïse prit sa femme et ses fils, les installa sur l’âne et retourna au pays d’Égypte. Il avait pris en main le Bâton de Dieu.

« 24 Or, en cours de route, au campement de nuit, le Seigneur rencontra Moïse et chercha à le faire mourir. 25Zippora, sa femme, prit un silex, coupa le prépuce de son fils, en toucha le sexe de Moïse et dit: «Tu es pour moi un époux de sang.». 26 Alors Dieu s’éloigna de Moïse. Zippora avait parlé d’«époux de sang» à cause des circoncisions. ».

L’épisode est donc raconté de façon très laconique, sans autres explications. Pourquoi le Seigneur voulait-il faire mourir Moïse? Selon toute vraisemblance, parce qu’il avait omis de circoncire son fils, rompant ainsi l’Alliance, ce qui était donc très grave. L’expression « chercha à le faire mourir » laisse « rêveur »… En effet, si Dieu veut qu’un être humain meure, l’on imagine que pour Lui rien n’est plus simple. Cela doit vouloir dire – en langage biblique – que la décision n’était pas encore fermement prise.

L’on peut supposer que Zippora – qui, pourtant, ne fait pas partie du Peuple hébreu – se rend compte que quelque chose ne va pas et que la vie de son époux est menacée. Forcément, en tant qu’épouse de Moïse et mère de ses enfants, elle sait que son époux est circoncis et – si Moïse ne lui a pas déjà expliqué pourquoi – elle l’a, très probablement, elle-même questionné à ce sujet.

Elle connaît donc l’importance de la Circoncision en tant que Signe de l’Alliance, et possiblement elle comprend subitement que le problème est qu’ils n’ont pas fait circoncire leur fils, à l’âge de huit jours, comme ils auraient dû le faire. Bien que cela aurait plutôt été à Moïse de le faire, elle se dépêche de le faire avec un silex, mais pour établir la filiation spirituelle entre Moïse et son fils, elle touche le sexe de son mari avec le prépuce de leur fils.

Josué et le Guilgal

Après la traversée du Jourdain, toute la génération née dans le désert (non circoncise) est circoncise avant d’entrer en Terre Promise pour « rouler loin d’eux l’opprobre de l’Égypte ».

« 02 En ce temps-là, le Seigneur dit à Josué: «Fais-Toi des couteaux de silex et circoncis la deuxième génération des fils d’Israël.»

03 Josué se fit des couteaux de silex et circoncit les fils d’Israël sur la Colline des Prépuces.

04 Voici pourquoi Josué les circoncit: Tout le peuple qui était sorti d’Égypte, les mâles, tous les hommes de guerre, étaient morts dans le désert, en chemin, après leur sortie d’Égypte.

05 Tout le peuple sorti d’Égypte avait été circoncis, mais tout le peuple né dans le désert, en chemin, après leur sortie d’Égypte, n’avait pas été circoncis.

06 Car, pendant quarante ans, les fils d’Israël avaient marché dans le désert, jusqu’à ce que tombent tous les hommes de guerre sortis d’Égypte: Ils n’avaient pas écouté la Voix du Seigneur. Et le Seigneur avait juré de ne pas leur laisser voir la Terre qu’il avait promis à leurs pères de nous donner, une Terre ruisselant de lait et de miel.

07 Leurs fils, il les établit à leur place. Ce sont eux que Josué circoncit: ils étaient en effet incirconcis, puisqu’on ne les avait pas circoncis en chemin.

08 Lorsqu’on eut achevé de circoncire toute la nation, ils restèrent sur place, dans le camp, jusqu’à leur guérison.

09 Et le Seigneur dit à Josué: «Aujourd’hui, J’ai enlevé de vous le déshonneur de l’Égypte.». Et l’on appela ce lieu du nom de Guilgal jusqu’à ce jour.

10 Les fils d’Israël campèrent à Guilgal et célébrèrent la Pâque le quatorzième jour du mois, vers le soir, dans la plaine de Jéricho. ».

Le mot « Guilgal » dérive de la racine hébraïque G-L-L (galal), qui signifie «rouler». Par extension, il désigne souvent un cercle de pierres (un « cromlech »), ce qui suggère que le lieu était peut-être un ancien site sacré marqué par des pierres disposées en cercle.

Les Prophètes – Vers la Circoncision du cœur

Très tôt, les auteurs bibliques comprennent que le rite physique ne suffit pas si l’attitude intérieure ne suit pas. Ainsi dans Deutéronome X, 16 il est possible de lire: « Circoncisez donc votre cœur, et ne roidissez plus votre cou. ». De même le Prophète Jérémie, dans le Livre de Jérémie IV, 4, appelle à ôter « le prépuce du cœur ». La Circoncision devient alors une métaphore de l’Obéissance et de l’ouverture spirituelle. Un « oreille incirconcise » est une oreille qui refuse d’écouter la Parole de Dieu.

Le Nouveau Testament – De la Circoncision au Baptême

Tout d’abord, il convient de remarquer que Jésus Lui-même, au Temple, a été circoncis le huitième jour, conformément à la Loi de Moïse (Luc II, 21) (d’où, dans le cadre du culte des reliques, les innombrables présumés « Saint Prépuce »):

« 21 Quand fut arrivé le huitième jour, celui de la Circoncision, l’Enfant reçut le Nom de Jésus, le Nom que l’Ange Lui avait donné avant sa conception. ».

C’est après l’Ascension de Jésus que le sujet devient une source de tension majeure entre les premiers Chrétiens.

Ainsi lors du Concile de Jérusalem (Actes des Apôtres XV) se produisit le premier grand débat de l’Église naissante. Les Chrétiens d’origine juive affirment alors que les païens convertis doivent être circoncis pour être sauvés. Pierre et Paul s’y opposent, affirmant que le Salut vient par la Foi dans le Christ, et non par les œuvres de la Loi.

Dans ses Épîtres Paul  défend clairement sa position: Il affirme clairement que la « vraie Circoncision » est celle du cœur, par l’Esprit. Il écrit: « La circoncision n’est rien, et l’incirconcision n’est rien. » (I Corinthiens VII, 19). Dans l’Épître aux Galates, il va même jusqu’à dire que si l’on se fait circoncire pour obéir à la Loi, l’on se sépare de la Grâce du Christ.

Le mot « prépuce » a même fini par devenir synonyme de « Gentils » (non Juifs) Ainsi, Paul dit: «Vous les nations (non juifs) que l’on appelle le Prépuce.» (Épître aux Ephésiens II, 11). Toutefois, dans les traductions modernes, le mot « prépuce » – jugé trop cru – est, le plus souvent, remplacé par « non-circoncis », plus « soft ».

Évolution de la Notion

Chez les Patriarches la Circoncision signifie l’Alliance conclue par Dieu avec Abraham. Chez les Prophètes cela devient un Appel à la conversion intérieure et à l’écoute. Enfin, chez les Chrétiens (avec l’arrivée de l’Apôtre Paul) la Circoncision est tout simplement remplacée par le BaptêmeDans la théologie chrétienne, l’on considère, en effet, souvent le Baptême comme la « Circoncision de la Nouvelle Alliance », car il marque l’entrée dans la Communauté des Chrétiens, de la même manière qu’avant la Venue de Jésus la Circoncision marquait l’entrée dans le Peuple d’Israël.

De la circoncision de la chair à la Circoncision de l’esprit

Considérons maintenant de plus près l’histoire de l’abandon progressif de la Circoncision de la chair au profit exclusif de la « Circoncision de l’Esprit »Le débat entre les deux grands Apôtres Paul et Pierre, souvent appelé l’«l’incident d’Antioche», est l’un des moments les plus tendus du Nouveau Testament. Il cristallise la rupture définitive entre le Judaïsme traditionnel et le Christianisme naissant. La question qui se pose est simple mais radicale: Un non-Juif doit-il, par la circoncision, devenir Juif  pour devenir Chrétien?

Voici le contexte: Le Concile de Jérusalem (vers 50 après J.-C.). Avant la confrontation directe, une Réunion officielle a lieu à Jérusalem (Actes 15), appelée « Concile de Jérusalem », « Assemblée de Jérusalem » ou « Concile des Apôtres ».  Au départ, des Chrétiens d’origine pharisienne soutiennent qu’il est impossible d’être sauvé sans être circoncis. Initialement, Pierre est plutôt de ce côté-là. Mais Paul – non-Juif et surnommé l’« Apôtre des Gentils » (c’est-à-dire des non-Chrétiens) – estimait, pour sa part, qu’il n’y avait nullement besoin d’être Juif ou de passer par le Judaïsme pour devenir Chrétien.

Pour finir, Pierre et Jacques (le frère de Jésus) finissent par donner raison à Paul: Les païens ne sont pas obligés de se faire circoncire. On leur demande seulement d’éviter certaines pratiques à l’évidence anti-chrétiennes comme sacrifier des viandes aux idoles et avoir des comportements immoraux.

La controverse d’Antioche (Galates II, 1-14)

De prime abord, l’accord de Jérusalem semble clair, mais la mise en pratique sur le terrain échoue à Antioche. Dans son Épître aux Galates Paul raconte l’histoire avec une interpellante franchise: « Mais lorsque Céphas [Pierre] vint à Antioche, je lui résistai en face, parce qu’il était digne de blâme. » (Galates II, 11). Ce faisant, il n’hésite donc pas à afficher publiquement – sur un point de première importance – un désaccord fondamental entre les deux principaux Apôtres du Christ.

Voici l’histoire: Au tout début, Pierre mangeait librement avec les Chrétiens d’origine païenne (qui ne respectaient pas les règles alimentaires juives. Puis des envoyés de Jacques (la branche conservatrice de Jérusalem) arrivent à Antioche. Par peur de déplaire à ces « circoncis », Pierre se retire et commence à manger à part. Même Barnabé, pourtant l’ami de prédilection de Paul, se laisse entraîner.

Paul (qui [voir extrait du livre « Les Apôtres de Jésus » ci-dessous] – initialement Juif orthodoxe -, avant de devenir Chrétien, soutenait pourtant le point de vue des Juifs traditionnels) voit maintenant, dans ce geste, rien de moins qu’une trahison de l’Évangile. De son point de vue, Si Pierre refuse maintenant (ce n’était pas le cas avant l’arrivée des émissaires de Jaques) de manger avec les incirconcis, il sous-entend par là qu’ils sont des « Chrétiens de seconde zone ».

Ce que dit Paul au sujet de la Circoncision

Pour Paul, l’attitude de Pierre est une insulte à la Croix du Christ. Sa réflexion, toute simple, est la suivante: Si la circoncision et la Loi (de Moïse) sont nécessaires pour être juste devant Dieu, alors la mort du Christ ne sert à rien. L’on est « justifié » (rendu juste) par la Foi en Jésus-Christ, et non par les « œuvres de la Loi » antérieurement existantes (dont la circoncision est la plus importante). Dans son Épitre aux Galates l’Apôtre Paul, notamment, dit: «Moi, Paul, je vous le dis: si vous vous faites circoncire, le Christ ne vous servira de rien (…) Car en Jésus-Christ, ce qui a de la valeur, ce n’est ni la circoncision ni l’incirconcision, mais la Foi qui opère par l’Amour.» (Galates, V, 2 et 6).

Les conséquences historiques

Ce conflit a changé le cours de l’histoire de la Chrétienté et même de l’Histoire tout court: Grâce à la fermeté de Paul, le Christianisme cesse d’être une simple secte du Judaïsme pour devenir une Religion universelle accessible à tous les peuples sans condition nécessitant une intervention chirurgicale et sans restrictions alimentaires. Bien que Pierre soit considéré comme – et reste – le Chef des Apôtres, ces passages du Nouveau Testament montrent aussi que – s’il l’estimait nécessaire – Paul n’hésitait pas à le corriger sur des points de doctrine fondamentaux.

Le point de vue d’Étienne

Dans le livre « Les Apôtres de Jésus » un passage parle de la Circoncision. Il donne le point de vue d’Étienne, alors persécuté par Paul (qui défendait alors le point de vue exactement inverse!) et mort en martyr:

« La plupart des Grecs que Jésus avait jadis bénis étaient retournés dans leur patrie. Quelques-uns seulement séjournaient encore à Jérusalem et comptaient parmi les Disciples. Un jeune homme de noble famille, appelé étienne, était du nombre. Sa sagesse naturelle et sa culture le faisaient partout estimer; ses manières nobles et aimables lui gagnaient les cœurs. Il était également bien vu des Juifs.

Son âme était attachée avec Ferveur à Jésus. Rien ne lui tenait plus à cœur que d’effectuer n’importe quel travail à Son Service. Il recherchait de préférence les pauvres et les malades, il soulageait leurs souffrances et les affermissait dans leur Foi. Ainsi, il apprit à utiliser toujours mieux la Force d’En-Haut, Qui lui avait été également octroyée et il accomplit bientôt, au Nom de Jésus, des Miracles aussi grands que ceux de Jean et de Pierre.

Les docteurs de la loi avaient depuis longtemps remarqué ce jeune homme noble, beau et habile. Ils aimaient lui parler, espérant peu à peu l’attirer de leur côté.

Tout d’abord, ils essayèrent de le ridiculiser à cause des pénibles tâches qu’il effectuait auprès des pauvres. Rendre de tels services à autrui n’était pas la coutume en Israël. Mais étienne ne se laissait pas déconcerter. Jésus avait dit:

« Ce que vous avez fait au plus petit de Mes frères, c’est à Moi-même que vous l’avez fait. ». Il s’y tenait.

Puis ils l’interrogèrent au sujet de Jésus. Le jeune homme répondit ouvertement et joyeusement. Un jour, le grand prêtre le questionna:

« Dis-moi, étienne, si Jésus a frayé pour l’humanité un nouveau Chemin vers Dieu, ce qui est ancien est donc devenu inutile? ».

étienne se réjouit de la question et hardiment répondit:

« Il en est bien ainsi. Celui qui a reconnu Jésus peut se passer des préceptes humains. ».

« Alors, la circoncision, elle aussi, est superflue », questionna un autre.

étienne n’entendit pas le ton insidieux.

« Elle est superflue pour celui qui se fait baptiser au Nom de Jésus. Regardez-moi, je suis Grec et je n’ai jamais été sujet aux lois juives. Or, grâce au Baptême, je me considère comme l’égal des Disciples du Seigneur qui sont de descendance juive. »

Un murmure s’éleva parmi ceux qui l’interrogeaient de la sorte, mais ils ne se sentaient pas de taille à tenir tête au Grec. Pourtant, parmi les élèves de Gamaliel le Sage, ils connaissaient quelqu’un qui valait étienne en culture et sagesse. Ils l’amenèrent à leur prochain entretien.

Saül de Tarse, Juif de naissance, se cramponnait avec la ferveur du zélateur, à tout ce que les docteurs de loi et les pharisiens avaient fait des Commandements de Dieu.

En face de l’Adepte de Jésus, il prit conscience de leur différence purement extérieure et tressaillit. étienne était beau et clair, Saül, par contre maladif et débile. Mais – bien que Saül ne le sût pas encore – l’esprit provenant de la même Origine régnait sur le front de chacun d’entre eux.

« Dis-moi, étienne, » commença Saül, « ils pensent que Tu as une mauvaise opinion des Lois que Dieu nous a ordonnées de respecter. Est-ce vrai? ».

étienne se redressa.

« Je tiens en grande estime tout ce qui vient de Dieu. Mais vos préceptes sont, pour la plupart, l’œuvre des êtres humains. Je puis m’en passer. »

« Les Lois que Moïse a données sont-elles aussi œuvre humaine? ». Telle était la question suivante.

« Saül, Tu sais aussi bien que moi que Dieu les a données à Moïse; pourquoi poses-Tu une pareille question? »

« Mais votre Jésus a aboli les Lois. »

étienne s’emporta:

« Tu mens! Jésus a dit: « Je ne suis pas venu pour abolir les Lois, mais pour les accomplir! »« .

Le silence régna un court instant, puis Saül reprit:

« Alors tout l’Enseignement de Jésus était superflu, s’Il n’a rien apporté de nouveau. Nous avions déjà les Commandements. ».

– « Mais vous ne les avez pas observés. Jésus a dû venir dans le Monde uniquement pour montrer les Commandements de Dieu sous un nouveau jour, pour rappeler au Monde ce qu’il devait à Dieu. Sous vos préceptes, l’humanité aurait sombré dans les ténèbres et la perdition. Grâce à la Parole de Jésus, elle peut de nouveau aspirer à la Lumière! ».

– Ainsi, nous serions de trop?, s’exclama, outré, un docteur de la loi qui dressait l’oreille.

– Vous êtes inutiles aussi longtemps que vous ne vous engagez pas sur le bon Chemin et que vous ne le montrez pas ensuite aux autres. Comprenez donc: si l’on construit une maison, l’on dresse des échelles vers les étages supérieurs. Mais dès que l’escalier solide est posé, qui utilisera l’échelle? Vos préceptes sont des échelles de secours, car vous étiez incapables de construire l’Escalier qui mène vers le Haut. Jésus l’a rétabli. Utilisez-le!

Mais ils s’écrièrent qu’il devait ignorer tout de leurs lois, puisqu’il n’était pas juif.

« Bien que je ne sois pas juif, je suis bien renseigné sur tout ce qui concerne votre foi. »

Alors ils l’interrogèrent au sujet d’Abraham, de Jacob, d’Isaac, de Moïse et des Prophètes. Mais il avait réponse à tout et répondait d’une façon qui les étonnait. Et plus il parlait, plus son visage s’illuminait.

Tous en étaient saisis. Mais ils ne voulaient pas s’ouvrir à ce qui les émouvait si fortement grâce à ce jeune homme. Ils durcirent leurs cœurs et s’emportèrent contre lui. Mais de leurs vociférations et de leur déchaînement jaillit la haine féroce. Ils se surpassèrent en insultes et chassèrent étienne du Temple. Pas un seul n’aurait osé prendre son parti.

Cependant leur fureur ne diminua pas, lorsqu’il fut hors de la Maison de Dieu. En le maudissant, ils le chassèrent hors de la ville. Là, ils le lapidèrent.

Une Force puissante venue d’En-Haut s’empara d’étienne. Son œil spirituel se dessilla, de sorte qu’il put voir Jésus. Son visage se transfigura de plus en plus sous la grêle de pierres. Il éleva les mains et s’écria:

« Seigneur Jésus, accueille mon esprit! ».

Alors qu’il s’effondrait, ses lèvres murmurèrent:

« Seigneur Dieu, pardonne-leur ce péché. ».

Cependant Saül, qui assistait à la scène et qui se réjouissait de ce que son antagoniste ait succombé, tressaillit à ces paroles à peine perceptibles. Aurait-il pu, lui, prier ainsi sous les douleurs et dans la détresse morale? Telle une épine, cette idée s’enfonça dans le cœur de Saül. Il devait couvrir cette voix gênante à tout prix. Et il se mit à poursuivre les Adeptes de Jésus là où il pouvait s’emparer d’eux: il les faisait emprisonner sous un prétexte quelconque, il les citait en justice, de sorte qu’une grande détresse régnait parmi eux.

Mais, impassibles, les Disciples poursuivaient leur Mission. Seuls ou à deux, ils parcourait le pays, afin d’annoncer la Parole de Jésus. ».

La résolution du conflit

D’un point de vue historique, la résolution de cette « dispute » théologique ne s’est pas faite par un « grand pardon » immédiat et documenté, mais plutôt par une évolution pragmatique et théologique ayant façonné le visage de l’Église. La situation s’est d’elle-même stabilisée au fil du temps. Sur le long terme, c’est la vision de Paul qui l’a emporté. L’Église s’étant rapidement étendue dans le monde gréco-romain, la majorité des nouveaux croyants étaient des « Gentils » (non-Juifs). Imposer la circoncision aurait été un frein majeur à l’expansion du Christianisme. Paul avait spirituellement compris que le Baptême remplaçait la circoncision comme condition d’entrée dans l’Alliance.

Il y a eu comme une sorte de « Partage des zones d’influence ». Une forme de compromis respectueux s’est mise en place, comme, d’ailleurs, Paul le suggère dans ses Épitres (Galates II, 9): Pierre est resté l’Apôtre des circoncis (les Juifs). Paul est devenu l’Apôtre des incirconcis (les « Gentils » ou païens). Cette répartition a permis d’éviter de nouveaux affrontements directs, chaque Apôtre adaptant son discours à son public particulier, tout en restant unis sur l’Essentiel: L’Enseignement de Jésus.

Voici ce que raconte Paul dans les premier et  deuxième chapitre de son Épitre aux Galates:

« 11Je vous déclare, frères, que l’Évangile qui a été annoncé par moi n’est pas de l’homme; 12car je ne l’ai ni reçu ni appris d’un homme, mais par une Révélation de Jésus-Christ. 13Vous avez su, en effet, quelle était autrefois ma conduite dans le Judaïsme, comment je persécutais à outrance et ravageais l’Église de Dieu, 14et comment j’étais plus avancé dans le Judaïsme que beaucoup de ceux de mon âge et de ma nation, étant animé d’un zèle excessif pour les traditions de mes pères. 15Mais, lorsqu’il plut à Celui qui m’avait mis à part dès le sein de ma mère, et qui m’a appelé par Sa Grâce, 16de révéler en moi Son Fils, afin que je L’annonçasse parmi les païens, aussitôt, je ne consultai ni la chair ni le sang, 17et je ne montai point à Jérusalem vers ceux qui furent Apôtres avant moi, mais je partis pour l’Arabie. Puis je revins encore à Damas. 18Trois ans plus tard, je montai à Jérusalem pour faire la connaissance de Céphas [Pierre], et je demeurai quinze jours chez lui. 19Mais je ne vis aucun autre des Apôtres, si ce n’est Jacques, le frère du Seigneur. 20Dans ce que je vous écris, voici, devant Dieu, je ne mens point. 21J’allai ensuite dans les contrées de la Syrie et de la Cilicie. 22Or, j’étais inconnu de visage aux Églises de Judée qui sont en Christ; 23seulement, elles avaient entendu dire: Celui qui autrefois nous persécutait annonce maintenant la Foi qu’il s’efforçait alors de détruire. 24Et elles glorifiaient Dieu à mon sujet. »

« Quatorze ans après, je montai de nouveau à Jérusalem avec Barnabas, ayant aussi pris Tite avec moi; 2et ce fut d’après une Révélation que j’y montai. Je leur exposai l’Évangile que je prêche parmi les païens, je l’exposai en particulier à ceux qui sont les plus considérés, afin de ne pas courir ou avoir couru en vain. 3Mais Tite, qui était avec moi, et qui était Grec, ne fut pas même contraint de se faire circoncire. 4Et cela, à cause des faux frères qui s’étaient furtivement introduits et glissés parmi nous, pour épier la liberté que nous avons en Jésus-Christ, avec l’intention de nous asservir. 5Nous ne leur cédâmes pas un instant et nous résistâmes à leurs exigences, afin que la Vérité de l’Évangile fût maintenue parmi vous. 6Ceux qui sont les plus considérés – quels qu’ils aient été jadis, cela ne m’importe pas: Dieu ne fait point acception de personnes, ceux qui sont les plus considérés ne m’imposèrent rien. 7Au contraire, voyant que l’Évangile m’avait été confié pour les incirconcis, comme à Pierre pour les circoncis, 8car Celui Qui a fait de Pierre l’Apôtre des circoncis a aussi fait de moi l’Apôtre des païens, 9et ayant reconnu la Grâce qui m’avait été accordée, Jacques, Céphas [Pierre] et Jean, qui sont regardés comme des Colonnes, me donnèrent, à moi et à Barnabas, la main d’association, afin que nous allassions, nous vers les païens, et eux vers les circoncis. 10Ils nous recommandèrent seulement de nous souvenir des pauvres, ce que j’ai bien eu soin de faire. (V. 11-21): cf. (Ac 11:1-17; 15:7-11.) (Ga 3:10-14, 21-28; 5:1-6.)

11Mais lorsque Céphas vint à Antioche, je lui résistai en face, parce qu’il était répréhensible. 12En effet, avant l’arrivée de quelques personnes envoyées par Jacques, il mangeait avec les païens; et, quand elles furent venues, il s’esquiva et se tint à l’écart, par crainte des circoncis. 13Avec lui les autres Juifs usèrent aussi de dissimulation, en sorte que Barnabas même fut entraîné par leur hypocrisie. 14Voyant qu’ils ne marchaient pas droit selon la Vérité de l’Évangile, je dis à Céphas, en présence de tous: Si Toi qui es Juif, Tu vis à la manière des païens et non à la manière des Juifs, pourquoi forces-Tu les païens à judaïser? 15Nous, nous sommes Juifs de naissance, et non pécheurs d’entre les païens. 16Néanmoins, sachant que ce n’est pas par les œuvres de la loi que l’homme est justifié, mais par la Foi en Jésus-Christ, nous aussi nous avons cru en Jésus-Christ, afin d’être justifiés par la Foi en Christ et non par les œuvres de la loi, parce que nulle chair ne sera justifiée par les œuvres de la loi. 17Mais, tandis que nous cherchons à être justifiés par Christ, si nous étions aussi nous-mêmes trouvés pécheurs, Christ serait-il un ministre du péché? Loin de là! 18Car, si je rebâtis les choses que j’ai détruites, je me constitue moi-même un transgresseur, 19car c’est par la loi que je suis mort à la loi, afin de vivre pour Dieu. 20J’ai été crucifié avec Christ; et si je vis, ce n’est plus moi qui vis, c’est Christ qui vit en moi; si je vis maintenant dans la chair, je vis dans la Foi au Fils de Dieu, Qui m’a aimé et Qui s’est livré Lui-même pour moi. 21Je ne rejette pas la Grâce de Dieu; car si la Justice s’obtient par la loi, Christ est donc mort en vain. »

Bien que l’Épître aux Galates montre un Paul très tranché, le livre des Actes des Apôtres (écrit plus tard par Luc, un compagnon de Paul) présente une image plus apaisée. Dans les Actes, Pierre finit par tenir des discours très proches de ceux de Paul, affirmant que Dieu ne fait aucune différence entre les peuples. La Tradition chrétienne a fini par unir les deux figures. Aujourd’hui, l’Église les fête ensemble, le même jour (le 29 juin). C’est une manière de dire que, malgré leur désaccord temporaire au sujet de la Loi et la Circoncision, ils demeurent les « deux Colonnes » inséparables de la Foi.

Voici, maintenant, ce qu’à ce sujet rapporte le livre « Les Actes des Apôtres »:

«Les Apôtres et les Anciens se réunirent pour examiner cette affaire. Pierre se leva et leur dit: «Frères, vous savez bien comment Dieu, dans les premiers temps, a manifesté son choix parmi vous: c’est par ma bouche que les païens ont entendu la Parole de l’Évangile et sont venus à la Foi.» (…) Dieu, Qui connaît les cœurs, leur a rendu Témoignage en leur donnant l’Esprit Saint, tout comme à nous; sans faire aucune distinction entre eux et nous, Il a purifié leurs cœurs par la Foi. Maintenant, pourquoi donc mettez-vous Dieu à l’épreuve en plaçant sur la nuque des Disciples un joug que nos pères et nous-mêmes n’avons pas eu la force de porter?» (Actes XV, 6 – 8-10).

Le rôle de Jacques le Juste

Pour comprendre comment la dispute s’est résolue « sur le terrain » à Jérusalem, il est sans doute utile de regarder vers Jacques dit « Jacques le Juste ». En effet, Jacques – le frère de Jésus – est resté très attaché à la Loi de Moïse. Sous sa direction, l’Église chrétienne de Jérusalem est restée une communauté de Juifs pratiquants (circoncis, observant le sabbat). La résolution finale de la controverse fut géographique: Tant que le Temple de Jérusalem existait (jusqu’en 70), deux « styles » de Christianisme ont co-existé: Un style « juif » autour de Jacques et un style « universel » autour de Paul.

La fin brutale d’un monde

La résolution « naturelle » du débat est, en effet, venue de l’Histoire: En 62 après J.-C. Jacques le Juste (le frère de Jésus) est exécuté à Jérusalem. En 64-67 après J.-C. Pierre et Paul sont martyrisés à Rome. En 70 après J.-C. les Romains détruisent le Temple de Jérusalem. Avec la destruction du Temple et la disparition de la Communauté juive-chrétienne de Jérusalem, le « parti de la circoncision » a perdu son centre névralgique. De ce fait, le Christianisme de type « païen » (celui de Paul) est tout naturellement devenu le courant dominant.

Le dilemme de Pierre

D’un point de vue spirituel, l’histoire est un peu différente, naturellement, la question de la Circoncision était étroitement liée à celle du respect des Prescriptions juives initialement données par Moïse, de façon générale. Le passage ci-dessous, toujours extrait du livre « Les Apôtres de Jésus » , éclaire cet aspect à travers le travail de la conscience s’effectuant chez l’Apôtre Pierre.

« Il n’avait jusqu’alors annoncé la Parole du Seigneur que parmi les Juifs. Il savait bien que Jésus S’était aussi adressé aux païens et qu’Il avait fait des Disciples même chez les Grecs. Mais ils étaient tous tellement prisonniers des préceptes de l’ancienne croyance qu’ils ne trouvaient pas le chemin vers les autres.

L’inquiétude gagnait le cœur de Pierre. Il sentait qu’il était temps de faire participer les païens au Trésor que Jésus avait légué au Monde. Mais il repoussait inlassablement cette idée et s’adressait aux Juifs avec une ardeur redoublée pour apaiser les remords de son âme. Cependant, ses scrupules ne se laissaient pas écarter si facilement.

« Pierre, Pierre », crut-il entendre, un jour; la Voix disait: « Tu dois faire paître Mes brebis. Je vous ai dit que J’ai encore beaucoup de brebis qui ne sont pas issues de la bergerie juive. Veux-Tu donc les donner en pâture aux loups? ».

Pierre avait pris place sur la terrasse pour se reposer du Labeur de la journée et amener son âme à la Paix divine, lorsque, de nouveau, il crut entendre ces Paroles. Il sursauta.

« Seigneur, je veux accomplir tout ce que Tu me demandes, mais donne-moi un Signe. J’ignore comment le réaliser. »

Et il eut une Vision: Différents aliments étaient posés devant lui. Tous étaient considérés comme impurs d’après les préceptes juifs. Mais une voix lui dit:

« Pierre, sers-Toi et mange! ».

Ahuri, le Disciple s’y refusa. Il croyait que l’on éprouvait sa Fidélité aux Préceptes. Il ne voulait pas commettre de faute à cet égard!

L’Image disparut, pour réapparaître quelques instants plus tard. De nouveau, il s’y refusa. Et, pour la troisième fois, les aliments apparurent.

Alors Pierre s’écria:

« Seigneur, loin de moi l’idée de toucher à ce qui est impur! ».

Mais une Voix lui répondit:

« Pierre, Qui a créé les animaux? ».

« Dieu », fut la réponse du Disciple.

« Tout ce que Dieu a créé n’est-il pas bon? Toi, homme mesquin, aurais-Tu l’audace de décider de ce qui est pur et impur? ».

« Mais nos Préceptes? Nos prescriptions alimentaires? », balbutia Pierre, déconcerté.

« Ils furent donnés à une autre époque et pour d’autres Considérations. Avec une ère nouvelle, le Fils de Dieu apporte le Savoir des Lois éternelles de Dieu. Médite là-dessus! ».

Les aliments avaient disparu. Pierre se réveilla comme d’un rêve. Mais ce qu’il avait vu se dressait clairement devant son âme. Par conséquent, les préceptes juifs ne devaient plus être respectés.

Est-ce que Jésus S’y était conformé avec Ses Disciples? Non! Il faisait la distinction entre les Lois éternelles de Dieu et les préceptes établis par les êtres humains. Les Disciples voulaient-ils être plus sages que leur Maître?

Pierre continua à méditer: Si nous ne devons plus respecter les préceptes, alors il ne faut plus, non plus, faire la distinction entre les Juifs et les autres Peuples. Jésus n’avait-Il pas rassemblé autour de Lui tous ceux qui voulaient écouter Sa Voix?

Certes, c’était là la Réponse sollicitée. à présent, Pierre comprenait le Sens de la Vision. Il devait accueillir ceux qui venait le voir, ceux qui demandaient le Salut. Il leva un regard reconnaissant vers le Ciel et une grande Joie pénétra son âme. Il demeura longtemps absorbé dans la Contemplation, jusqu’à ce qu’il fut durement rappelé à la réalité. Des hommes frappaient contre la porte; ils interpellèrent le solitaire:

– Est-ce bien la maison du tanneur Simon?

Pierre donna une réponse affirmative. Depuis des semaines, il était l’hôte de Simon, mais celui-ci était parti en voyage.

– Ce n’est pas lui que nous cherchons, mais un certain Simon de Galilée nommé Pierre.

– C’est moi, fut la réponse.

Pierre descendit, ouvrit la porte et s’approcha des gens dans la ruelle.

Alors il vit que c’étaient des Romains. Que lui voulaient-ils? Sa première idée fut de rentrer dans la maison et de fermer la porte. Et soudain, la Vision des aliments surgit devant ses yeux spirituels.

Voici l’occasion que je cherche; cette idée jaillit en lui et il interrogea aimablement ces hommes sur ce qu’ils désiraient.

– Nous sommes les serviteurs du capitaine Cornélius de Césarée. C’est un homme pieux, qui croit, depuis longtemps, en secret, à votre Dieu. Or, il a entendu parler de Jésus et son âme se languit d’en apprendre davantage à Son sujet. Personne ne peut l’aider. Alors, il a imploré Dieu, Qui lui a envoyé un message:

– Va chez le tanneur Simon à Joppé. Un homme nommé Pierre habite chez lui. Appelle-le, il T’annoncera Jésus.

– Or, nous sommes venus Te supplier de venir avec nous. Nombreux sont ceux qui aspirent au Salut.

Seigneur, je Te remercie, dit Pierre à voix basse. Puis, sans autres considérations, il se prépara à accompagner ces gens.

Il les accueillit dans la maison pour la nuit. Ils se mirent en route de bon matin. Entre-temps, Pierre s’enquit avec zèle de ce qu’ils savaient déjà de Dieu et de Son Fils éternel. C’était davantage qu’il n’avait espéré. Tout honteux, il pensait:

« Aucun Juif n’est aussi avide d’entendre parler de Jésus que ces Romains. Jésus ne disait-Il pas la même chose jadis? Lorsque les hommes s’aperçurent que Pierre était plongé dans ses pensées, ils respectèrent son silence et l’accompagnèrent sans parler. Mais lui s’absorba toujours davantage dans le Souvenir de Jésus. Son âme s’embrasa dans l’Amour de son Maître et cette Ardeur le pénétra entièrement, de sorte que les hommes se le firent mutuellement remarquer. ».

Dans la soirée, ils arrivèrent chez Cornélius de Césarée.

En route, des Juifs et des Baptisés se joignirent à eux. L’éclat émanant de Pierre les avait attirés. Cornélius aussi vit ce Rayonnement et s’agenouilla devant Pierre. Celui-ci s’effraya, croyant que le Romain allait l’adorer. Il le releva rapidement et dit, presque anxieux:

« Pas ainsi, Cornélius, je ne suis qu’un être humain comme Toi. ».

Et tous les habitants de la maison, des amis et des voisins arrivèrent, et ce fut une grande Réunion comme Pierre n’en avait encore jamais vu dans une maison particulière. Tous ces êtres humains se trouvaient unis par le Lien solide de la Recherche de Dieu et de Jésus. Pierre leur parla toute la nuit durant.

Personne n’était fatigué; personne ne faisait attention à la fuite des heures. Ils questionnaient, Pierre répondait. Ils pénétraient toujours plus en avant dans les éternelles Vérités Divines. Leurs âmes s’enflammaient de plus en plus.

Et la Force d’En-Haut commença à affluer, puissante comme un Torrent. Elle pénétrait tous ceux qui étaient présents; Elle élevait leurs âmes.

Cependant, les Juifs et les Baptisés qui s’étaient joints à Pierre étaient indignés. Comment était-il possible que la Force de Dieu soit répandue aussi sur les païens?

Quelques jours auparavant, Pierre aurait encore posé la même question. à présent, il n’y pensait plus. Pénétré de Gratitude et de Joie, il reconnut que la Grâce de Dieu était donnée à ceux qui cherchaient et il les baptisa tous au Nom de Jésus.

Ils le prièrent de rester près d’eux et de leur parler encore davantage de Dieu et de Jésus. Il le fit volontiers.

Quelques jours plus tard, Pierre se mit en route. Il avait résolu d’aller d’abord à Jérusalem informer les Disciples de la Révélation qui lui avait été faite. Il se réjouissait de leur raconter tout ce qu’il avait récemment vécu.

La Nouvelle l’avait déjà précédé et les Disciples étaient outrés. Pas un seul n’avait essayé de comprendre son comportement. Comment Pierre avait-il pu baptiser des païens? Il aurait dû, au moins, d’abord, par la circoncision, en faire des Juifs. Ensuite, il aurait peut-être eu le droit de les baptiser.

Le Disciple dont l’âme était pénétrée de tant de belles Choses dut subir une tempête d’indignation. Le déchaînement de Jacques, le frère du Seigneur, fut le plus violent. Il avait passé le moins de temps avec Jésus. Les préceptes juifs trouvaient en lui un adepte tenace. Il vivait encore selon les anciennes Prophéties et ne pouvait, par conséquent, comprendre que d’autres peuples pussent recevoir la même Bénédiction.

Avec un calme qui ne lui était pas habituel, Pierre laissa déferler toutes les accusations. Il ne répondit pas un mot aux Disciples qui grondaient de la sorte. Finalement, ils se turent. Il ne se défendait pas, et cela brisait leur élan. Le silence planait dans la grande salle où, à l’instant encore, tant de voix s’égosillaient.

Alors Pierre prit la parole. Il leur raconta très simplement sa Vision à Joppé et toutes les réflexions qu’elle avait suscitées en lui. Ils l’écoutèrent en silence. Il décrivit avec une Ardeur toujours croissante comment les gens du capitaine, auquel un Ange du Seigneur était apparu, étaient venus le trouver; comment il avait rencontré ensuite à Césarée une foule d’âmes qui cherchaient et qui, lors de la prière, avaient été pénétrées de la Force de Dieu.

« Pouvais-je alors résister à Dieu? », termina-t-il en reprenant haleine. Dieu Lui-même m’a montré Son Intention au sujet de ces âmes. Vous tous, vous n’auriez pas agi autrement.

Jean s’approcha de Pierre.

« Pardonne-moi d’avoir douté de Toi, de T’avoir condamné sans T’avoir écouté », pria-t-il avec Ferveur.

Et les mains des deux Disciples ayant assisté en commun à tant d’événements en présence de Jésus se joignirent solidement. Les autres s’approchèrent également. En entendant Pierre parler, ils avaient reconnu l’Intention de Jésus, Qui avait dit que, désormais, le Salut serait enlevé aux Juifs pour être offert à tous les Peuples.

Seul Jacques, le frère de Jésus, persistait dans son refus silencieux. Il ne se rendait pas nettement compte que cette opposition était dirigée contre Dieu. Il croyait par là toucher Pierre. Il n’était pas content qu’une nouvelle Révélation ait été faite à ce Disciple. Lui-même, le frère de Jésus, n’était-il pas plus que Pierre, le renégat?… Sa nature autoritaire se cabrait. Les Disciples devaient écouter sa parole; c’était lui qui voulait être leur chef!

Jean comprit ce qui se passait dans l’âme de Jacques. Il résolut de se rendre bientôt à Béthanie avec les Disciples pour prier Marie de parler à Jacques. Elle réussirait certainement ce qui aux autres paraissait impossible.

Mais ce projet ne put se réaliser. La peine s’abattit sur les Disciples et leur fit oublier tout le reste; elle les souda de nouveau ensemble pour peu de temps en une commune douleur. ».

Ce grand malheur pour les Disciples était l’assassinat par Hérode de Jacques, fils de Zébédée, le frère de Jean. En fait, Hérode voulait assassiner Jacques le frère de Jésus, mais ses sbires s’étant trompé de « Jacques », donc de cible, c’est l’autre Jacques qui fut assassiné par Hérode. Ce n’est que plus tard que « Jacques le Juste » (vraisemblablement aussi Jacques le Mineur, fils d’Alphée) fut, lui aussi, assassiné.

Jacques le Juste fut, en effet, condamné, jeté du haut du Temple, lapidé puis assommé à mort entre l’an 61 et l’an 62, sur ordre du grand-prêtre Hanan ben Hanan, qui appartenait au courant sadducéen, alors que depuis plusieurs années, «la Palestine s’enfonçait dans le chaos et l’anarchie».

La mise à mort de Jacques est mentionnée par de nombreuses sources chrétiennes, transmises par Eusèbe de Césarée ou encore par d’autres. Dans son récit Hégésippe indique que Jacques a été enterré à l’endroit même où il est mort et qu’il a été achevé à coups de bâtons. Cette exécution provoqua ensuite le renvoi du grand-prêtre Hanan, ce qui sous-entend que – malgré son assassinat, Jacques était, à Jérusalem, un personnage important et considéré.

Le Mystère de la Circoncision

Concernant la Circoncision, la Genèse informe certes au sujet du « quoi » (le Rite) et du « quand » (8 jours après la naissance), mais reste très discrète sur le « pourquoi » métaphysique. Pour tenter de comprendre la raison d’être de cette Décision divine, il peut être utile de croiser l’anthropologie ancienne, l’exégèse juive et la théologie chrétienne.

Voici quelques pistes pouvant peut-être apporter un début d’explication pourquoi cette condition de l’Alliance a été déterminée par Yahweh à l’intention d’Abraham et de descendance masculine:

La raison la plus fondamentale est peut-être liée à la nature même de l’Alliance avec Abraham: elle repose sur une Promesse de descendance. Dieu promet à Abraham une postérité aussi nombreuse que les étoiles. Marquer l’organe de la reproduction, c’est placer le Sceau de Dieu à la source même de la vie et de la transmission. Cela signifie aussi que la Lignée d’Abraham n’est pas fondamentalement le fruit du hasard ou du désir charnel, mais qu’elle est « consacrée » à Dieu dès l’origine.

De plus, dans le monde antique, les alliances se scellaient souvent par le sang (animaux coupés en deux). La circoncision est certes un sacrifice de sang, mais c’est un sacrifice qui ne tue pas. Cela peut évoquer l’idée d’offrir une petite partie de soi-même pour sauver le tout. En versant quelques gouttes de sang lors de la circoncision, l’homme entre dans une parenté de sang avec Dieu. C’est une manière de dire : « Ma vie appartient à Dieu. ».

Pourquoi le huitième jour? Selon la Genèse le Monde a été créé en 7 jours. Le 8ème jour représente ce qui vient après la Nature, le Monde de l’Esprit et de l’Éternité. La théologie juive (notamment le Midrash) enseigne aussi que Dieu a laissé l’homme « inachevé » pour qu’il devienne partenaire de la Création. En circoncisant son fils, le père « finit » le travail de la Nature pour faire entrer l’enfant dans le Monde de la Loi et de la Culture.

Pourquoi cela perd-il son importance avec l’Arrivée de Jésus?

Pour les Chrétiens, la circoncision n’est pas « abolie » par mépris, mais parce qu’elle est considérée comme accomplie. L’Apôtre Paul explique que la circoncision d’Abraham était une « ombre » ou une « image » de ce qui devait venir. Avec Jésus, le signe ne doit plus être extérieur (dans la chair), mais intérieur (dans le cœur). Dans l’Épître aux Colossiens (II, 11-12), Paul fait le lien direct. Le Baptême est la nouvelle Circoncision. L’on ne coupe plus un morceau de peau, on « dépouille le vieil homme » tout entier pour renaître

Une explication linguistique: L’ouverture. Le terme hébreu pour « incirconcis » (« arel ») signifie littéralement « fermé » ou « obstrué ». On parle dans la Bible de « cœur incirconcis » ou de « lèvres incirconcises ». La Circoncision est donc, symboliquement, une ouverture. Enlever le « voile » (le prépuce), c’est rendre l’homme capable de recevoir la Parole de Dieu sans obstacle. C’est un rite de passage de la fermeture à la réceptivité.

En résumé – Possible conclusion

Dieu a peut-être déterminé la Circoncision comme Signe de Son Alliance parce qu’elle touche à ce qu’il y a de plus intime, de plus vital (la reproduction) et de plus durable (la descendance), tout en exigeant un engagement personnel gravé de façon indélébile jusque dans le corps terrestre. Étant donné que ce sont toujours les mêmes esprits qui se réincarnent, la réitération de ce Signe à chaque nouvelle incarnation n’est pas indispensable. Le Nouveau Signe de l’Alliance est indiqué dans l’Apocalypse de Jean:

« Et je vis un autre Ange, qui montait du côté du Soleil Levant, et qui tenait le Sceau du Dieu Vivant; il cria d’une voix forte aux quatre Anges à qui il avait été donné de faire du mal à la Terre et à la mer, et il dit: Ne faites point de mal à la terre, ni à la mer, ni aux arbres, jusqu’à ce que nous ayons marqué du Sceau le front des Serviteurs de notre Dieu.«  (Apocalypse VII, 3).

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Des Anges pratiquent la Scellée 8

Des Anges marquent au front les Serviteurs de leur Dieu.

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